René Lourau
René Lourau
La sociologie n’est pas une discipline neutre : elle interroge les crises, les luttes de classes et les mutations de notre société.
Très liées aux mouvements sociaux et aux crises marquant cette fin de siècle, les pédagogies institutionnelles, qui s'affirment comme alternatives, sont enrichies par l'analyse institutionnelle et la démarche de l'intervention socio-analytique. « Copyright Electre »
Les implications dans l'acte de recherche, font souvent de ce dernier autre chose que ce que le chercheur voulait ou croyait. Un acte manqué. En cette période de doutes renouvelés sur la science, la philosophie, la littérature, l'anthropologie, l'idéologie, il n'est peut-être pas inutile d'explorer quelques épisodes méconnus : le retournement fou de Comte, fondateur de la sociologie, sous l'effet de la passion amoureuse ; la dramatique autocritique de l'ethnologue Lucien Lévy-Bruhl à la fin de sa vie ; la tragique entreprise finale de Freud obsédé par Moïse. Outre l'institution scientifique, l'institution éditoriale offre, avec Flaubert et Artaud, le vertige d'autodestruction de l'auteur et de l'homme lui-même devant la peur de ne pas accéder à l'existence littéraire.
"L'État c'est moi, et toi tais-toi !" aurait pu dire Lénine à sa fameuse cuisinière. L'État, capitaliste ou socialiste, peut en dire autant à ses sociologues. Alors, ces derniers s'écrasent, sifflotent des statistiques, vomissent des sondages, expectorent des rapports d'enquête soigneusement expurgés, défoulent des essais follement audacieux, signent des contrats de recherche, font passer des examens idiots. Tout cela, le sociologue peut-il le dire ? "Oui, il peut le dire !", comme hurlait si plaisamment Francis Blanche à propos de son faux guru Pierre Dac. À condition de rester dans les conversations de couloir ou de café, la plupart du temps. Contre le savoir institué, dont il est un mandarin-marginal à six mille francs par mois, un sociologue libère, en guise de livre noir, le gai savoir refoulé des sociologues.
On peut parler de crise sociale à propos des « événements » de mai-juin 1968 parce que l'instituant y est apparu, violemment et de manière irrationnelle, comme opposé à l'institué. Par « instituant », on entendra à la fois la contestation, la capacité d'innovation et en général la pratique politique comme « signifiant » de la pratique sociale. Dans « l'institué », on mettra non seulement l'ordre établi, les valeurs, modes de représentation et d'organisation considérés comme normaux, mais aussi les procédures habituelles de prévision (économique, sociale, politique). L'étude qui suit a pour objet de préciser le contenu de ces deux instances et de montrer que leur opposition masque leur articulation dans le concept d'institution. Parce que les contradictions ont éclaté dans la société française, l'instituant s'est affronté de façon manichéenne à l'institué. Chacune de ces instances a mis en lumière, du même coup, la violence hypocritement camouflée de l'instance complémentaire. L'instituant a été perçu comme pure négativité : c'est la « subversion ». De son côté, l'institué a été également perçu comme pure négativité : c'est la « répression ». Nous allons essayer de comprendre la pratique sociale née ou re-surgie au printemps 1968 en termes moins réducteurs, en évitant de traduire l'événement, la dynamique sociale, par un jeu d'éléments ou de structures déjà connus.
L'auteur a rencontré le principe de subsidiarité là où on l'attendrait le moins : au vitrail de Montfort-l'Amaury, dans la maison de Jean Monnet, à Port-Royal des Champs, dans le droit canon... La subsidiarité serait-elle en interférence avec la grâce divine ? Et comment l'Europe pourrait-elle se sortir de ce pas ? En multipliant les approches - conception métaphysique de la souveraineté, débats théologiques en apparence archaïques - René Lourau tente de comprendre si le principe de subsidiarité travaillle pour ou contre une Europe, pour l'instant encore virtuelle.