Stéphane Beaud
Stéphane Beaud
Pourquoi dédier un livre de plus à Zinedine Zidane ? Depuis 1998, quantité de biographies lui ont été consacrées. Les grandes lignes de son histoire sont connues : né en 1972 à Marseille, benjamin d'une famille d'immigrés algériens de cinq enfants, il a grandi dans la cité de La Castellane (quartiers nord de Marseille) avant d'intégrer le centre de formation de l'AS Cannes et d'entamer une grande carrière de footballeur professionnel (Girondins de Bordeaux, Juventus de Turin, Real Madrid). La perspective ici privilégiée est sociologique. Elle montre les conditions sociales d'une telle réussite, tout ce qu'il faut comme cumul d'investissements, de soutiens, familiaux, amicaux, professionnels ou tout simplement humains, pour produire un champion d'exception. Rétrospectivement, la trajectoire de Zidane se révèle historiquement représentative, d'une part, de la " génération Bosman " (les meilleurs footballeurs français vont jouer en Italie après 1995) et, d'autre part, de ce moment particulier où les enfants d'immigrés maghrébins se sont fait leur place dans la société française, malgré les obstacles rencontrés.
Un livre de plus sur les jeunes " issus de l'immigration " ? Pour dénoncer les discriminations qu'ils subissent, sur fond de relégation sociale dans les quartiers " difficiles " ? Et conclure sur l'échec de leur " intégration " dans notre pays ? Non. L'ambition de ce livre est autre : décentrant le regard habituellement porté sur ce groupe social, il retrace, à partir d'une enquête sur la longue durée, le destin des huit enfants d'une famille algérienne installée en France depuis 1977, dans un quartier HLM d'une petite ville de province. Le récit de leurs parcours - scolaires, professionnels, matrimoniaux, résidentiels, etc. - met au jour une trajectoire d'ascension sociale (accès aux classes moyennes) et essaie d'en expliquer les raisons. Cette biographie à plusieurs voix montre différents processus d'intégration en train de se faire. Elle pointe aussi les difficultés rencontrées par les enfants Belhoumi pour conquérir une place dans le " club France ", en particulier depuis les attentats terroristes de janvier 2015 qui ont singulièrement compliqué la donne pour les descendants d'immigrés algériens.
Nul besoin d'être un grand sociologue pour savoir que le football occupe une place importante dans nos sociétés. Depuis un peu plus d'une décennie, les travaux se multiplient sur ce sujet, des thèses de doctorat et des colloques lui sont consacrés, un séminaire " Football et sciences sociales " a lieu à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, etc. : un champ de recherche s'est constitué autour du football, à juste titre, car il s'agit d'un véritable " fait social total ". Après un premier chapitre sociohistorique qui cherche à éclairer le mystère de l'exceptionnelle diffusion mondiale de ce sport collectif, ce livre centré sur l'étude de la pratique du football entend présenter les travaux sur les transformations de ce monde professionnel, s'efforçant d'adopter un regard qui ne se réduise pas, comme trop souvent, à la dénonciation du " foot-business ". Il explore ensuite le monde du football ordinaire (le football " de rue ", l'apprentissage dans les clubs amateurs, etc.) pour finir par se pencher sur un nouveau champ de recherche : le football féminin.
" 80 % d'une génération au bac " : ce mot d'ordre, lancé en 1985 comme objectif de l'enseignement secondaire français, fait l'objet d'un consensus politique, satisfaisant le progressisme de la gauche enseignante et le pragmatisme des gouvernements qui ont vu là un moyen de juguler le chômage de masse des jeunes. Ce slogan a nourri les espoirs d'une possible promotion sociale pour les enfants de familles populaires, en particulier immigrées, dans un contexte d'insécurité économique et sociale croissante. Dans ce livre nourri d'une enquête de dix années, Stéphane Beaud raconte, à travers les portraits de jeunes d'un quartier HLM à forte composante immigrée, les illusions et les désillusions de ces " enfants de la démocratisation scolaire ", engagés dans la voie incertaine des études longues. Il montre comment ils ont dû déchanter alors qu'ils se voyaient peu à peu relégués dans les filières dévalorisées du lycée et du premier cycle universitaire. L'auteur met ainsi en lumière l'ambivalence de la politique volontariste de démocratisation scolaire : d'un côté, une élévation globale du niveau de formation et une forme de promotion sociale pour certains et, de l'autre, un coût moral et psychologique important, voire dramatique, pour ceux qui se retrouvent fragilisés par leur échec universitaire et confrontés au déclassement social.
Un document exceptionnel et original sur le désarroi d'un jeune issu des cités.
L'équipe de France de football souffre toujours d'une image exécrable dans l'opinion, et les " fauteurs de trouble " (Anelka, Evra, Ribery...) restent pour beaucoup des " bannis ". Pourquoi cette infamie ? Comment rendre compte de l'acharnement des médias à leur encontre, alors que le sport connait d'autres affaires bien plus graves ? Un essai informé et empathique sur ces " porte-parole " malgré eux des milieux populaires confrontés à toutes les formes de discrimination.
Sport populaire, le football a conquis la planète en moins d'un siècle. Il est devenu le moyen le plus commun de découverte des particularités des nations. Par sa médiatisation à l'occasion des Coupes du monde ou des compétitions continentales, on connaît désormais une nation à travers son équipe, son style de jeu, sa composition. Les équipes nationales de football contribuent à fabriquer des « communautés nationales imaginées » qui semblent plus réelles quand elles se trouvent réduites à onze joueurs dont on connaît les noms. Tout au long du XXe siècle, transgressant la diversité des régions, des générations et des classes sociales, l'équipe nationale de football devient un emblème majeur de l'État-nation. Cependant, bien loin de constituer l'élément cristallisateur exclusif et permanent des fiertés nationales, les sélections nationales, et la passion qu'elles ont pu et peuvent susciter, sont le produit de constructions historiques bien différentes selon les sociétés envisagées. Miroir de nos sociétés et sport à fort investissement nationaliste, le football reste pourtant un objet mineur et peu légitime des sciences sociales. Ce livre collectif propose de retracer, à l'échelle européenne et par des approches monographiques, la diversité des liens entre chaque nation et le football, c'est-à-dire le rapport entretenu à la nation par le football et au football par le prisme du fait national.
Chômeurs, RMIstes, travailleurs pauvres, sans-papiers, sans adresse... Quelques millions d'" invisibles " ont disparu du débat public. Ce grand livre d'enquêtes et de récits de vie, pari d'une collaboration inédite journalistes-chercheurs, leur redonne un visage.
Un éclairage original, indispensable pour mieux comprendre l'évolution du rapport à la nation dans une société française en mutation, et le rôle singulier qu'y jouent les grandes compétitions sportives.