Paul Hazard
Paul Hazard
La censure théâtrale est préventive ou répressive. On peut, en effet, soit mettre l'art dramatique à l'abri de toute faute par le contrôle de l'autorité avant la représentation, soit attendre que des écarts se produisent pour les punir par la loi. Nous ne parlons pas, bien entendu, de la liberté absolue qui, en cette matière comme en beaucoup d'autres et peut-être avec plus de dangers, dégénèrerait facilement en licence : en effet le théâtre (un critique éminent l'a judicieusement fait remarquer) est, comme la langue dans l'apologue d'Ésope, à la fois ce qu'il y a de meilleur et ce qu'il y a de pire : il peut être tour à tour un instrument de corruption et de moralité, éclairer et égarer, élever et dégrader ; il prête aux idées vraies et aux idées fausses un égal retentissement, il reflète le bien et le mal, et il en centuple l'influence. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
"La majorité des Français pensait comme Bossuet: tout d'un coup, les Français pensent comme Voltaire: c'est une révolution", écrivait Paul Hazard dans ce livre désormais classique. De 1680 à 1715 s'affrontent en effet les idées les plus contradictoires et les plus puissantes. L'ordre classique, qui avait repris force après la Renaissance, paraissait éternel. Or, vers 1680, tout se met à bouger. Un air extérieur semble souffler dans le solennel édifice; des esprits ont l'audace de prétendre que les Modernes valent bien les Anciens, que le progrès doit l'emporter sur la tradition, la science sur la foi. "Il s'agissait de savoir si l'humanité continuerait sa route en se fiant aux mêmes guides ou si des chefs nouveaux lui feraient volte-face pour la conduire vers d'autres terres promises." Une époque charnière donc, où l'esprit de doute surgit partout. Le goût des récits de voyage élargit les horizons et ébranle les certitudes acquises; on discute de la Bible, de l'authenticité des textes sacrés, des mystères; les libres penseurs font la guerre à la tradition; on parle de religion naturelle, de mort naturelle, de droit naturel, on rêve d'une ère de bonheur terrestre fondée sur la raison et sur la science, les philosophes prônent la tolérance. C'est ce formidable bouillonnement d'idées et d'hommes que décrit Paul Hazard, retraçant ici en quelque sorte l'histoire des origines de l'Europe contemporaine.