Suzanne Simha
Suzanne Simha
Si la générosité, la justice sociale, la solidarité, le partage des richesses et du travail sont des valeurs archaïques, alors, s'écrie Julien Dray, vive l'archaïsme ! Le jeune député socialiste de l'Essonne n'oppose pas archaïsme à modernité, mais exhorte la gauche à conserver intacte sa capacité à innover, tout en s'inscrivant dans le courant de pensée progressiste né au siècle dernier. Il y a fort à faire pour répondre à la crise sans précédent que connaît la France : réfléchir au nouveau rôle de l'État, modifier radicalement le rapport de l'homme au travail, instituer une plus juste fiscalité, réorganiser le tissu social et, surtout, réapprendre à écouter. Les pistes qu'ouvre Julien Dray sont nombreuses. Il s'adresse à tous, et remplit ainsi le rôle qui lui est dévolu au parti socialiste depuis qu'il y est entré, en 1981 : celui d'un agitateur d'idées, souvent en désaccord avec les directions successives, iconoclaste parfois, original toujours. Son discours est, aujourd'hui, l'un des plus dynamisants qui se puisse lire, à gauche comme à droite.
Entre son identification pure et simple au bonheur et sa réduction à la jouissance, le plaisir fait depuis toujours débat chez les philosophes. Cette notion si simple qu'on peut être tenté de ne pas la définir est en réalité essentielle pour saisir la plupart des enjeux philosophiques.Analyse de la notionL'homme n'est pas vraiment humain sans le plaisir, et l'humanité du plaisir est telle qu'on peut y voir la source de toute volonté normative. Ainsi, ce qu'on appelle « pouvoir de la raison » se constitue, en grande partie, par sacrifice de l'excès du plaisir : différer ou limiter le plaisir et, par le même acte, l'assurer, c'est la tâche à laquelle s'est identifiée la raison occidentale de Platon à Freud.Étude de textesLe Philèbe de Platon montre que la sagesse (ou raison) appelle un plaisir limité et pur pour constituer avec lui une vie bonne et qui puisse être éligible. L'épicurien Lucrèce, dans De la nature, donne le vrai plaisir comme maîtrise de cet infini auquel l'imagination seule peut tendre. Un extrait du Traité de la nature humaine de Hume montre que, loin d'appeler au sacrifice du plaisir, la raison elle-même et ses valeurs, morales, intellectuelles ou esthétiques, y ont leur source ; enfin, dans Au-delà du principe de plaisir, Freud rejoint les classiques pour souligner cette complicité de la raison et des normes avec le principe de plaisir, mais envisage leur soumission commune à un autre maître, la tendance à l'inertie inhérente à la vie.Suzanne SIMHA, agrégée de l'Université, professeur de chaire supérieure, a enseigné la philosophie durant quinze ans en Lettres supérieures et en Première supérieure (préparation à l'ENS Lyon).