Pierre Darmon
Pierre Darmon
Des femmes qui procréent la nuit même de leur mort, d'autres qui sont fécondées par des animalcules flottant dans l'air, des enfants de mère et de mère, des grossesses d'une durée de 12, 14, 18 mois... Certains y ont cru. Ces croyances ont laissé des traces. En l'espace de près d'un demi siècle passé dans les archives et les grimoires, un historien finit toujours par rencontrer certaines histoires que l'on croirait volontiers tirées du cru d'un auteur de fiction. La procréation et la sexualité embrasent tout particulièrement les imaginations. C'est pourquoi les histoires de grossesses fabuleuses et de sexualités insolites réunies dans ce livre, pour la plupart inédites, s'apparentent davantage au règne du fantastique ou de la science fiction qu'à la réalité. Et pourtant, authentifiées par des sources incontestables, elles ont bel et bien existé et restent porteuses d'une signification parfois troublante. A travers leur exubérance ne sont-elles pas devenues, avec le temps, le miroir de l'imaginaire et des mentalités de nos ancêtres ?
Les médecins des XVIIe et XVIIIe siècles, dont le savoir se réduisait à la portion congrue et à de beaux discours en latin macaronique, n'étaient pas bien méchants. Avec leur longue robe, leur masque au grand bec et leur clystère, ils ne provoquaient que railleries et n'effrayaient personne. Tel n'est plus le cas des médecins des XIXe et XXe siècles. Les progrès de la médecine en font des personnages puissants. Toutefois, cette puissance peut aussi leur donner les moyens de devenir des personnages diaboliques, pour peu que l'avidité, la vanité ou le goût du pouvoir s'en mêlent. Tel professeur à l'orgueil démesuré n'hésite pas à sacrifier des milliers de vies humaines pour ne pas reconnaître le talent d'un jeune médecin qui pourrait bien lui porter ombrage, tel autre ameute la planète en annonçant qu'il a mis au point le traitement radical de la tuberculose. Ou encore, c'est un médecin charlatan qui, usurpant le génie de Pasteur et se disant son égal, monnaye ses fausses découvertes selon un procédé qui relève du chantage à la mort. Certains médecins prétendent avoir percé le mystère des pulsions criminelles. À ce titre, les voilà partis à la conquête du prétoire, dont ils veulent déloger les magistrats à leur profit, ne reculant devant aucune fausse science pour arriver à ce but : crâniométrie, anthropologie criminelle, crime sous suggestion hypnotique ou chromosome Y surnuméaire. Ce livre retrace donc certains épisodes, parmi les plus marquants, de cette longue saga que fut l'Histoire des erreurs et des escroqueries médicales.
Le cinéma des années d'Occupation est l'ultime refuge des Français en mal d'évasion. Au coeur de la pénurie, il les transporte dans un monde d'abondance. Ici, apparemment point de pénurie, point d'« ersatz », de gazogène ou d'uniformes vert-de-gris. Les agapes se succèdent et des superproductions dignes des temps de pléthore voient le jour. En ces années noires, le spectateur semble avoir retrouvé son cinéma d'avant-guerre. L'envers du décor est surprenant. Chaque mètre de pellicule suppose un véritable tour de force. Il faut louvoyer entre la censure allemande et la censure puritaine de Vichy. Sur les plateaux de la misère, il faut recourir au système D pour faire surgir le moindre décor, récupérer le moindre morceau de bois, créer le métier de récupérateur de clous, tourner par des températures sibériennes en grand décolleté, prendre un bain de soleil par dix degrés au dessous de 0 et sucer des glaçons avant d'ouvrir la bouche pour éviter qu'un nuage de condensation ne s'échappe de la bouche pendant la déclaration d'amour... Ce livre, qui retrace également la vie quotidienne du spectateur, montre des cinéastes et des acteurs choyés du public mais aussi précipités dans les affres de l'Occupation et parfois livrés aux sirènes de la collaboration. Historien des mentalités, directeur de recherche honoraire au CNRS, Pierre Darmon a puisé dans un important fonds d'archives, dépouillé toutes les revues cinématographiques de l'époque d et plusieurs livres de souvenirs. Il nous restitue ici un tableau de moeurs de la plus haute précision.
