Paul Ricoeur
Paul Ricoeur
Vers la fin de sa vie, Paul Ricoeur a plusieurs fois abordé la question de la traduction. Trois conférences sur ce sujet sont rassemblées dans ce volume. À une réflexion qui part du constat de l'irréductible différence entre les langues, la traduction paraît impossible. Et pourtant elle existe : on a toujours traduit. La tâche de la pensée est donc non tant de l'expliquer ou de la justifier que de penser à partir d'elle, puisqu'elle reste une « opération risquée, toujours en quête de sa théorie ». L'auteur explore dès lors les « deux voies d'entrées » dans le problème de la traduction : si la conception qui voit en elle le simple transfert d'un message verbal d'une langue à une autre lui semble trop étroite, celle qui revient à assimiler tout processus de compréhension à une traduction est sans doute trop peu rigoureuse. Par-delà le soupçon toujours vivace de la « trahison » qui pèse sur elle, la traduction, ce « défi », apparaît en fin de compte au philosophe comme un « bonheur » : celui de « l'hospitalité langagière ». Paul Ricoeur (1913-2005) est l'un des philosophes majeurs de l'époque contemporaine.
Ce livre s'interroge sur ce qui fonde toute affirmation de foi et toute théologie : la révélation. Sans elle, foi et théologie ne sont qu'idéologies. En elle réside la résistance ultime à toute assimilation, à toute réduction de la foi à un sens simplement humain. Elle exprime la transcendance radicale de la foi par rapport à tout savoir, tout désir, tout effort qui ne seraient que de l'homme Mais comment faut-il comprendre aujourd'hui cette transcendance, cette altérité irréductible, si l'on veut entendre aussi jusqu'au bout les justes exigences de la raison, de l'entreprise herméneutique, de la démythisation ? Telle est la question que tente d'éclairer ici une réflexion à la fois pluridisciplinaire et pluriconfessionnelle qui comporte cinq faces sans compter l'échange final : philosophie, pensée juive, exégèse du Nouveau Testament, tradition de l'Inde, théologie. L'ensemble résulte d'une session théologique organisée en 1976 par l'Ecole des sciences philosophiques et religieuses des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles.
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Amour et justice La cause est entendue : c'est " amour ou justice ", mais non pas " amour et justice ". Dans le langage courant, et même à un niveau de réflexion plus élevée, quand les deux concepts sont présentés en conflit, il n'y a pas de ponts entre la pratique individuelle de l'amour du prochain et la pratique collective de la justice qui établit l'égalité et l'équité. Qu'on favorise l'une ou l'autre, l'insistance va à la disproportion. Paul Ricœur tend à démontrer ici la proportion, les liens, la tension féconde entre amour et justice qui se fait jour au moment de l' action, que l'un et l'autre revendiquent. Tous deux sont pris dans une économie du don qui déborde de toute part l'éthique dont ils se veulent les figures responsables. Une logique de la surabondance vient toujours mettre au défi une logique de l'équivalence. Paul Ricœur (1913-2005) Philosophe, un des " grands " du XXe siècle, il a consacré sa réflexion à l'analyse du sujet, de son action et de son rapport au temps.
En 1975, Paul Ricœur donne en anglais à l’Université de Chicago ce grand cours sur l’imagination resté inédit. En dix-neuf leçons, il relit l’histoire de la philosophie occidentale autour d’une opposition essentielle : d’une part, l’imagination reproductrice (picture, traduit ici par « tableau »), que la tradition a souvent critiquée comme illusoire et trompeuse, d’autre part, l’imagination productrice (fiction), qu’elle a souvent ignorée. Or c’est bien cette fonction créatrice de la fiction, dans sa capacité à inventer et à découvrir de nouvelles dimensions de la réalité, qui intéresse Ricœur. S’appuyant sur la peinture, la poésie ou le processus de la découverte scientifique, il propose in fine une véritable théorie de la fiction, en montrant comment celle-ci imprègne la pensée même et constitue le cœur de l’agir humain. Avec L’Idéologie et l’Utopie (traduit au Seuil en1997), l’autre série de leçons donnée à Chicago en 1975, ce cours représente la réflexion la plus développée que Ricœur nous ait livrée sur la question de l’imagination, qui n’a cessé de préoccuper son œuvre, que ce soit dans son approche de la créativité langagière (La Métaphore vive, paru la même année), de la figuration du temps (Temps et Récit) ou de l’identité narrative (Soi-même comme un autre). Paradoxalement, Ricœur n’a pourtant écrit aucun ouvrage qui soit explicitement consacré à ce sujet, comme s’il avait voulu faire de la question centrale de l’imagination une question toujours ouverte et en travail. C’est dire si L’Imagination, accompagné ici d’un appareil critique complet, est une pièce maîtresse de son œuvre. Traduit de l’anglais et préfacé par Jean-Luc Amalric
