Serge Ouvaroff
Serge Ouvaroff
Oui, a dit Odile, du temps que les parents faisaient les mariages, du temps des crinolines. Elle aimait pourtant Christophe, qui ne sera donc que son beau-frère. Pendant cinq ans, l'aîné des Gerbon, Gustave, ne consommera pas cette union. Il est vrai que Christophe et lui, tous deux officiers de Marine à l'époque, auront à guerroyer en Indochine. Le cadet pense à reprendre Odile... Margaret White, la femme du consul d'Angleterre à Suez, a fait - entre les deux frères - un choix plus heureux. Monsieur George White, son mari, n'a en tête que l'avenir du canal que Lesseps perce. Plus tard, pour consacrer sa propre gloire, il s'intéressera outre mesure à une statue équestre de Napoléon III. Odile, Gustave, Christophe, Lady Margaret, Sir George White, leur fille Rose, la statue de Napoléon, emportés dans la course qui charrie vers l'Asie, tels des laisses de vives-eaux, ceux de l'Occident, ont - tour à tour - débarqué en Indochine. Nguyen van Haoï, mandarin de huitième classe, philosophait par trop et appréciait ses concubines. Son fils, Nguyen van Cui, aimait la troisième épouse de son père. Bien que violant ainsi les traditions les plus sacrées, il devint pourtant le défenseur de ces mêmes traditions. Il n'hésita pas à tuer, mais il demeurera impuissant devant Christophe Gerbon, son pire ennemi, cependant à sa merci. Son frère, Nguyen van Phu, apprendra à se servir d'une bicyclette dans l'étroit espace d'une cabine de paquebot... Et Charles David de Meyréna, qui devint roi en une nuit ? Cela lui permit surtout de créer l'ordre royal Sédang, dont il distribua généreusement les croix à nombre de députés, avant la chute de Jules Ferry. Et Mouhot, Doudard de Lagrée, Francis Garnier, Rivière, Jean Dupuis, Courbet, Brière de l'Isle, Joffre, Galliéni, Lyautey, ceux qui ont fait l'Indochine malgré les fièvres, malgré les Pavillons noirs et leur chef Lun vinh Phuoc, malgré le redoutable Empereur Tu-Duc ! L'amour d'Odile n'est peut-être qu'un des éléments du drame qui oppose Christophe à son frère Gustave. L'intrigue se noue et se dénoue, au gré des amples mouvements de l'épopée que Langson - et la chute de Jules Ferry - marqueront d'une première borne. Christophe a passé vingt-cinq années de sa vie là-bas. Quand il retrouvera son Berry natal et, sous les traits de sa nièce, la vivante image d'Odile, il ne pourra que repartir. Et ce nouveau départ donnera peut-être au « Temps des conquêtes » la suite que tant de lecteurs et de lectrices souhaiteraient.
Poursuivant son histoire romancée de l'Indochine, Serge Ouvaroff nous décrivait, dans « Le temps des conquêtes », les aventures des frères Gerbon, que la marche de l'Occident jetait au contact du vieil Extrême-Orient, et celles des membres de la famille de Nguyen van Hoaï, mandarin annamite de la province de Mytho. Il nous peignait aussi la mouvante fresque de la colonisation du temps des amiraux, de Charner à Courbet, et évoquait des silhouettes légendaires, telles celles de Francis Garnier ou de Luu vinh Phuoc. Après les hommes, les femmes. Et ce sont trois jeunes filles ! Les nièces d'un Christophe Gerbon que trente ans d'Asie ont mûri et modelé, arrivent à leur tour en vue du Cap St-Jacques. Le toupillon filasse d'Eugénie, le lourd chignon acajou de Caroline, les boucles brunes d'Odile, de jeunes têtes qui remuent pêle-mêle des rêves, des ambitions, des haines inassouvies. Que leur réserve, que leur offre - sous la tutelle d'un oncle au lourd passé - cette Indochine paisible de la fin du siècle ? Au pays des derniers pirates, de la peste, elles vont bâtir leurs vies, tandis que se prépare en Occident, puis se déroule, le premier conflit mondial. Héritière des rêves et de la fortune de son oncle, la benjamine, Odile, ne pourra dresser le bilan de sa vie qu'au jour où le maréchal Joffre, auréolé du prestige de la victoire de la Marne, viendra apporter à l'Indochine un message de la métropole, et se retremper un instant dans ses souvenirs de combattant du temps de la conquête.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.