Patrick Renou
Patrick Renou
« On peut se passer du bonheur. Il suffit d'être assez attentif à la vie, assez occupé à l'affronter ou à la fuir. Le héros du « Rendez-vous » s'y emploie avec talent. Il a très peur de mourir. Il est très amoureux. Cela fait deux raisons de continuer. Il s'intéresse à tout. Il ne croit à rien. La femme qu'il aime, dont il parle merveilleusement, ne veut aimer qu'un écrivain. Il écrit donc. Quelle meilleure raison ? Écriture amoureuse. Écriture de conquête. C'est un roman qui serait une lettre d'amour, une lettre d'amour qui ferait un roman. On soupçonne un livre autobiographique. Trop de fraîcheur pour être tout à fait inventé. Trop d'étrangeté pour n'être pas vrai. C'est à la fois cocasse et grave, émouvant et déroutant. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Celui-là, oui. Il n'est pas comme les autres ; c'est pourquoi il nous éclaire sur nous-mêmes. Le corps de cette femme, pour lui, vaut plus que tous les livres. Cela met la littérature à sa place, qui n'est pas la première. Et ce roman à la sienne, singulière et belle. On peut se passer du bonheur. On peut se passer de la littérature. Mais de l'amour, non. » André Comte-Sponville
Dans tout livre sommeille une enfance. Le travail du lecteur, c'est de réveiller l'enfant qui dort en l'appelant par son nom propre. La singularité de ce livre est que l'enfant n'y dort pas, en proie à l'insomnie de cette vérité : il va mourir. Bien sûr, pour nous, lecteurs, cette vérité n'est pas recevable. Nous savons qu'aucun de nous ne mourra jamais, bien sûr - sauf celui-là, à qui l'annonce de sa fin aura été donnée très tôt, trop tôt sans doute. Dans cet éblouissement-là - trop de jour, trop de nuit - il écrit. Tant qu'il écrit, il peut mourir, c'est donc qu'il est vivant.
Là où commence une nuit que je ne sais élucider, l'inquiétude gagne. Je me déplace et je regrette déjà d'avoir bougé. Je ne comprendrai jamais comment je peux respirer. Avec cette certitude de la mort, tous les soleils peuvent bien se lever, même contre soixante ans de santé, je ne ferai pas de pacte avec la vie pour suivre une pente qui s'engouffre de toute éternité dans l'asphyxie. Furieux, avec le fardeau de cette masse de stupeur accumulé, rien ne m'apaise. Plutôt demeurer immobile. À perdre pied. J'ignore le masque du beau, tout du « sentiment océanique ». Les croyances, les consolations m'accablent. C'est toujours en deçà, au-delà du principe de plaisir, c'est-à-dire sans la chair et le sang de la parole et du verbe, que je porte mon regard. C'est dans l'urgence, contre ma douleur, c'est dans la colère, dans un face-à-face où l'un de nous deux doit sauter que j'écris. Autant dire que je n'y mets pas tout mon coeur... je lâche prise... Je sais bien quand ma rage retombera !
Rentrée littéraire 2021 " Un roman vraiment merveilleux, sur une his toire merveilleusement vraie. " André Comte-SponvilleFeuilletant un livre ancien sur les paquebots, devant la boîte verte d'un bouquiniste des quais, Patrick Renou découvre qu'une passagère clandestine, embarquée sur l'Ile-de-France en novembre 1946, donna naissance à sa fille au large des côtes françaises. Profondément ému, il fait alors des recherches, se plonge dans les archives de Cherbourg, de New York, comprend l'histoire extraordinaire de Milena et décide de réinventer ces sept jours de la traversée, où s'est noué le destin de la jeune femme. On entend le saxo de Charlie Parker le soir, on voit Marcel Cerdan sur le ring, les buffets sont dressés jour après jour. On vit ce temps si particulier des traversées transatlantiques qu'épouse à la perfection le rythme de l'écriture du romancier. " Patrick Renou s'est emparé de cette aventure, encore brûlante des terreurs de la guerre et des poursuites infâmes contre les Juifs. Par son style à la fois tendre et persuasif, il donne vie à ce qu'on n'aurait jamais su sans lui. Il n'y a jamais de hasard : l'auteur a su crever l'épaisseur de l'oubli avec ses mots, et c'est là encore son mérite. C'est de là aussi que vient la beauté de ce roman. " Arlette Farge
André Comte-Sponville, Laurent Bove et Patrick Renou passionnés. Ils nous « donnent à voir » les yeux émerveillés d'Albert Camus devant la beauté et la lumière du monde en nous entraînant sur les pas du philosophe de l'absurde et du poète de l'amour, sur les pas de l'humaniste avant tout, celui qui écrit : « Il y a une volonté de vivre, sans rien refuser de la vie, qui est la vertu que j'honore le plus en ce monde ».
Plongez dans le roman vrai de l'amour secret entre René Char et Tina Jolas, une histoire d'exception nourrie de milliers de lettres inédites.