Roger Henri-Nova
Roger Henri-Nova
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Je pose mon regard à l'endroit où doit paraître la tête. Pas de tête. Je baisse les yeux. Une petite voiture s'avance vers moi, slalomant entre les guéridons. Ce n'est pas la petite voiture qui me surprend, mais ce qu'il y a dedans. Je vous assure que ce n'est pas beau à voir : une face horrible avec un oeil fermé ; tout un côté du visage est brûlé, l'autre joue est flasque, blême, un cauchemar. Le corps est difforme, tassé, noué, bossu. Il grimace : - Quand on est la quatrième fortune de France, on ne laisse pas les gens indifférents, et quand un danger quelconque me menace, je ne fais appel ni à la police, ni à un détective privé, parce que cela se sait rapidement. Alors, c'est à VOUS que je fais appel.
Il la vit descendre, cramponnée à la rampe, s'avancer dans la salle à manger, renverser une chaise que, ni lui, ni Marie-Thérèse n'avaient pensé à ôter du passage. Quand elle fut assise, elle tâtonna, le visage bouleversé, pour trouver son bol, le lait, le beurre. La petite se précipita, commentant son aide avec des mots maladroits, cruels. - Bien sûr... dans votre état. Tillon regardait. La veille, tout était plus facile. Désormais, cela serait ainsi tous les jours, les jours... Tous les jours.
Un coup de téléphone m'apprit qu'en arrivant à Orly, son premier geste avait été de téléphoner. Tout de suite, j'ai pensé que cet homme allait nous être utile. Malgré lui... - Vous ne voulez pas dire que vous étiez déjà décidé à exploiter sa haine ?... - Si, Henri-Nova, Si. Et en m'y prenant de la façon la plus odieuse. En lui apprenant la vérité. Je ne fais pas de sentiment, mais du contre-espionnage. Seul compte le résultat. Le résultat ! Mon regard se posa sur le journal du 17 décembre 1959. Un minuscule entrefilet annonçait la mort du malheureux Guiral.
- Vous traquez un émigrant, vous assassinez sa femme, vous livrez sa vieille mère à un tueur. Décidément, Benoît, dans les Services secrets, on a encore plus de moralité que je ne le pensais. - Je me demande, Faval, si vous n'êtes pas réellement un imbécile. - Je vois les faits. C'est bien ça qui vous chiffonne. - Et Guaranez, vous le voyez, lui ? - Parfaitement, je le vois, dis-je avec aplomb.Un dictateur émigrant, c'est un émigrant. - Non, Faval. C'est une source d'ennuis pour le pays qui lui donne asile.
- Je m'excuse de vous déranger. Ici, Mme de Coster, votre voisine... Non, monsieur Pagès... Seulement vous dire que votre chien est chez moi. Elle égrena un rire délicat, cristallin. - À tout de suite, monsieur Pagès. Clac ! Elle raccrocha, ôta sa chemise de nuit et, toute nue dans le salon, se mit à danser de joie. Puis, elle fila dans la pièce voisine et de Coster l'entendit chantonner comme dix ans plus tôt, alors qu'elle figurait dans le ballet des Papillons de la revue du Roxy. Elle revint dans la salle, cambrée sur de hauts talons, enfila un slip et une robe qu'elle boutonna fiévreusement. - Maintenant, cache-toi, commanda-t-elle à son mari. De Coster s'exécuta. Il eut tort. Par la suite, il devait beaucoup y penser. Il aurait dû, à cet instant, prier sèchement Sylviane de lui foutre une bonne fois la paix avec ses mondanités. On se gratte, parfois, un petit bouton de rien et ça déclenche une catastrophe. En fait donc, tout commença comme ça. Un manque de pot, devait se dire de Coster quelques jours plus tard. Il y aurait de quoi faire un roman avec une histoire pareille.
Allô ! c'est toi, Claire ? Le patron empilait de la monnaie dans sa paume. Les deux hommes se dévisagèrent et François sourit vaguement, tout en continuant. - Tu veux être assez gentille de remettre de l'argent à Serge ? Non... Dix mille. Il va passer. À ce soir. Il raccrocha. Serge, à côté de lui, écoutait sans en avoir l'air. - Après ce sacré juke-box ! s'excusa le cafetier. - Je vous en prie. Je vous dois combien ? La caisse cliqueta un peu après et François termina son café. - Claire allait sortir, expliqua-t-il. Va la voir tout de suite. Tu as une chance de la trouver. De toute façon, qu'elle soit là ou non, rendez-vous ce soir devant la banque à dix-sept heures pour le reste.