Pour Paul Ricœur, l’autonomie philosophique n’est possible qu’à partir d’une « reprise » de ce qui n’est pas philosophie. Non philosophique par excellence, la religion a ainsi constitué pour lui un foyer de langages et de convictions qui lui a donné à penser pendant près d’un demi-siècle. De 1953 à 2003, les douze écrits et conférences présentés et annotés dans ce volume attestent la cohérence, la richesse et la variété de son approche laïque et philosophique de la religion. Du problème du mal à celui de la nature poétique du langage religieux en passant par l’évaluation de la justesse – ou non − des critiques (freudienne, marxienne…) de la religion, du rapport entre expérience et langage dans le discours religieux à des études spécifiques d’herméneutique biblique en passant par des réflexions sur le sacrifice, la dette et le don, Ricœur s’appuie sur la religion pour penser, tout en ne cessant de penser la religion pour elle-même. Paul Ricœur (1913-2005) est l’un des plus grands philosophes du XXe siècle, auteur d’une œuvre immense, dans la tradition phénoménologique et herméneutique. Dans la série « Écrits et conférences », aux Éditions du Seuil, ont paru Autour de la psychanalyse (2008), Herméneutique (2010), Anthropologie philosophique (2013) et Politique, économie et société (2019).
De Ricœur on évoque souvent la pensée herméneutique et éthique. La réflexion politique est pourtant loin d'être absente. Elle constitue au contraire une préoccupation permanente, mais traverse des écrits demeurés dispersés jusqu'ici. Les principaux, souvent méconnus, sont réunis dans cet ouvrage, qui en sélectionne dix-sept, allant de 1958 à 2003. Comme toujours chez Ricœur, ces textes répondent à des demandes qui s'enracinent dans l'actualité. Pourtant, son effort philosophique leur donne valeur universelle et durable. Ricœur insiste ainsi sur le paradoxe politique d'une tension continuelle entre " raison " et violence, et sur des préoccupations contemporaines, qu'il s'agisse du " mal " et de la responsabilité morale en politique, de l'autorité et de la conviction dans la vie démocratique, ou de la tolérance, de la condition de l'étranger, de l'identité et des enjeux de l'élaboration, difficile, d'un ethos européen. Paul Ricœur (1913-2005). Dans la série " Écrits et conférences ", ont paru Autour de la psychanalyse (2008), Herméneutique (2010) et Anthropologie philosophique (2013).
Dans cet essai inédit regroupant trois textes issus d'une conférence donnée en 1967, Paul Ricoeur s'intéresse à l'idée d'une communauté ecclésiale. Le philosophe s'interroge d'abord sur la société, son obsession technique, son incapacité à produire du sens et sur la manière dont l'Eglise peut être un contrepoint d'utopie en son sein. Il cherche ensuite un langage capable d'intégrer en même temps les critiques externes de la religion (Marx, Nietzsche, Freud) et, d'une manière interne à la foi, une «déconstruction» des pseudo-rationalisations qui masquent la vivacité des textes bibliques. Jamais publiés jusqu'ici, ces textes de Paul Ricoeur offrent une réflexion philosophique rare sur le rôle d'une communauté confessante au coeur d'une société désenchantée et qui reste d'une troublante actualité.
Etre, Essence et Substance chez Platon et Aristote. Cours professé à l'université de Strasbourg en 1
Professé d'abord et polycopié à Strasbourg dès 1953 puis devenu " Cours de Sorbonne " polycopié en 1957, ce Cours interprète avec rigueur le sens des trois mots du titre : " être ", " essence " et " substance " – les concepts fondamentaux de la métaphysique occidentale. Ils représentent, comme tels, un progrès considérable de la raison conceptuelle par rapport aux Présocratiques, qui parlaient encore des " éléments ". Par la suite, ils eurent une importance exceptionnelle dans l'histoire de la philosophie, bien au-delà de la scolastique médiévale et de la métaphysique classique, puisqu'au XXe siècle Heidegger et d'autres se mesurent encore et toujours à eux. Comment Platon puis Aristote les pensent-ils ? Quel sens leur donnent-ils ? Outre l'intérêt intrinsèque du commentaire, très fouillé et très appuyé sur les textes, on note les connexions et les inversions que Ricœur établit au sein des deux philosophies et entre elles, et son insistance, déjà, sur le langage. Il met aussi en relief des évolutions surprenantes : un second Platon a critiqué un premier Platon (celui des Idées), et un second Aristote a critiqué Platon en le simplifiant et même en le caricaturant. Paul Ricœur, décédé en 2005, était un des grands philosophes contemporains. Son œuvre, publiée pour l'essentiel au Seuil, est traduite en de nombreuses langues.
