Obrillant Damus
Obrillant Damus
En Haïti, le paysage médical traditionnel est complexe. Des hommes et des femmes ont développé des savoirs et des savoir-faire pour prévenir les problèmes de santé de leurs semblables et pour apporter des réponses pratiques à leurs maladies. Ces figures thérapeutiques proposent des réponses explicatives du mal et contribuent à l'amélioration de la qualité de vie des personnes les plus pauvres. Ils jouent donc un rôle essentiel dans un pays où l'accès aux pratiques biomédicales est difficile et inégal.
Vécu comme une souillure stigmatisante, le viol impose le silence entretenu par le regard que la société pose sur les victimes. Ce crime qui nuit à l'intégrité physique et psychique des victimes ne figure pas encore dans l'agenda politique de tous les dirigeants de notre monde pluriel. En conséquence, il reste le plus souvent impuni. Dans cet ouvrage où le viol est abordé dans une perspective transdisciplinaire, des femmes et des hommes d'horizons socioculturels et géographiques multiples (Haïti, Rwanda, Bénin, Canada, France, Cameroun, Colombie) mettent en exergue l'universalité de la souffrance des victimes. À l'instar des femmes militantes et des professionnelles qui tentent de lutter contre le crime de viol, ils montrent que point n'est besoin d'être victime pour dénoncer ce crime contre « l'humanité de l'autre ». Par la publication des discours testimoniaux, la présentation des cas et des réflexions théoriques, ils prêtent la voix aux sans-voix pour faire évoluer les mentalités.
L'accouchement à domicile est un événement biologique et social qui fait appel à la solidarité entre femmes dans les communautés rurales haïtiennes technomédicalement démunies. Les naissances difficiles sont traversées de conceptions nomologico-causales et de conceptions exocausales. Dans le premier cas, elles sont perçues comme des phénomènes procédant de lois naturelles et relevant de ce fait des compétences des matrones (mais rien n'empêche un homme de réaliser un accouchement dont le « blocage » est dû à la lenteur de la nature). Dans le second cas, elles sont considérées comme des phénomènes bloqués par une personne malveillante, un lwa ou un mauvais esprit obligeant les matrones et les proches de la parturiente à céder tout ou partie du terrain de l'accouchement à des hommes appelés houngans exerçant occasionnellement le métier de sajès ou fanm chay gason (sages-hommes traditionnels), à des médecins-feuilles qui s'y connaissent un peu en vodou, ou à des mambos. En Haïti, la transition d'une pratique obstétricale traditionnelle prétendument dangereuse à l'industrialisation toute-puissante du phénomène de la naissance n'est pas souhaitable, d'après les témoignages que nous avons collectés auprès des mères et des matrones.
Des hommes et des femmes des quatre coins du monde s'engagent volontairement dans des organisations humanitaires ou des ONG pour offrir leurs services professionnels. Leur engagement à l'égard de tous les êtres humains, sans tenir compte de leurs différences, montre que la solidarité peut prendre une dimension humaniste. Ce sont des solidarités humanistes, choisies pour la seule raison qu'un être humain, quel qu'il soit, mérite d'être aidé lorsqu'il vit une situation de détresse.
Ce livre donne la parole à plusieurs femmes victimes de viol. Il peut avoir des conséquences sur tous les aspects de la vie d'une victime, et laisser des stigmates physiques, psychiques et psychologiques que le temps n'efface pas facilement. À travers les histoires de Ruth, Léonise, Mata et d'autres, on entre dans l'univers de terreur qui entoure la vie de ces femmes jusqu'à leur possible délivrance, qui se fait, en partie, par la parole.
Cet ouvrage est d'abord conçu comme une pédagogie, alimentée par les théories du « care », théories anglo-saxonnes de l'éthique de la sollicitude. L'auteur souligne ici la nécessaire articulation entre la disposition physiologique, l'aptitude animale au soin mutuel, et l'activité, la pratique concrète du « care » que l'on peut considérer comme le fondement de l'amour dans l'acception large que lui donnent les auteurs de ce « dictionnaire ».
Et si notre vulnérabilité était la clé d’une humanité plus solidaire ? Homo vulnerabilis d’Obrillant Damus invite à repenser notre condition humaine, entre finitude et espérance.