Cancers, broncho-pneumonies, asthmes... C'est aussi par la santé que nous prenons conscience des ravages de la pollution. Nos ancêtres de même : la première grande pollution date de la Belle Époque et fut consécutive à la révolution industrielle. Poussières de houille, traitement inexistant des eaux usées, exploitation animale provoquèrent anthracoses, fièvres typhoïdes, tuberculoses et autres grandes faucheuses. Par la force des choses, les premiers médecins hygiénistes sont donc écologistes. Avec l'aide des ingénieurs, ils luttent contre la pollution de l'air, le gâchis d'eau potable, les montagnes de déchets. Déjà obsédés par le recyclage, ils exploitent l'« engrais flamand », celui des humains, qui fait un bon compost, et mettent au point les stations d'épuration biologique. Le front sur lequel ils seront le plus performants ? La microbiologie. Et Semmelweis d'inventer les gestes barrières, Pasteur, le vaccin contre la rage, Koch, un faux remède contre le bacille qui porte son nom... Ce qui revit sous la plume de Pierre Darmon, c'est le monde du fog londonien, des chiffonniers de Paris, de Mary « Typhoid » la cuisinière porteuse saine. Où l'on verra que la concurrence entre médecins ne date pas d'aujourd'hui, pas plus que les foules confinées opposées aux mesures sanitaires et aux vaccins. Un panorama captivant et éclairant sur les rapports entre environnement et santé.
Entre propagande, fantasmes, délation et revendications, les propos et les réactions des populations d'Algérie cueillies à la source. Détonant !
1939-1940. Démocraties et dictature hitlérienne s'affrontent. On découvre alors le visage d'un Etat voyou dominé par un gang qui, comme les routiers du Moyen-Age, vit de rapine et de racket. Aux frontières, tout est calme. Mais partout ailleurs, on s'agite. Peu connues, les guerres économique, hybride, secrète et intérieure entretiennent un bouillonnement où fake news, fermes à bobards, faux en écritures, agents secrets, femmes fatales, décrypteurs de pointe, espions romantiques et opposants de tous bords, se percutent sous le regard de populations qui vivent avec l'espoir que la guerre de 40 n'aura pas lieu. Surgissent alors de brûlantes interrogations. L'humanisme et le pacifisme comme fins en soi sont-elles les bonnes réponses à une dictature agressive ? La Ligne Maginot, considérée comme l'élément cardinal de notre force de dissuasion n'ayant pas servi en 40, pourrait-il en être de même de la dissuasion nucléaire ? À la faveur d'une relecture de La Drôle de Guerre on constate que le silence des armes a permis de mettre à nu la structure d'un conflit dont les composantes nous auraient échappé dans le fracas de la canonnade. On peut y lire les paradigmes de la Deuxième guerre mondiale et, dans leur dimension prédictive, les images récurrentes de phénomènes qui investissent l'actualité en s'inscrivant dans la longue durée. En couverture, Sa dernière alliée, caricature d'Abel Faivre, Le Journal, 1er novembre 1939
En couverture, la vaccination de Joseph Meister (gravure publiée dans La Sentinelle en 1886). Photomontage Pierre Darmon C'est à travers la victoire sur la rage que Pasteur a fait son entrée dans notre mémoire collective. Ses exploits s'étendent pourtant bien au-delà de ce haut fait. Ainsi, d'étranges maladies s'attaquaient jadis aux vins, à la bière, au vinaigre et au ver à soie. Pour les paysans et les artisans, c'était la ruine et la misère. À partir de 1860, Pasteur se penche sur le problème et montre qu'un organisme microscopique est à l'origine des fléaux qu'il parvient à juguler. Aux termes d'expériences ahurissantes et spectaculaires, il démontre en même temps que dans l'air flottent des milliards de ces « microbes » souvent très dangereux pour l'homme. À force de labeur, il réussit à les cultiver en laboratoire dans des bouillons de culture adaptés et, par vieillissement ou chauffage, en atténue la virulence en sorte que leur injection à l'homme ou à l'animal est devenue inoffensive tout en provoquant l'immunité. Ce livre retrace aussi des aspects moins connus du savant. L'administrateur de fer à l'École normale, l'homme politique intransigeant, le polémiste coriace, le patriote passionné et le père de famille attendri révèlent la force de caractère mais aussi la fragilité d'un homme parfois injustement perçu à travers les couleurs du pompiérisme.