La contribution de Paul Ricœur à la théorie de l'interprétation, ou herméneutique, est considérable. Il figure parmi les maîtres de cette discipline, aux côtés de Schleiermacher, Dilthey, Heidegger et Gadamer. En marge des grands livres que sont Le Conflit des interprétations et Du texte à l'action, il a rédigé divers articles et contributions qui méritent d'être découverts ou redécouverts. Ils permettent de saisir sur le vif l'avancement de sa recherche à un moment précis. Certains textes analysent la métaphore, d'autres guident le lecteur à travers les divers enjeux du " problème herméneutique ", du symbole au texte, puis du texte à l'action, considérée à travers ses implications éthiques. On y découvre aussi la volonté de Ricœur de s'interroger sur le devenir de l'herméneutique, et son souci de confronter celle-ci à la philosophie analytique. Sa contribution à l'herméneutique biblique a été décisive. Il s'est penché en philosophe sur la Bible, donc sur ce qu'elle " donne à penser ". Deux études magistrales rendent compte de cet effort – sans équivalent dans la philosophie française – pour explorer les relations entre révélation et vérité d'une part, mythes du salut et raison d'autre part. Ce livre, préparé et annoté par Daniel Frey et Nicola Stricker, est le second volume de la série " Écrits et conférences ", publiée sous les auspices du Fonds Ricœur. Paul Ricœur (1913-2005). Écrits et conférences 2 rassemble des textes du philosophe parus entre 1972 et 2006.
Paul Ricœur a publié de son vivant une trentaine de livres – une œuvre philosophique exceptionnelle. Il a aussi écrit de nombreux articles pour des revues françaises et étrangères, fait des conférences et donné des interviews. Conservés par le Fonds Ricœur, certains de ces textes n'ont jamais été publiés en français, beaucoup sont aujourd'hui introuvables. Ce volume – le premier d'une série d' écrits et de conférences – reprend des textes consacrés à la psychanalyse, un thème qui a occupé peu ou prou, sa vie durant, le champ de la réflexion du philosophe. Quelle science est donc la psychanalyse ? Quelle vérité profère-t-elle, quelles preuves fournit-elle ? Que signifie, pour cette " science ", la pratique concrète de la psychanalyse ? Qu'a-t-elle à dire sur la création et sur l'œuvre d'art ? Quelle est sa place dans la culture et comment transforme-t-elle la culture ? Quelle est la place du récit en psychanalyse ? " Ricœur lecteur de Freud " : tel aurait pu être le titre de ce livre, où la réflexion repose essentiellement sur l'œuvre même de Freud, et non sur ses commentaires ultérieurs. Lecture de liberté et de probité intellectuelle, lecture critique mais à l'évidence admirative, qui ne demeure pas figée sur des positions définitives. Une lecture pour comprendre Freud. Paul Ricœur (1912-2005). Écrits et conférences 1 rassemble des textes du philosophe parus de 1966 à 1988.
Comment les hommes deviennent-ils humains ? Cette interrogation anime les " sciences humaines ". Mais celles-ci, remarque Ricœur, se dispersent dans de multiples disciplines et tendent à l'homme un miroir brisé. D'où l'" urgence " à ses yeux d'une anthropologie philosophique, qui a une histoire plus ancienne mais qu'il croit riche encore de ressources inemployées. Cela ne l'empêche pas de dialoguer avec la psychanalyse, l'histoire, la sociologie, l'ethnologie ou les sciences du langage, et de déployer ainsi une réflexion parfaitement actuelle et ouverte. Car il n'y a décidément pas de réponse simple à la question : qu'est-ce que l'homme ? " Volontaire " et " involontaire ", " agir " et " souffrir ", " autonomie " et " vulnérabilité ", " capacité " et " fragilité ", " identité " et " altérité " : c'est par ces tensions que Ricœur, pour sa part, exprime une telle complexité. Les textes ici réunis offrent ainsi une vue d'ensemble de sa propre philosophie, depuis sa conférence sur " l'attention ", prononcée en 1939, jusqu'à son discours de réception du prix Kluge sur les " capacités personnelles " et la " reconnaissance mutuelle ", rédigé en 2004 quelques mois avant sa mort. Paul Ricœur est l'un des grands philosophes contemporains. Son œuvre, publiée pour l'essentiel au Seuil, est traduite en de nombreuses langues.
