Roger Gentis
Roger Gentis
Alors que Roger Gentis et Jean Oury nous ont maintenant quittés, Patrick Faugeras a redécouvert le texte d'une rencontre qui les a rassemblés à La Borde en 2005. Leur objectif de départ était de dialoguer sur la naissance du mouvement de psychothérapie institutionnelle, son importance quant au traitement des pathologies mentales dans un cadre institutionnel mais aussi de revenir sur la nature d'une pensée et d'une clinique qui, au-delà des particularités et dissemblances générées ici et là selon les contextes, font encore communauté. Assez tôt, cet échange prit l'allure d'un vagabondage où chacun sut mêler et entrelacer ses souvenirs personnels avec l'histoire d'un mouvement qui produisit une véritable révolution dans le champ de la psychiatrie. Tout au long de cet entretien, ces acteurs de premier plan d'une psychiatrie qui se voulait profondément à l'écoute d'êtres en souffrance psychique soulignent à l'usage des générations à venir combien l'engagement dans cette clinique ne peut se concevoir sans le souci de la singularité du sujet et un certain sens du collectif soignant. Leurs témoignages prennent, dans le contexte actuel, des allures de manifeste pour une « psychiatrie à visage humain ».
A travers le labyrinthe des psychothérapies corporelles contemporaines, Roger Gentis dessine un chemin, sans a priori ni exclusive, guidé essentiellement par des soucis éthique et épistémologique. Il s'agit ici d'une lecture critique d'un certain nombre de pratiques cliniques ayant le corps pour médiation, pratiques le plus souvent pragmatiques c'est-à-dire sans aucun fondement théorique sinon un vague discours idéologique, une quelconque rationalisation venant recouvrir une absence de pensée. Mais il s'agit d'une lecture ouverte, car Roger Gentis sait percevoir, sous les pseudo-conceptualisations et les pratiques empiriques, les vraies questions qui s'y cachent encore. Car ces pratiques psychothérapiques ayant le corps comme médiation constituent parfois le seul moyen d'accès, la seule possibilité d'une rencontre avec ces existences retranchées, comme retirées du monde, que la parole articulée n'arrive plus à atteindre. Roger Gentis convie le lecteur à un véritable travail de théorisation, fidèle en cela à Penseignement freudien et à la praxis psychanalytique selon lesquels représentations et concepts sont toujours effectivement « mis en crise >> par la singularité de toute approche, aussi bien théorique que relationnelle.
Cet ouvrage, depuis longtemps introuvable, est un classique paru aux éditions du Scarabée en 1969. Il a pour ambition d'être essentiellement pratique en apportant des éléments concrets pour aider ceux, professionnels mais aussi familles, qui soignent et accompagnent au quotidien des personnes schizophrènes. C'est une question très ardue, car ces malades sont fort difficiles à comprendre, ils sont souvent extrêmement compliqués et déconcertants, et leur traitement est une des tâches les plus dures et les plus ingrates qui soient en psychiatrie. R.G.