Simon Epstein
Simon Epstein
Spécialiste de l'antisémitisme, Simon Epstein a constitué au fil des ans un socle informatif considérable sur les itinéraires contrastés de deux catégories de Français : ceux qui protestèrent contre le racisme et l'antisémitisme dans les années 1920 et 1930, avant de s'engager dans la Collaboration ; et ceux qui exprimèrent une hostilité ou un préjugé à l'égard des juifs, puis qui se retrouvèrent, l'heure venue, dans la Résistance. Ce livre ne retrace ni l'histoire de l'antiracisme ni celle de l'antisémitisme ; il est l'histoire du passage de l'un à l'autre. Les principaux chefs de la Collaboration ont traversé, chacun à sa manière, une phase de dénonciation de la haine antijuive ; beaucoup furent même militants de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA). Réciproquement, de nombreux résistants, et non des moindres, sont originaires d'une extrême droite nationaliste qui, dans les années 1930, fut fertile en prises de positions hostiles aux juifs. C'est ce phénomène paradoxal que Simon Epstein décrit puis analyse, en s'appliquant aussi à démonter l'occultation dont ces chassés-croisés, déroutants certes mais significatifs, ont fait l'objet dans les mémoires françaises.
Quel sera l'avenir des dreyfusards, ceux qui avaient vingt ans en 1898 lorsque Zola publia son J'accuse? Quel fut le passé des collaborateurs, ceux qui se sont illustrés dans la France occupée des années 1940-1944 ? Ces deux questions se confondent, constate Simon Epstein après avoir méticuleusement reconstitué plusieurs dizaines d'itinéraires d'intellectuels et d'hommes politiques français qui prirent part, dans leur jeunesse, au combat pour Dreyfus et vécurent jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Certains d'entre eux seront résistants, d'autres resteront neutres, mais beaucoup rallieront l'une ou l'autre des grandes tendances de la collaboration - du pétainisme attentiste et modéré aux formes les plus extrêmes du collaborationnisme raciste et pro-nazi. Phénomène paradoxal à première vue, mais au fond assez logique, le déport massif des dreyfusards vers la collaboration n'a pas retenu, jusqu'à ce jour, l'attention des historiens. Simon Epstein passe ici en revue les diverses causes possibles de son occultation. Avec ce livre, il faudra rouvrir bien des dossiers : Péguy, le maurrassisme, le pacifisme, les ambiguïtés de la gauche, les origines complexes et souvent inattendues de la collaboration.
Une croyance erronée circule à propos du judaïsme d'avant la tourmente : les Juifs du monde auraient été à la fois soumis au destin qui allait être le leur, et peu conscients de leur appartenance au judaïsme, soucieux qu'ils auraient été de montrer avant tout leur nationalisme. Il n'en est rien. Pour le démontrer, Simon Epstein a choisi l'année 1930, trois ans avant la prise du pouvoir par Hitler, pour faire un tour d'horizon du judaïsme mondial, pays après pays. Se fondant sur les archives des communautés, sur les journaux publiés en yiddish comme dans les langues des principaux pays, Simon Epstein montre que les Juifs de 1930 conciliaient très clairement leur appartenance au judaïsme et leur citoyenneté. Il montre aussi tous les efforts que les diverses communautés et organes consistoriaux ont entrepris pour aider les Juifs, les prévenir du danger, leur procurer des subsides, etc. Alors pourquoi, en 1939, cette déroute ? Tout simplement parce qu'ils n'avaient pas les moyens de lutter contre l'adversaire qu'était l'Allemagne nazie, dans un contexte où les Occidentaux n'étaient pas le moins du monde disposés à les aider.