Voici le texte inédit du Mémoire pour le Diplôme d'études scientifiques que soutint le jeune Paul Ricoeur en 1934 devant Léon Brunschvicg. Dans ce travail remarquable, qui laisse entrevoir tout le génie du philosophe, Ricoeur aborde sous l'angle de la mét
On retrouve dans ces entretiens, réalisés entre 1981 et 2003, les grands thèmes ricoeuriens : " l'homme capable ", la justice et ses conflits, l'action éthique et politique dans la Cité humaine, le sens de la guerre, la force du compromis, la question du mal, les nouvelles questions politiques et morales (l'écologie, la bioéthique). Une curiosité : l'entretien entre Paul Ricoeur et Michel Rocard quand il était Premier ministre. Il s'agit de questions toujours actuelles, qui se posent et se reposent en permanence dans nos démocraties mal portantes. La méthode fait ici partie du contenu : presque toujours sont noués un contexte politique (la fin des idéologies et la séduction des solutions purement techniques), la mise en avant d'institutions (qui inscrivent les questions dans la durée), l'imagination ou l'utopie d'un avenir meilleur. Comme le dit Michaël Foessel, Paul Ricoeur, éducateur politique, ne cesse de rappeler à tous " la pression constante que la morale de conviction exerce sur la morale de responsabilité ". En ce temps de basses eaux démocratiques et d'expansion des populismes, ce rappel des principes de l'action politique et de leurs raisons n'est pas seulement utile : il est absolument nécessaire. Paul Ricoeur (1913-2005) est une des grandes figures de la philosophie française contemporaine. Préface de Michaël Foessel
"Une philosophie de l'existence comme celle de Karl Jaspers n'est pas seulement l'itinéraire d'une conscience individuelle ; elle fait appel à d'autres consciences individuelles et tente à l'extrême de communiquer avec elles, à la faveur d'un langage commun. Mais en retour, si le langage est commun, la pensée qu'il véhicule ne peut être chaque fois qu'individuelle. Je pense, tu penses, et nul ne peut produire à ma place ce courage et cette docilité par quoi la pensée est toujours l'action intérieure d'un individu. Seuls les mots, l'appareil des concepts, la carcasse des arguments, sont entre les consciences, couchés dans les livres, radicalement anonymes, et attendant d'être vivifiés par une expérience unique comme celle de leur auteur et naissant en liaison avec celle-ci. On n'entre donc point en curieux dans une telle pensée, mais par une sympathie active qui n'est d'abord qu'un risque gratuit, mais qui peut devenir un dialogue fécond, même - et surtout - si le dialogue doit être ce combat amoureux qui figure, selon Jaspers lui-même, la forme la plus haute de la communication des consciences." M. D. et P. R. Depuis que cet essai a été écrit (1947), Jaspers n'a cessé de croître au "firmament des philosophes" du XXe siècle, non seulement à cause de la valeur de sa réflexion philosophique, mais aussi en raison de son intégrité morale. Comme le disent les deux auteurs tout à la fin de ce livre, "il n'est pas indifférent que Jaspers n'ait rien eu à renier de lui-même, et que nous puissions saluer la continuité d'une pensée et d'un destin qui au fond de l'abîme restent égaux à eux-mêmes".
Les modifications profondes de notre système socio-culturel font émerger des questions éthiques nouvelles, à l'intérieur de toutes les disciplines qui ont l'homme pour objet, telles l'esthétique, la philosophie, la politique, le droit, la médecine. Pour comprendre ces questions, par-delà leur « actualité ponctuelle », dans le flux vivant de leur constitution, leur approche doit être patiente, complexe, parfois aussi éprouvante qu'une initiation au parcours du labyrinthe. C'est cette tâche difficile que les auteurs de ce livre ont tenté d'amorcer. Leurs contributions sont issues du cycle de leçons publiques qui ont été organisées durant l'année académique 1984-1985, par l'École des sciences philosophiques et religieuses des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles.
