Paul Zumthor
Paul Zumthor
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Dans un village isolé de Haute-Savoie, une série de meurtres d’animaux sème la terreur. Une « griffe » mystérieuse et cruelle déchire les bêtes, et bientôt, c’est tout le village qui se sent menacé. Qui ou quoi se cache derrière cette violence ?
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
C'est dans un cadre cruellement vrai que Paul Zumthor a situé son dernier roman, « Les Hautes Eaux », dont le héros est l'une des innombrables victimes du raz de marée de février 1953, en Hollande. Joost van der Moere, paysan de l'île de Duiveland, alors la plus durement frappée, appartient à une secte protestante austère dont les membres pratiquent une confiance aveugle dans la Providence. Le fléau frappe Joost avec une soudaineté qui paralyse en lui les premiers réflexes du bon sens. La mer envahit la maison. Joost se réfugie avec les siens sur le toit au milieu du déchaînement de la tempête. Mais il refuse de s'enfuir alors qu'il en est encore temps : il lui semble qu'avec « les hautes eaux » un Dieu vengeur se révèle qui l'emprisonne dans sa foi et exige que l'épreuve soit subie jusqu'au bout. Tandis que meurent l'un après l'autre, autour de lui, les membres de sa famille, Joost éprouve le sentiment douloureux d'entrer dans un mystère atroce mais salvateur, réservé à lui seul. Est-il donc devenu fou, comme tant d'autres durant ces trois nuits d'horreur ? Paul Zumthor, qui vit aux Pays-Bas et fut témoin des inondations de 1953, a su rendre avec une intense vérité ce milieu de paysans zélandais, aspect d'une Hollande inconnue des touristes ; il nous le peint à travers un drame serré dont les événements s'enchaînent avec la rigueur d'une tragédie.
Trente-sept éclats de poésie pure, où chaque mot résonne comme une saveur ou un climat. Jamais et un jour est une expérience sensorielle du langage, bien au-delà des thèmes traditionnels.
La perception que nous avons de l'espace ne constitue pas tout à fait une donnée naturelle. Elle est fortement influencée par notre environnement culturel. À l'espace homogène que nous percevons aujourd'hui, où seules varient les distances, s'oppose l'espace hétérogène du Moyen Âge, senti comme de nature différente selon qu'il est proche ou lointain. De cette distinction, illustrée par les arts figuratifs, la cartographie, la littérature, le langage même, découlent des conséquences qui embrassent notre civilisation entière : celle-ci, en dix siècles, glisse d'un modèle à l'autre, au prix d'un bouleversement de ses valeurs sensorielles et symboliques. Paul Zumthor retrace cette histoire de quatre points de vue convergents : par rapport à l'idée de " lieu " et de stabilité, à celle de " dimension " et de mouvement, à celle d'inconnu désirable et de " découverte ", enfin dans les représentations imagées. Le moment critique, où l'on bascule du monde ancien à la modernité, n'est pas identique dans ces diverses perspectives. Du moins une période tournante se dessine-t-elle entre 1450 et 1550 : emblématiquement, l'équipée de Christophe Colomb en marque le centre.
Tenter une description systématique de la poésie médiévale en vue de l'intégrer à une Poétique générale où elle trouverait sa place spécifique - tel est le dessein que poursuit ici Paul Zumthor. Une première partie, théorique, pose les problèmes spécifiques de la "poéticité" médiévale : transmission orale, anonymat, "mouvance" des textes. L'auteur aborde ensuite de manière -descriptive et analytique les "modèles d'écriture", qui ne sont pas seulement des genres au sens classique du terme, mais de véritables types de discours : le grand chant courtois, les débuts du roman épique, les "jeux" qui sont à l'origine de notre théâtre. Le travail de Paul Zumthor met au jour la modernité de ce domaine si ancien, en dégageant cette idée-force que l'objet essentiel du discours médiéval n'est rien d'autre que ce discours lui-même, qui se fascine et se réjouit de son propre jeu. C'est ce que l'auteur appelle la circularité du Chant.
Enfants d'une époque lettrée, nous avons oublié l'existence de la voix – qui, pourtant, n'a pas cessé d'agir à travers nous. La "littérature" médiévale fut l'œuvre de la voix, non de la lettre : ce n'était donc pas une "littérature", encore moins une "écriture" ou un "texte". Paul Zumthor explore ici les causes et les effets de cette situation à travers tout l'Occident médiéval, de l'Espagne à la Germanie, du IXe au XVe siècle. Synthèse de travaux activement menés depuis plusieurs décennies, cet ouvrage pourrait bien bouleverser l'image que la culture européenne se fait de son propre passé. Aux lecteurs attentifs, il offre en outre une vision renouvelée, et comme "distanciée", de leur identité présente : il leur permet de se voir du dehors, et de découvrir le sens de l'Histoire là où ils croyaient avoir affaire à des lois de nature. Il les invite enfin à imaginer ce que pourrait être une civilisation de la théâtralité généralisée. Paul Zumthor (1915-1995) Un des meilleurs médiévistes du XXe siècle. Linguiste et historien, il a fait sa carrière aux Pays-Bas puis au Québec.
On sait l'enrichissement qu'ont apporté, sur le plan théorique, à l'ensemble des sciences de l'homme, les études consacrées à des cultures éloignées de nous dans l'espace ou dans le temps. Remonter le cours des siècles ne permet-il pas souvent de découvrir des sites d'où le paysage entier de notre propre univers accuse ses reliefs et se remet en place de façon inattendue, apte à nous en faire percevoir telles formes cachées, voire tel principe d'unité ? Avec ce nouveau livre, Paul Zumthor a choisi dans la littérature médiévale, pour illustrer cette possibilité, quatre questions, à première vue marginales, en fait exemplaires. Les jeux de mots : germes de la littérature dans la langue. La rhétorique : non pas inventaire abstrus, mais code d'engendrement. L'émergence du je : qui n'est pas, en littérature, de tout temps. Frontières du récit : fictif et factuel, littéral ou allégorique, narratif ou lyrique. Au-delà de la matière médiévale se dresse une problématique actuelle parce qu'universelle : celle des lois de l'écriture.
L'Essai de poétique médiévale (1972) et Langue, texte, énigme (1975) replaçaient l'étude du Moyen Age dans la perspective des théories modernes de la littérature. Paul Zumthor aborde à présent du même biais, pour l'époque-charnière qui inaugure la Renaissance (1470-1520) et dans cette génération qui élabore notre première "littérature" proprement dite, le groupe de poètes connus comme les Grands Rhétoriqueurs. Remplissant un rôle social qui les asservit aux princes, leurs patrons, ils s'efforcent de rompre, de l'intérieur, ce lien ; et comment ? Par la manipulation du langage même. D'où la subtilité de leur versification, la complexité des jeux de sons et de mots, la recherche des images rares, qui font triompher dans le discours l'équivoque, la pluralité des significations et abolissent jusqu'à la convention apparente des thèmes. De là aussi que ces héritiers d'une tradition du Moyen Age, qu'ils désarticulent par ironie ou parodie, sont les lointains précurseurs de toutes les tentatives les plus récentes de déconstruction du langage : ils offrent au lecteur de notre temps un terme de référence, illustrant l'ensemble des questions pratiques et théoriques que pose le fait d'écriture, encore aujourd'hui. La tentative, certes, fut sans lendemain immédiat : mais nous pouvons désormais lire qu'elle marqua ce qui est à tous les niveaux un moment crucial de l'histoire.