Robert Alexis
Robert Alexis
De la prise de la Bastille au défilé de la Victoire, cent trente années ont été nécessaires pour accorder la France avec la date du 14 juillet. Malgré la Fédération nationale de 1790, le Directoire se méfie du symbole révolutionnaire. Les empereurs préfèrent leur 15 août, les Bourbons restaurent la Saint-Louis, la monarchie de Juillet jongle entre la Bastille et les Trois Glorieuses, la seconde République essaye un 4 mai consensuel : en vain. La grande date survit dans les mémoires. Mais lorsqu'en 1880, les Républicains vainqueurs décrètent la fête nationale du 14 juillet, il faut ruser et contourner. L'incarnation de la République dans la rupture insurrectionnelle entre l'ancienne et la nouvelle France divise. La commémoration disparaît, au profit de la fête militaire et populaire dont les versions parisiennes et provinciales, citadines et paysannes évoquent une Bastille intemporelle et une Révolution sans révolutionnaires. Inutile : la droite monarchiste tente de placer Jeanne d'Arc, la gauche sociale dénonce la fête d'une bourgeoisie repue. Il en est ainsi jusqu'à la Guerre. La Patrie, sacralisée par le sacrifice, prend alors le relais des valeurs de la République. La fête du régime devient la fête de la France. Elle n'est plus contestée, elle est désormais revendiquée.
Les « Contes d'Orsanne », une suite de trois récits qu'on se risquerait à situer entre réalisme et fantastique, mettent en scène un même personnage en différents lieux et différentes époques : Loudun en 1647, un hameau des Deux-Sèvres en 1956, la ruine d'une ville et de sa « fabrique » dans un futur indéfini. Une fois encore, chez l'auteur de « La Robe », la sexualité occupe sa mission de recherche, puissant levier sous les sphères écrasantes du réel, de la nature et de l'humain. Une fois encore, l'enquête menée sans relâche par celui qui affirme haïr la condition qui nous est faite en ce monde, trouve dans ce roman de quoi s'alimenter aux feux de la pensée et des actes. Robert Alexis aime à dire qu'il visite les enfers. Peut-être, après tout, est-ce pour nous en protéger.
Ces nouvelles présentent des personnages aux instants de leur vie où tout se joue, quand on ne se résout plus à être ce que l'on était, quand on prend le risque, peut-être fatal, d'un pas de côté.Autant d'expériences fortes dont on ne revient pas, ou plutôt si, mais au sens de l'expression commune : "Je n'en reviens pas", un étonnement, parfois une sidération qui marquent une seconde naissance, une vraie entrée dans le monde quand on n'était, avant, qu'en sa périphérie.Robert Alexis : «Ces nouvelles touchent du bout du doigt le prisme de mon être. J'aime tous ces textes, je les ai aimés, rêvés, écrits, je ne veux pour eux qu'un héritage digne : celui qui les efface tout en les complétant. Il n'est aucun auteur sans suivant.» Romancier et nouvelliste, Robert Alexis n'en finit pas de multiplier les figures d'une personnalité ambiguë, plurielle, autant de facettes qui empêchent de le catégoriser. Son oeuvre est l'exact reflet d'un renouvellement sans fin. La vie, a-t-il souvent dit, exige le mouvement permanent, le brassage de cartes et, pour les plus audacieux, l'exploration des coulisses. Il a choisi de n'écouter que vaguement ce qui se passait sur scène et de provoquerr des possibilités en pratiquant le scandale.