Trois visées philosophiques traversent cette suite d'études. Selon la première, est cherché pour le soi un statut qui échappe aux alternances d'exaltation et de déchéance qui affectent les philosophies du sujet en première personne : dire soi n'est pas dire je. Tenu pour le réfléchi de toutes les personnes grammaticales - comme dans l'expression : le souci de soi -, le soi requiert le détour d'analyses qui amènent à articuler diversement la question qui ? Qui est le locuteur de discours ? Qui est l'agent ou le patient de l'action ? Qui est le personnage du récit ? A qui est imputée l'action placée sous les prédicats du bon ou de l'obligatoire ? Deuxième visée : l'identité que suggère le terme "même" est à décomposer entre deux significations majeures : l'identité-idem de choses qui persistent inchangées à travers le temps, et l'identité-ipse de celui qui ne se maintient qu'à la manière d'une promesse tenue. Enfin, c'est l'antique dialectique du Même et de l'Autre qui doit être renouvelée si l'autre que soi-même se dit de multiples façons ; le "comme" de l'expression "soi-même comme un autre" peut dès lors signifier un lien plus étroit que toute comparaison : soi-même en tant qu'autre. P. R.
Dans cette très belle méditation, un philosophe se débat avec l'espérance de survivre, tout en se trouvant dans l'impossibilité intellectuelle et spirituelle d'acquiescer à toute vision naïve d'un autre monde qui serait le monde en double, ou la copie, de ce monde-ci. Il faut faire le deuil de toute image, de toute représentation. C'est en 1996 que Paul Ricœur, âgé de 83 ans, ose la question : " Que puis-je dire de ma mort ? " Comment " faire le deuil d'un vouloir-exister après la mort " ? Cette longue réflexion sur le mourir, sur le moribond et son rapport à la mort, également sur l'après-vie (la résurrection), passe par deux médiations : des textes de survivants des camps (Semprun, Lévi) et une confrontation avec un livre du grand exégète Xavier Léon-Dufour sur la résurrection. La seconde partie du livre est faite de textes écrits en 2004 et 2005, que le philosophe a lui-même appelés " fragments " (sur le " temps de l'œuvre " et le " temps de la vie ", sur le hasard d'être né chrétien, sur l'imputation d'être un philosophe chrétien, sur la controverse, sur Derrida, sur le Notre-Père ...). Textes courts, rédigés parfois d'une main tremblante, alors qu'il est déjà fatigué. Le dernier, de Pâques 2005, a été écrit un mois avant sa mort. Paul Ricoeur, grand philosophe du XXe siècle, est décédé le 20 mai 2005.
Nostalgique, passéiste, rétrograde, le vintage ? Alors que la fascination pour l'" ancien " semble tout envahir (mode, design, musique, cinéma, publicité...), on l'assimile volontiers à la peur de l'avenir. Pourtant, le vintage jette des ponts entre passé, présent et futur, explore de nouvelles formes de créativité et affirme les valeurs de ce début de XXIe siècle, nous explique Philothée Gaymard.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Sur la scène politique, la nation est devenue à nouveau un enjeu politique majeur. Pour les uns, et pas seulement à l'extrême droite, celle-ci serait gravement menacée par le rôle croissant des ensembles supranationaux et le « multiculturalisme ». Pour d'autres, face à cette vision « nationaliste » de la nation, il importe d'en restaurer une vision « humaniste », soucieuse de concilier ouverture et culture. Pour cela, quelle meilleure voie que de revisiter les multiples apports qui, au fil de l'histoire, ont peu à peu constitué et enrichi le patrimoine commun des Français ? C'est dans cette perspective que la Ligue de l'enseignement a demandé à des intellectuels éminents de présenter, à l'intention d'un large public, les grands héritages historiques qui ont contribué à forger l'imaginaire républicain. Que nous reste-t-il de la culture gréco-latine, si présente aux siècles classiques de notre histoire (Claude Nicolet) ? Quel a été l'apport des religions, notamment chrétienne, et qu'en subsiste-t-il dans la culture de la plupart des Français (Emile Poulat) ? Quelle est aujourd'hui la trace laissée par le mouvement des sciences, si important depuis deux siècles (Dominique Lecourt) ? Et que retrouve-t-on, dans la vie des Français actuels, des deux siècles de combats culturels, politiques et sociaux qui viennent de s'écouler (Michelle Perrot) ? Aux réponses apportées par ces historiens et philosophes, Paul Ricoeur apporte un utile complément en s'interrogeant sur la diversité constitutive de la France et sur le dialogue entre les cultures. Ce bref essai propose ainsi de précieux axes de réflexion à tous ceux qui ont le souci, en interrogeant l'histoire de la culture politique française, de maintenir une certaine idée de la nation contre le nationalisme.
