Patrick Carré
Patrick Carré
Aussi vénérable que vénéré, le Choral des noms de Manju´sri est l'un des tantras bouddhistes les plus anciens et les plus commentés. La réalisation de la vacuité et de la non-dualité prend ici l'aspect d'un poème en forme de liste foisonnante et chamarrée de postulats, de vérites et de pratiques. La récitation méditative du Choral révèle un Manju´sri dont l'esprit contient l'immensité paisible et lumineuse de la sagesse primordiale ; dont la parole est l'exemple le plus parfait de la maitrise des arts d'expliquer, de débattre et d'écrire ; et dont le corps a la beauté, la force et la stabilité de la connaissance directe de la vacuité. Le présent volume commence par le tantra en tibétain accompagné de sa traduction francaise en vis-a-vis. Pour le réciter au mieux, on trouvera ensuite Le Don de la sagesse, une " méthode de lecture " où Jamyang Khyentse Wangpo explique cinq facons de réciter le texte. L'essentiel du livre vient ensuite, où le grand pandita indien Vimalamitra explique chaque vers à differents niveaux : littéral, tantrique et dzogchenpa. Dans l'introduction, le traducteur présente le bodhisattva et bouddha primordial Manju´sri, ainsi que tous les personnages extraordinaires impliqués dans la traduction de son tantra fondamental. L'incroyable variété des commentaires indiens et tibétains de ce " souverain des tantras " met en lumière un grand nombre de particularités décisives pour la littérature tantrique à venir, qu'elles soient d'ordre mystique, rituel ou linguistique. L'ouvrage s'achève sur des appendices explicatifs, dont un index qui poursuit le sens encyclopédique du tantra.
Kumârajîva de Koutchâ, le moine le plus vénéré du royaume de Ts'in, et le plus grand traducteur de tous les temps, est venu en Chine pour traduire du sanskrit en chinois les paroles du Bouddha. Le roi de Ts'in, bouddhiste convaincu, dépense des fortunes pour fonder des monastères où des milliers de traducteurs et de scribes travaillent à transcrire le canon bouddhique tandis qu'un général félon attaque son royaume par le Nord, sans qu'il s'en soucie autrement. Été de l'an 406, le Maître a rompu ses voeux sur ordre du roi : il doit engrosser dix courtisanes pour donner ainsi naissance à des êtres qui allieront force et beauté physique, intelligence et grandeur d'âme. Installé en grand secret dans un ermitage isolé, la Perle du Dragon, il va découvrir au travers de l'expérience érotique, le désir, le plaisir, et l'au-delà du plaisir qu'incarne le féminin. Et ses disciples, dont le narrateur Tchao, témoignent de cette illumination où la femme détient les clefs d'un savoir indicible, ce fameux « esprit d'éveil » face à quoi le réel et l'irréel ne sont plus que des catégories mentales sans intérêt.
« à la fois sereine et exaltée, la poésie des grands classiques chinois nous traverse d'un souffle vertigineux. On la découvre une fois : on ne s'en remet pas. Il y a en elle une exigence d'impossible, une façon de nous dérouter pour nous ramener infailliblement au juste chemin : la poésie comme flux vital, entrée en collision, découverte du coeur inconnu. » Zeno Bianu, auteur d'une riche oeuvre poétique et théâtrale, et Patrick Carré, traducteur orientaliste de renom, nous ont offert il y a trente ans une superbe anthologie, La Montagne vide. Avec cette nouvelle collaboration, ils nous emmènent à la découverte des plus grands poètes chinois : un parcours onirique à travers près d'un millénaire (IIIe-IXe) qui constitue une authentique initiation à la vision taoïste du monde et à son potentiel révolutionnaire.
Si le Soûtra du Diamant et le Soûtra du Coeur sont célèbres dans l'ensemble du monde himalayen et sino-japonais, faisant l'objet de récitations et de méditations quotidiennes sur le sens de la vacuité universelle dans le bouddhisme tibétain et zen, il n'en est pas de même du Soûtra de la Pousse de Riz, injustement méconnu, et traduit ici pour la première fois en français. Il s'agit pourtant d'un texte clé des débuts du Mahâyâna, qui traite de tous les aspects de la production interdépendante en soulignant l'irréalité fondamentale des éléments qui la constituent. Loin d'être un culte du néant, cette insistance sur la vacuité, propre au Grand Véhicule, fait voler en éclats le cadre étroit de l'être et de la substance, si chers à nos philosophes occidentaux, et débouche sur la mise en oeuvre d'une compassion sans limites.
Abondamment cité dans les traités philosophiques déclenchés par le " vide " bouddhique, le Vimalakîrti est un grand roman poétique à la gloire de l'irréalité - donc de l'absence de problème - non seulement du moi mais de toute substance. Rien d'ignoblement, de déliramment nombriliste comme souvent dans le nihilisme à l'européenne. Justement pas ! Aux héros démesurés d'incarner l'exact contraire de la petitesse de ce qui n'est pas infiniment grand ! Jongleurs atemporels, montreurs de vertiges, magiciens des sens toujours offerts aux farces de l'appropriation : aux héros d'incarner les bienfaits de la claire vacuité ! Ce soûtra émane essentiellement d'un autre grand personnage que le bouddha historique, Vimalakîrti ; ce texte, l'un des plus célèbres et des plus étudiés du bouddhisme, est ici traduit de sa version chinoise de 406.
Un jeune Chinois, linguiste surdoué à la recherche de la clé des langues, un guitariste de rock bercé au son des mystiques orientales par des parents soixante-huitards, une informaticienne punk qui s'initie à la théologie négative : trois héros de notre temps qui se rencontrent scion un plan énigmatique dont ils ne connaissent ni les enjeux ni le maître, mais qu'ils suivent en vrais chevaliers d'un Graal hypothétique. Patrick Carré, grand spécialiste des langues et philosophies orientales, est l'auteur, notamment, du « Palais des nuages » sélectionné pour le Goncourt, prix du Premier Roman, prix Gutenberg. Il nous livre avec « Les Petits Chaos de l'étudiant Liu » un roman baroque et fin de siècle où il se joue de tous les genres, de routes les fictions, revisitant la Chine et le Tibet, le rock et le bouddhisme, les langues et les lois physiques, au gré d'une érudition joyeuse et indisciplinée, invite savoureuse au « gai savoir » à la manière d'Eco ou de Borges.