En couverture : François Boucher, Orphée charmant les animaux Photomontage Pierre Darmon. Sous l'Occupation, arnaques et névroses s'épanouissent à ciel ouvert dans le monde des arts et des lettres. A la faveur du vide idéologique, des places laissées vacantes par les parias du régime de Vichy, des coupes claires de la censure ou de la nécessité de plaire aux maitres de l'heure, le monde de la culture, privé de repères, donne naissance à des productions inattendues ou bizarres. Englués dans le piège de la collaboration, des escrocs, des artistes ou des auteurs parfois connus et talentueux mais fragiles se font faux prophètes et glissent vers la névrose. Culture de l'ego, névrose d'angoisse, mysticisme religieux, cécité morale, état maniaco-dépressif, névrose d'échec, sado-masochisme et névrose antisémite colonisent l'espace culturel. Dans un livre foisonnant de documents rares souvent picaresques, Pierre Darmon découvre un monde de passions troubles portées à la limite du fantastique. Directeur de recherche honoraire au CNRS et docteur d'Etat, Pierre Darmon est spécialiste d'histoire de la de l'Algérie, de l'Occupation et de la médecine (prix de l'Académie de médecine pour ses travaux sur la variole, 1986).. Il vient de publier Les Editeurs, Chronique du monde de l'édition (1970-2023), dont l'authenticité et l'âpre franchise ont suscité des mesures d'ostracisme. (Version papier 478 pages)
La diphtérie, le tétanos, la fièvre typhoïde et la tuberculose qui, au XIXe siècle, moissonnaient la moitié des populations de nos régions, y ont pratiquement disparu. On espère vaincre la rougeole malgré son récent retour offensif et, un peu plus difficilement, la fièvre jaune. On est armé pour venir à bout de la variole dite « du singe », malgré son intempestif retour. À qui le doit-on ? Aux progrès de l'hygiène, certes, mais aussi aux vaccinations. Or, le mouvement des « antivax » semble de nos jours plus virulent qu'il ne l'a jamais été. Cette résistance n'est pas nouvelle. Elle remonte à la découverte de la vaccination jennérienne, en 1798, et même à 1721, date à laquelle se forge, à la faveur de l'introduction de l'inoculation variolique en Europe, les grandes lignes du débat qui, dans une atmosphère de complot, opposera bientôt vaccinateurs et « antivax ». Mais les thèmes de ce débat ne sont pas seulement scientifiques. Ils sont aussi humains et culturels. Les raisons profondes de l'hostilité à la vaccination contre la covid s'inscrivent donc dans la continuité historique. Rien ne le démontre mieux que les pages qui suivent à l'heure où la variole du singe, qui est au coeur des préoccupations de l'auteur, signe un retour inquiétant.
« Les manières d'aimer ne sont plus ce qu'elles étaient, ni les rapports entre le masculin et le féminin. C'est l'un des aspects les plus troublants d'une modification d'ensemble des relations familiales, une mutation bouleversante, le plus important peut-être de tous les changements qui affectent notre civilisation à la veille du IIIe millénaire... » Georges Duby
Lorsque les Français débarquent à Sidi-Ferruch, en 1830, ils sont loin de se douter que cette terre inconnue à l'assaut de laquelle ils s'élancent va soulever des tourbillons de passions et devenir, 130 ans durant, l'un des enjeux majeurs de la politique nationale. Et d'abord, que faire d'un pays conquis sur un coup de tête et de dés ? D'un pays où, jusqu'en 1850, la maladie et les guerres dévorent des milliers d'hommes ? Il faut attendre 1870 pour que la formule « l'Algérie c'est la France » s'impose avec force. Les passions françaises y trouvent dès lors un écho exacerbé. Les Français y seront plus français que ceux de métropole, plus patriotes, plus généreux de leur sang ou, le cas échéant, plus antisémites qu'eux. Quant aux Arabo-Berbères, ils ont longtemps attendu, dans un silence brisé par des révoltes sporadiques. On les considérait comme de « grands enfants » assoupis, dominés par le fatalisme et incapables de « s'en sortir » à l'écart de la « mission civilisatrice » de laFrance. En 1954, le réveil n'en sera que plus brutal. Mais dès 1940, l'Algérie française est morte. Un pays vaincu ne peut plus être une puissance coloniale dans un monde balayé par un mouvement général d'émancipation. Pierre Darmon a croisé les sources, multiplié les points de vue, allié l'analyse de fond économique et sociale au déroulement des événements et au récit des hommes et de la vie quotidienne avec ses bruits, ses couleurs et son atmosphère si particulière. Au fil des pages se dessinent ainsi tous les aspects d'une Algérie ardente et violente, injuste et séduisante, déchirée par les passions mais porteuse d'espérance, de mythes et d'amour. Ancien directeur de recherche au Centre Roland Mousnier (Paris-IV) et docteur ès lettres, Pierre Darmon, né à Oran, est spécialiste d'histoire de la médecine. Il est l'auteur d'ouvrages sur la variole, le cancer, les maladies épidémiques, la médecine légale et le milieu médical de la Belle Epoque. On lui doit aussi plusieurs romans et récits (Gabrielle Perreau femme adultère, La Malle à Gouffé, La Rumeur de Rodez, Landru...).