L'intrigue et le récit historique Temps et Récit explore, après La Métaphore vive, le phénomène central de l'innovation sémantique. Avec la métaphore, celle-ci consistait à produire une nouvelle pertinence de sens par le moyen d'une attribution impertinente. Avec le récit, l'innovation consiste dans l'invention d'une intrigue : des buts, des causes, des hasards, relevant à des titres divers du champ pratique, sont alors rassemblés dans l'unité temporelle d'une action totale et complète. La question philosophique posée par ce travail de composition narrative est celui des rapports entre le temps du récit et celui de la vie et de l'action affective. Plusieurs disciplines sont convoquées à la barre de ce grand débat entre temps et récit, principalement la phénoménologie du temps, l'historiographie, et la théorie littéraire du récit de fiction. Temps et Récit 1 met en place, dans une première partie, la thèse de Paul Ricœur, qui se précise tout au long des trois tomes, selon laquelle le récit comporte trois rapports "mimétiques" : au temps agi et vécu, au temps propre de la mise en intrigue, au temps de la lecture. Dans une deuxième partie, l'ouvrage met ce schéma à l'épreuve sur l'histoire.
Après Lectures 1, consacré à la pensée politique, et Lectures 2, une galerie de portraits où défilent les grandes figures de la pensée du XXe siècle, Lectures 3 s'aventure aux "frontières de la philosophie". S'interrogeant tout d'abord sur le rôle de la philosophie de la religion dans les systèmes philosophiques de Kant et de Hegel, Paul Ricœur est conduit à traverser L'Étoile de la Rédemption de Franz Rosenzweig et l'œuvre d'Emmanuel Lévinas, méditation vigoureuse sur le "témoignage". S'écartant progressivement du logos philosophique ou des pensées qui ont entrepris de le déborder, Paul Ricœur traite ensuite du prophétisme, du tragique et du mal. Autant d'interrogations qui fragilisent la spéculation et résistent à une appréhension conceptuelle, invitant à relancer le travail de la pensée. Enfin, parallèlement à son œuvre philosophique, Ricœur a beaucoup lu et interprété la Bible, ce récit dont les "essais d'herméneutique" réunis ici montrent l'ampleur des réflexions qu'il suscite. Complément indispensable de Temps et Récit et de Soi-même comme un autre, Lectures 3 témoigne d'un autre "régime de la pensée" qui souligne l'importance de l'œuvre de Paul Ricœur.
Essais Peut-on écrire sur Freud sans être ni analyste ni analysé ? Non, s'il s'agit d'un essai sur la psychanalyse comme pratique vivante ; oui, s'il s'agit d'un essai sur l'oeuvre de Freud comme document écrit, auquel la mort de son auteur a mis un point final : une interprétation d'ensemble de notre culture, qui a changé la compréhension que les hommes ont d'eux-mêmes et de leur vie. Or, cette interprétation, précisément, est tombée dans le domaine public, tombée jusqu'au bavardage. Il appartient dès lors au philosophe de la justifier, c'est-à-dire d'en déterminer le sens, la légitimité et les limites. Comme le montre Paul Ricoeur, seule une méditation sur le langage peut fournir une structure d'accueil à l'exégèse freudienne de nos rêves, de nos mythes et de nos symboles. Et cette exégèse, en s'articulant elle-même à une réflexion «archéologique» sur le sujet, fait en retour éclater la philosophie du sujet, dans ses expressions naïves et prématurées. Le présent ouvrage ne se borne donc pas aux débats d'un philosophe avec Freud ; il libère l'horizon d'une recherche : la lecture de Freud devient l'instrument d'une ascèse du «je», délogé des illusions de la conscience immédiate.
