René Pons
René Pons
La lettre est un genre qui disparaît, avec ses subtilités, ses raffinements, son rapport très particulier au temps et à l'échange. Nos boîtes ne servent plus qu'à absorber toujours plus de prospectus, factures, hâtives cartes rapidement jetées au panier. Un jour, peut-être, comme le héros de ce livre, nous ne recevrons plus rien. Alors, pour satisfaire notre désir d'écriture, notre goût pour l'excitation de l'attente d'une réponse, nous devrons écrire à ces morts plus vivants que les vivants, hommes éternels faits d'encre et de papier. De la façon la plus simple, le héros de ce livre qui est un homme ordinaire, s'entretient avec les plus grands écrivains ou leurs créatures, infiniment plus riches que les amis réels qui l'ont abandonné. Les ombres de Kafka, Héraclite, Bouvard et Pécuchet, Flaubert, Valéry, Judas ou Brummel.
Un 17 juillet comme tant d'autres, dans une maison de campagne où quatre générations se croisent. René Pons y capture l'essence d'un après-midi ordinaire, où chaque instant suspendu révèle la profondeur de l'existence.
Ce carnet, n'est pas un lieu d'affirmation, recueil d'aphorismes, de maximes tranchantes ; mais territoire du doute, de l'émergence éphémère de la lucidité, saisie au vol d'une image, d'une sensation, d'une ébauche d'idée qui demain, peut-être, sera bousculée par son contraire. Il est essentiellement, livre de l'inconfiance, écriture du désastre, cheminement hasardeux dans les interstices poussiéreux d'un monde affirmatif gagné par le clinquant et la minceur mais où, çà et là, se cachent des esprits pas encore séduits que personne ne veut entendre.