Michel Lagree
Michel Lagree
Le « retour de Satan », observable aujourd'hui en des manifestations fort diverses, pourrait bien renvoyer à la redécouverte, bruyante ou quotidienne, à la suite d'évènements terrifiants ou d'une déréliction sans remède au plan de l'histoire d'un « abîme noir » en l'humain. Redécouverte qui se laisse appréhender comme un double brouillage d'identité : l'image de Dieu oscille entre un versant positif et un versant négatif et l'humain s'en trouve comme traversé d'une fêlure, voire dédoublé. Si la foi toute chrétienne tient, tout entière, à la reconnaissance d'un salut gratuitement donné dans l'Événement christique insondable comme tel, comment fait-elle droit à la dimension d'épreuve, de combat, mais aussi à l'impératif de solidarité sans lesquelles la réalité et l'annonce du salut seraient privées de signification et de résonance ? Tels sont la question et l'enjeu de la session théologique, tenue aux F.U.SL. en 1991. Le parcours proposé comporte deux étapes : des mises en situation historiques - restitution de synthèses doctrinales et de glissements historiographiques - et anthropologiques font écho et interrogent des apports exégétiques, éthiques et théologiques visant à préciser ce qui nous est suggéré, à travers les figures du démoniaque, de ce qu'il peut advenir de la liberté humaine lorsqu'elle se retourne vers « Celui qui a, par la Croix, vaincu le Prince de Monde ».
Aujourd'hui où le pape bénit l'informatique, on imagine difficilement le débat passionné qui opposa les catholiques partisans du progrès et ceux qui annoncèrent que l'invasion des machines allait déshumaniser l'homme. Claudel se fit le chantre des techniques modernes, qui n'étaient ni plus ni moins à ses yeux que l'instrument de la Providence, tandis que d'autres déplorèrent qu'il n'y eût plus de miracle que techniques et scientifiques : "C'est en vain que nous nous écartons des plans de la nature... La nature reprend ses droits et nous ramène à ses lois par les désordres qu'entraîne leur infraction." La confrontation fut souvent virulente, car l'irruption de la technique bouleversait la vie quotidienne mais aussi l'idée même de sacré et le vécu religieux. Tout au long de la révolution industrielle, chaque innovation posa de nouvelles questions : était-il licite, dans les églises, de remplacer la lumière des bougies par l'éclairage au gaz ? Les curés pouvaient-ils se servir de micros ? Pouvait-on prendre le train pour faire un pèlerinage ? Les fidèles s'adaptèrent peu à peu, encouragés par un clergé qui multipliait les bénédictions surtout Pie XII recoururent à leur tour aux prodiges de la technologie pour diffuser des radio messages à travers le monde. A l'heure où l'homo technicus est parfois saisi de vertige, cette histoire nous offre une leçon d'optimisme raisonné. Michel Lagrée, ancien élève de l'Ecole normale de Saint-Cloud, est professeur d'histoire contemporaine à l'université Rennes-II. Il consacre ses recherches aux changements religieux et culturels à l'époque contemporaine.