«L'ouvrage comporte trois parties nettement délimitées par leur thème et leur méthode. La première, consacrée à la mémoire et aux phénomènes mnémoniques, est placée sous l'égide de la phénoménologie au sens husserlien du terme. La deuxième, dédiée à l'histoire, relève d'une épistémologie des sciences historiques. La troisième, culminant dans une méditation sur l'oubli, s'encadre dans une herméneutique de la condition historique des humains que nous sommes. Mais ces trois parties ne font pas trois livres. Bien que les trois mâts portent des voilures enchevêtrées mais distinctes, ils appartiennent à la même embarcation destinée à une seule et unique navigation. Une problématique commune court en effet à travers la phénoménologie de la mémoire, l'épistémologie de l'histoire, l'herméneutique de la condition historique : celle de la représentation du passé. Je reste troublé par l'inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d'oubli ailleurs, pour ne rien dire de l'influence des commémorations et des abus de mémoire - et d'oubli. L'idée d'une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués.» Paul Ricœur
Parallèlement à ses ouvrages de philosophie fondamentale, dont Soi-même comme un autre représente actuellement la dernière étape, Paul Ricœur n'a cessé de publier des articles dans des revues, mais aussi des préfaces dont les vertus pédagogiques n'enlèvent rien à l'acuité de la pensée. Lectures 1 inaugure une série de trois volumes destinés à reprendre ces textes jusqu'alors dispersés. Chacun d'entre eux portera sur un domaine privilégié par l'œuvre de Paul Ricœur : le pouvoir et le politique (Lectures 1), le récit et la poétique (Lectures 2), la question du mal et les rapports philosophie/théologie (Lectures 3). Dans Lectures 1 le lecteur retrouve les figures philosophiques qui ont accompagné la pensée politique de Paul Ricœur depuis l'après-guerre : Karl Jaspers, Hannah Arendt, Eric Weil et Jan Patocka. A côté d'analyses centrées sur le "paradoxe politique" et le mal totalitaire, l'auteur d'Histoire et Vérité discute également les réflexions portant sur la justice sociale au sein des démocraties, ce qui lui donne l'occasion de débattre avec John Rawls. L'auteur d'articles, qui ne s'est pas contenté de discuter avec d'autres auteurs, se heurte aux interrogations dont le citoyen du XXe siècle a la hantise, à commencer par celle de l'intolérance et de l'intolérable. De même il s'est obligé à "penser l'événement", ce dont témoignent des pages sur la Chine, Israël, mais aussi des propositions pour l'Université. Ce premier recueil permet ainsi de prendre la mesure d'une philosophie profondément politique, d'une pensée soucieuse de la Cité.
Penser la Bible est un livre à deux voix, unique dans son genre dans le domaine des études sur la Bible. En effet, un exégète patenté, spécialiste de l'approche historique et littéraire, et l'un des plus grands philosophes contemporains y abordent ensemble six textes clés de l'Ancien Testament, chacun avec sa grille de lecture, son savoir, son style, ses préoccupations propres. Ces textes sont : le récit de la création et de la Chute (Genèse 2-3), le décalogue (Exode 20), la vision des ossements qui ressuscitent (Ézéchiel 37), le Psaume 22 (" Mon Dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? "), la révélation du nom de Dieu YHWH (Exode 3, 14), le Cantique des Cantiques. Si l'exégète – André LaCocque – fait une véritable démonstration, extrêmement brillante, des ressources de la subtilité de la recherche historico-critique la plus récente, la philosophe – Paul Ricœur –, sans jamais quitter ce soubassement exégétique, montre à quel point la Bible donne à penser, comment la tradition biblique s'insère dans l'histoire de la pensée occidentale, comment, sur certains points, elle réfléchit cette pensée. Et – ce n'est pas le moindre trait piquant de ce livre exigeant –, il arrive que les deux auteurs ne soient pas d'accord et qu'ils divergent nettement dans leur interprétation (par exemple, dans leur lecture de Exode 3, 14 – le nom de Dieu –, ou dans celle du Cantique des cantiques). Cette divergence est, en elle-même, une des facettes les plus neuves et les plus riches de cet ouvrage.
Est-il possible de comprendre l'histoire révolue et aussi de vivre - et, pour une part, de faire - l'histoire en cours, sans céder à l'esprit de système des " philosophies de l'histoire ", ni se livrer à l'irrationalité de la violence ou de l'absurde ? Quelle est alors la vérité du métier d'historien ? Et comment participer en vérité à la tâche de notre temps ? Tous les écrits de ce recueil débouchent sur ce carrefour d'interrogations. Ceux de la première partie, plus théoriques, sont inspirés par le métier d'historien de la philosophie, que pratique l'auteur. Dans la seconde partie, c'est à travers des thèmes de civilisation et de culture (le travail, la violence, la parole, l'angoisse, etc...) que l'on s'interroge sur les chemins d'une unité qui ne soit pas une synthèse prématurée.
