Philippe Séguin
Philippe Séguin
Qui est Philippe Séguin ? Où va-t-il ? Chef de file des "jeunes turcs" du RPR, il a joué durant les folles semaines de la rénovation, au printemps 1989, un rôle aussi déterminant que contesté. Ses proches s'y perdent parfois. Il intrigue et déconcerte. Raison de plus pour en savoir davantage sur lui. De son enfance tunisienne à l'ENA, de son élection à la mairie d'Epinal en 1983 à son poste de ministre des Affaires sociales et de l'Emploi en 1986, son parcours ne cesse de surprendre. Interrogé par Pierre Servent, Philippe Séguin retrace son itinéraire, évoque ses souvenirs, livre ses déceptions et ses convictions. Mais il lève aussi le voile sur ses relations avec Jacques Chirac, donne sa vision du débat politique dans le cadre de la démocratie apaisée qu'il appelle de ses voeux, et s'explique sur les méthodes qu'il propose pour réconcilier les Français avec la politique. L'horizon électoral étant dégagé, l'occasion était à saisir pour engager un dialogue qui ne soit pas sous influence. C'est chose faite.
Le discours est l'instrument par excellence du débat démocratique. Contre les émotions instantanées sur lesquelles joue la médiacratie, il cherche à réintroduire le temps long de l'argumentation raisonnée. Contre la réduction des hommes au statut de consommateur par la sondocratie, il cherche à s'adresser au citoyen. Contre le conformisme propre à la tyrannie cathodique, il cherche à réintroduire la contradiction. Voici donc les raisons qui me font croire que le renouveau de notre démocratie, et la réhabilitation du politique, sont indissociables du retour au premier plan de la parole publique. Voici pourquoi, au moment où la France s'apprête à engager le grand débat qui déterminera ses choix pour cette fin de siècle, j'ai accepté volontiers de publier ces textes, qui témoignent à la fois d'une conception de la politique et d'une vision de la République. Philippe Séguin
Philippe Séguin répond aux questions d'une classe de CM2 : à quoi sert la politique, qu'est-ce que la démocratie, comment fonctionne un parti politique, à quoi sert un ministre ou un député, qui a le droit de voter, comment organise-t-on des élections ? «Copyright Electre»
Oui, nous aimons tous Paris d'un amour passionné, jaloux parfois, et toujours exigeant. Alors, aujourd'hui, face à ce qu'on dit de Paris, nous ne savons plus quelle attitude adopter. Faut-il pleurer, faut-il en rire ? Les Parisiens s'interrogent. Ils attendent. Non seulement que l'on mette un terme à un interminable feuilleton politico-judiciaire, mais surtout qu'on tire les conséquences, pour eux, avec eux, des bouleversements intervenus ces dernières années. Aussi ai-je voulu, à vous tous Parisiens, à vous tous qui aimez Paris, vous adresser cette lettre. Pour revenir à l'essentiel.
J'avais longtemps hésité, je l'avoue, à répondre à l'invitation qui m'était faite de prononcer les discours de clôture de deux colloques, organisés coup sur coup sur un sujet immense : la France. Difficile de décliner ce bel honneur - difficile, aussi, d'y aller pour ne rien dire, et d'aligner doctement des propos convenus. Mais j'avais le choix : parole ou babillage. Je me souviens avoir balancé plusieurs jours. Comment parler dans une autre échelle de temps que ce rythme court où si souvent se confine le débat politique ? Comment ne pas interférer avec un calendrier gouvernemental dont je n'ai pas à me mêler ? En un mot, comment parler sans que le moindre propos soit accommodé à la sauce politicienne - parler en étant sûr que l'on s'en tienne à ce que j'ai dit ? Aujourd'hui, je n'hésite pas à publier ces textes. Etant là où je suis, je ne suis soumis à aucun devoir de silence ; seulement à un devoir d'impartialité - et, aussi, pour ce qui regarde le long terme, le sort de la France dans le monde, et peut-être le monde lui-même, à un devoir de parole. Ph. S.
"Voilà trente-cinq ans que le Traité de Rome a été signé. Voilà trente-cinq ans que, contrairement à son esprit, une oligarchie d'experts, de juges, de fonctionnaires, de gouvernants, prend des décisions au nom des peuples, sans en avoir reçu mandat. L'Europe conçue par ces technocrates et consacrée à Maastricht n'est ni libre ni juste. Elle enterre la conception de la souveraineté nationale et les grands principes issus de la Révolution. La citoyenneté ne se décrète pas, ne relève ni de la loi, ni du traité. Pour qu'il y ait une citoyenneté européenne, il faudrait qu'il y ait une Nation européenne. Mais on ne peut pas décréter une nation, fût-elle européenne, par traité." Ce texte a été prononcé par Philippe Séguin, à l'Assemblée Nationale dans la nuit du 5 au 6 mai 1992, dans le cadre du débat consacré au projet de loi de révision constitutionnelle préalable à la ratification des accords de Maastricht.
Napoléon III est, sûrement, le plus mal aimé des chefs d'Etat de la France et le Second Empire le plus mal connu de ses régimes. Pourtant de 1848 à 1870 se crée la France contemporaine. S'il inaugure son règne par un coup d'Etat, Louis Napoléon Bonaparte, aussitôt, rétablit le suffrage universel. A la différence de son oncle, il sera le champion du progrès social (droit à l'instruction pour les filles, droit de réunion, droit de grève...), autant que de la prospérité économique : il étend le réseau de chemin de fer, développe l'industrie, favorise la recherche scientifique, modernise les villes. Avec le Second Empire, le rayonnement de la France est à son apogée. La gloire militaire ne manque pas : Alma, Magenta, Solferino... L'Italie lui doit son unité et le Mexique sa liberté. L'empire colonial est déjà largement constitué. Mais il y aura Sedan. Le désastre. On ne pardonne ni les mauvais débuts ni les défaites ! En historien autant qu'en politique et dans la lignée des chercheurs anglo-saxons, contre Victor Hugo irréductible ennemi de l'Empereur, Philippe Séguin le proclame Louis Napoléon le Grand.