En 1674, le micrographe hollandais Leewenhoeck découvre qu'une goutte d'eau de pluie grouille d'animalcules. Ainsi commence, fort modestement, la saga des microbes. Longtemps les micro-organismes resteront des êtres marginaux indignes de l'attention des grands savants, et c'est dans les salons et les cabinets d'amateurs que le microscope trouvera d'abord refuge, bien que les premières théories microbiennes des maladies infectieuses aient été imaginées dès le XVIIe siècle. A partir de 1880, la révolution pasteurienne submerge tout. Enfin démasqués, les germes pathogènes se heurtent à l'arsenal des vaccins et des sérums. L'ancienne hygiène hippocratique, fondée sur les apparences et plus dangereuse que bienfaisante, s'efface derrière la nouvelle hygiène antimicrobienne qui s'attaque enfin aux sources vives de la maladie infectieuse. La purification des eaux potables, des eaux-vannes et de l'air, la lutte contre cette pollution microbienne qui tue les êtres par millions en sont les enjeux. Elles réforment les habitudes, remodèlent le paysage. C'est cette histoire que Pierre Darmon retrace pour la première fois dans sa totalité. A travers le récit des découvertes scientifiques et de toutes les maladies infectieuses, depuis la peste jusqu'aux maladies de la vache folle et du légionnaire, son livre brosse un tableau des hommes de la microbiologie, de la société et de la vie quotidienne. Docteur d'Etat et directeur de recherche au CNRS (centre Roland-Mousnier), Pierre Darmon est historien de la médecine. Il est l'auteur de plusieurs livres sur l'histoire des sytèmes de génération, de la sexualité, de la variole, du cance et de l'anthropologie criminelle. Il a récemment publié une biographie de Pasteur (Fayard, 1995).
C'est à travers quelques schémas réducteurs que Louis Pasteur (1822-1895) a fait son entrée dans la mémoire collective. Pour la plupart il est le vainqueur de la rage, et cette idée, associée au cliché de la vaccination du petit Joseph Meister, a fini par faire oublier le caractère universel de son oeuvre. En étudiant la structure interne de l'acide paratartrique, Pasteur fonde la stéréochimie. En mettant en évidence la dissémination des germes dans l'air, il jette les bases de la microbiologie. En s'attaquant avec succès aux maladies du vin et du ver à soie, en jugulant le charbon et le rouget du porc qui décimaient les troupeaux, il sauve de la misère des millions d'agriculteurs et d'éleveurs. En mettant au point de nouveaux procédés de fabrication du vinaigre et de la bière, il fait la fortune des industriels. En découvrant les propriétés prophylactiques d'une culture microbienne vieillie, il invente la vaccination expérimentale qui consacrera l'effondrement de la mortalité infectieuse. Au-delà de l'oeuvre scientifique de Pasteur, ce livre retrace les aspects les moins connus de la personnalité du savant: l'administrateur et le politicien maladroits, le gestionnaire intransigeant, le polémiste passionné, le patriote exacerbé, l'humaniste et le père de famille attendris révèlent la force de caractère mais aussi les faiblesses et la fragilité d'un homme trop souvent peint aux couleurs du pompiérisme. Docteur d'Etat et directeur de recherche au CNRS (Centre Roland Mousnier), Pierre Darmon est historien de la médecine. Il est l'auteur de plusieurs livres sur l'histoire des systèmes de génération, de la sexualité, de la variole, du cancer et de l'anthropologie criminelle.