Du texte à l'action rassemble les principaux articles rédigés par Paul Ricœur depuis Le Conflit des interprétations (1969). Non sans lien avec la publication d'œuvres maîtresses - La Métaphore vive et les trois tomes de Temps et Récit -, Paul Ricœur n'a jamais cessé de s'interroger sur l'unité de son propre travail, et de déployer les divers registres de sa réflexion sous la forme d'articles, de conférences et d'essais. Du texte à l'action, qui rythme les étapes d'un parcours original - de la phénoménologie à l'herméneutique, de l'herméneutique du texte à l'herméneutique de l'action -, met l'accent sur les rapports qui interviennent entre une réflexion sur le discours et le récit, et une interrogation sur l'idéologie et l'action humaine au sein de la Cité. Ce parcours n'est pas dissociable de la volonté de confronter et d'échanger qui traverse tous ces essais : Paul Ricœur y entrecroise sa pensée avec celle de Dilthey, de Heidegger, de Gadamer, mais aussi avec les sciences humaines, l'Ecole de Francfort, la philosophie du langage et la philosophie politique. Du texte à l'action manifeste avec éclat cette passion de philosopher qui caractérise toute l'œuvre de Paul Ricœur.
Pour comprendre toutes les implications de la métaphore - en fait de la rhétorique et des "figures" dans le langage -, ces huit études suivent une progression qui va du mot à la phrase, puis au discours. Des origines à nos jours, la rhétorique a pris le mot pour unité de référence. En ce sens, la métaphore n'est que déplacement et extension du sens des mots. Dès lors que la métaphore est replacée dans le cadre de la phrase, elle n'est plus une dénomination déviante mais un énoncé impertinent. Emile Benveniste est ici l'auteur qui permet à l'analyse de franchir un pas décisif, avec l'opposition entre une sémiotique, pour laquelle le mot n'est qu'un signe dans le code lexical, et une sémantique, où la phrase porte la signification complète minimale. En passant de la phrase au discours proprement dit (poème, récit, discours philosophique), on quitte le niveau sémantique pour le niveau herméneutique. Ici, ce qui est en question n'est plus la forme de la métaphore (comme pour la rhétorique), ni son sens (comme pour la sémantique), mais sa référence, c'est-à-dire la "réalité" en dehors du langage. La métaphore, en dernier ressort, est pouvoir de redécrire la réalité, mais selon une pluralité de modes de discours qui vont de la poésie à la philosophie. Dans tous les cas, nous sommes fondés à parler de "vérité métaphorique".
Le conflit des interprétationsCes « essais d'herméneutique » réunissent des textes qui portent la marque du bouillonnement intellectuel des années 1960. Les sciences humaines font éclater les cadres reçus de l'interprétation, et créent même un « conflit des interprétations ». Le premier mérite de Ricoeur, infatigable lecteur, est alors de reprendre longuement ce que disent les sciences de l'homme - linguistique, sémiologie, ethnologie, psychanalyse... - pour mesurer comment et pourquoi naît ce conflit.On est loin ici de toute « voie courte », d'une philosophie se contentant de rappeler à hauts cris le « sens » face à la « mort du sujet ». S'il s'agit « d'explorer les voies ouvertes à la philosophie contemporaine » par cette nouvelle donne, il faut passer par le détour de l'analyse longue. Un détour, plutôt rare dans l'aire de la philosophie française, est ainsi très présent : il passe par l'exégèse biblique et des disciplines religieuses, qui furent à l'origine du problème herméneutique. Au terme de cette analyse seulement, il sera possible à nouveau de « donner un sens acceptable à la notion d'existence ». Paul Ricoeur (1913-2005)Philosophe, monument de la philosophie française du XXe°siècle, il n'a cessé de nouer un dialogue avec les sciences humaines dans leur diversité et renouvelé les recherches exégétiques et bibliques. Préface de Jean Greisch
Ce volume est consacré en son entier à mettre à l'épreuve la théorie de la narrativité exposée par la première partie de Temps et Récit, dans la région non plus du récit historique mais, cette fois, du récit de fiction. Analyser ce qu'est la configuration du temps dans et par le récit de fiction, tel sera donc ici l'objet : qui mènera des métamorphoses passées et récentes de l'opération de mise en intrigue, aux modèles de "logique" du récit proposés par les divers structuralismes, aux jeux avec le temps ouverts par la dialectique de l'énonciation et de l'énoncé, enfin à l'ouverture de la fiction sur des mondes imaginaires dans lesquels le temps lui-même est devenu l'enjeu principal. Ce sera la tâche du dernier volume de tenir les promesses formulées au début et de tenter de dire comment récit historique et récit de fiction concourent, en dépit de dissymétries, à refigurer en commun une expérience phénoménologique du temps dont le caractère foncièrement aporétique a été reconnu dès le départ. Comment l'art immémorial de raconter apporte une réponse "poétique" à ces apories, voilà la question qui demeure à l'horizon de toutes les analyses ici présentées.