R.L. Bruckberger
R.L. Bruckberger
"J'ai eu longtemps avec moi, écrit Montaigne, un homme qui avait demeuré dix ou douze ans en cet autre monde qui a été découvert en notre siècle. Cette découverte d'un pays infini semble être de considération. Cet homme que j'avais était simple et grossier, qui est une condition propre à rendre véritable témoignage." Je suis allé en Amérique, non pour la conquérir, non pour en tirer quelque enseignement, mais parce que j'avais tellement exaspéré mon monde qu'on m'eût envoyé n'importe où, pourvu que ce soit le plus loin possible. Je n'y fus pas perdu pour autant. L'ordre dominicain est catholique, c'est-à-dire universel. Il y a des dominicains en Amérique, qui me reçurent comme un des leurs. En fait, je ne me suis jamais senti autant chez moi. Depuis Christophe Colomb, on n'en finit pas de découvrir l'Amérique. J'y suis entré discrètement et sûrement, comme un chat rentre à la maison sans bruit, par la chatière, et qui sait si, de tous ses habitants, ce n'est pas le chat qui connaît le mieux la maison ? J'y suis resté huit ans. La seule vertu de mon témoignage est d'être celui d'un homme "simple et grossier", comme était le domestique de Montaigne. Mais, à moi comme à Montaigne, "cette découverte d'un pays infini semble être de considération ". R.-L. B.
« Ce livre n'est ni une lamentation, ni un chant funèbre. Au lyrisme, je préfère le ton froid. Les pleureuses n'aident que les morts. Le discours politique commence à ennuyer les Français, demain il risque de les exaspérer, ce qui peut provoquer des convulsions. Parce que le discours politique ne nous parle jamais de la France. Or, aussi incroyable que cela puisse paraître aux professionnels de la politique et de l'information, la France est finalement la seule réalité qui passionne les Français. La France se déglingue, elle ne va pas fort, c'est le moins qu'on puisse dire. J'ai essayé d'en avoir le coeur net. Je ne crois pas que la France soit à l'agonie. Je la crois plutôt en mal d'enfant. En ce cas-là, il ne faut ni s'affoler, ni s'attendrir, mais que soit fait ce qui doit l'être. Pour s'en sortir, la première condition est d'y voir clair, de connaître nos défauts autant que nos qualités et de mobiliser toutes nos énergies vers une ambition grande et nouvelle. Cela, nul ne peut le faire à notre place, à la place de chaque Français. » Père Bruckberger