Stéphane Thibierge
Stéphane Thibierge
La question de l'identité est aujourd'hui primordiale. Si un psychanalyste peut prendre position sur cette question c'est que la psychanalyse nous donne les moyens de la poser d'une manière inédite tant dans la forme que sur le fond. Elle peut aussi éclairer les raisons de l'impasse où nous enferment les problématiques identitaires. Ce livre souhaite montrer en quoi les découvertes de l'analyse éclairent ce qui est en jeu dans notre relation à l'identité, pourquoi cette relation est devenue difficile et comment nous pouvons éventuellement rendre moins violents les effets individuels et sociaux.
Il est courant aujourd'hui de ramener l'identité - individuelle, mais aussi sociale - à une question d'image. Si l'image peut comporter cette puissance de norme identitaire, c'est qu'elle renvoie toujours à l'unité première que présente au sujet humain, au tout jeune enfant, la maîtrise idéale de son propre corps au miroir. La psychanalyse, en précisant la nature et les effets de la fonction spéculaire, permet de montrer comment le rapport d'un sujet à son image met en jeu les conditions les plus élémentaires de l'identité, sans pour cela que les deux se confondent : sauf à rencontrer ce qu'on appelait classiquement la folie. Se référant aux aspects les plus caractéristiques des troubles de l'image du corps, en particulier les phénomènes de décomposition et de réduplication qu'elle présente dans les psychoses, cet ouvrage détaille les principales coordonnées de la fonction spéculaire dans l'économie subjective. Ces coordonnées déterminent pour chacun non seulement les conditions de l'identité mais aussi celles de la réalité qu'il reconnaît. L'analyse ainsi proposée intéresse la conduite de la cure : elle précise en effet la structure et les tenants de l'image qui y est impliquée. Mais elle peut éclairer aussi les questions que rencontrent ceux qui interrogent à des titres divers, dans leurs recherches ou dans leur pratique, l'image du corps et ses atteintes.
L'image de notre corps se donne, apparemment, comme la représentation la plus immédiate et la plus évidente qui soit. Nous la reconnaissons, nous la nommons, nous l'identifions, en principe sans difficulté. Pourtant, la psychopathologie de la vie quotidienne montre, avec la même évidence, que notre rapport à cette image n'est ni simple ni assuré : le plus familier peut devenir le plus étrange. Ce livre traite des atteintes de l'image du corps, à partir des principales pathologies où elles se présentent, en psychiatrie et en neurologie. Ce sont, en effet, les formes de la pathologie qui éclairent, ici comme ailleurs, la normalité. Ces formes révèlent, notamment, de quelles manières la reconnaissance de l'image et sa nomination peuvent être complètement séparées : l'image est alors reçue comme étrangère et autonome. S'appuyant sur des travaux qui, notamment en France, ont profondément renouvelé l'approche de ces questions, l'auteur en reprend les concepts fondamentaux dans une problématique cohérente. Cette problématique s'attache à relever, dans chaque cas, les incidences subjectives des pathologies de l'image du corps. Elle interroge aussi leur fréquente réduction, contemporaine à une causalité seulement neurobiologique. C'est en quoi cet ouvrage restitue à ce champ clinique sa portée psychopathologique, en indiquant des voies de recherches fécondes, et encore peu explorées. Rigoureux et clair dans sa démarche, il s'adresse autant aux étudiants, aux cliniciens et aux spécialistes, qu'à la curiosité du public en général.