Thierry Laget
Thierry Laget
Voilà. Terminus. Fini tout ce gâchis de livres qui dénonçaient, témoignaient, argumentaient, envoyaient des messages de fumée, déformaient, soumettaient le lecteur, le jetaient dans leur geôle après l'avoir jugé au tribunal. Ce roman est de l'humus, de la tourbe, du limon, où se décompose la tradition, l'histoire, la mémoire des hommes, le chaos des civilisations, mais il leur dit adieu et s'écoule vers l'avenir, où il se propage sous la forme d'ondes qui, contrecarrant les effets du grand tremblement terminal, se continueront après lui, dans le vide ou dans la matière, si fortes, si dynamiques, si vivaces qu'elles redonneront vie à ce qui aura cessé d'être. La vraie littérature a toujours tenu ce rôle face au temps. Elle a été le forgeron du temps. Ce soir-là, tout se terminera. Le monde va disparaître. Monsieur Dimanche, gardien de nuit dans un hôtel de bord de mer, observe la marche des heures qu'il reste à l'univers avant que le temps s'arrête à jamais - la télévision ne parle que de cela, mais la panique ne semble encore gagner personne. Dimanche se souvient des voyages, des musiques, des amours : il lui reste un dernier mystère à éclaircir. Sur la table du petit déjeuner, laissé là par un romancier mégalomane, un manuscrit, Terminus. Sous ce titre, Thierry Laget signe un livre délicat et circonspect, rassemblant, dans un éclat de rire, d'élégiaques cérémonies d'adieu à ce qui fut parfois si beau et qui ne sera plus - les chats, les peintres miniaturistes d'Ispahan, les tulipes d'Istanbul, les poètes, les phénix...
"Au fil du siècle, l'Académie Goncourt a bâti un théâtre et imposé un calendrier, où chaque jour est une fête du livre. Il faut que le public n'oublie jamais son existence, que le romancier soit hanté par la figure des Dix lorsque, le soir, il se retrouve devant la page blanche." 10 décembre 1919 : le prix Goncourt est attribué à Marcel Proust pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Aussitôt éclate un tonnerre de protestations. Proust est vilipendé dans la presse, injurié, menacé. Son tort ? Être riche et mondain, trop âgé, ne pas avoir fait la guerre, ne pas raconter la vie dans les tranchées. Ressuscitant le temps perdu, l'écrivain a dédaigné le temps présent. S'appuyant sur des documents inédits, Thierry Laget fait le récit virtuose et réjouissant d'un moment charnière de la vie littéraire française.
"Au fil du siècle, l'Académie Goncourt a bâti un théâtre et imposé un calendrier, où chaque jour est une fête du livre. Il faut que le public n'oublie jamais son existence, que le romancier soit hanté par la figure des Dix lorsque, le soir, il se retrouve devant la page blanche." 10 décembre 1919 : le prix Goncourt est attribué à Marcel Proust pour À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Aussitôt éclate un tonnerre de protestations. Proust est vilipendé dans la presse, injurié, menacé. Son tort ? Être riche et mondain, trop âgé, ne pas avoir fait la guerre, ne pas raconter la vie dans les tranchées. Ressuscitant le temps perdu, l'écrivain a dédaigné le temps présent. S'appuyant sur des documents inédits, Thierry Laget fait le récit virtuose et réjouissant d'un moment charnière de la vie littéraire française.
Sept nouvelles aux allures de flâneries, de déambulations dans les rues d'une ville, égrènent dix manteaux rouges qui sont autant de femmes, unis, par-delà la diversité des lieux et des époques, par une voix qui se souvient et qui raconte. Le manteau oublié d'une inconnue évoque celui de la jeune fille aimée dans la brume de Prague. À Paris, l'amante blessée porte, le dernier soir, un manteau de faille grenat ; la gitane qui promet l'amour est vêtue d'un manteau couleur de bruyère. Et quand le narrateur a trouvé l'amour en la personne de l'Immortelle bien-aimée, elle est un anorak rouge, sur le blanc de la neige, dans une station de ski. Il y aura encore un manteau cerise à Manhattan, devant le Mémorial aux victimes du 11 Septembre, un manteau de laine ponceau à Clermont-Ferrand, le manteau pourpre d'une Madone des neiges à Rome... Et nous parvenons ainsi à l'origine du monde : la nativité, celle du narrateur qui n'a pas dissimulé que son activité principale est celle d'un écrivain. Le grand plaisir de lecture de ces nouvelles, tout en délicatesse, humour léger, perception poétique des situations et des êtres, vient de l'art même de cet écrivain, qui est en somme celui de l'auteur en personne.
Sept nouvelles aux allures de flâneries, de déambulations dans les rues d'une ville, égrènent dix manteaux rouges qui sont autant de femmes, unis, par-delà la diversité des lieux et des époques, par une voix qui se souvient et qui raconte. Le manteau oublié d'une inconnue évoque celui de la jeune fille aimée dans la brume de Prague. À Paris, l'amante blessée porte, le dernier soir, un manteau de faille grenat ; la gitane qui promet l'amour est vêtue d'un manteau couleur de bruyère. Et quand le narrateur a trouvé l'amour en la personne de l'Immortelle bien-aimée, elle est un anorak rouge, sur le blanc de la neige, dans une station de ski. Il y aura encore un manteau cerise à Manhattan, devant le Mémorial aux victimes du 11 Septembre, un manteau de laine ponceau à Clermont-Ferrand, le manteau pourpre d'une Madone des neiges à Rome... Et nous parvenons ainsi à l'origine du monde : la nativité, celle du narrateur qui n'a pas dissimulé que son activité principale est celle d'un écrivain. Le grand plaisir de lecture de ces nouvelles, tout en délicatesse, humour léger, perception poétique des situations et des êtres, vient de l'art même de cet écrivain, qui est en somme celui de l'auteur en personne.
« Sans doute le professeur Adrien Proust se serait-il ébahi si quiconque avait osé affirmer devant lui que le confinement était le souverain remède aux épidémies. » Thierry Laget
Une comtesse charge un homme de cataloguer la bibliothèque de son château. Cet homme traverse les nuits et les jours du domaine, franchit les apparences, lit tous les livres, même ceux qui ne sont pas écrits et dont il invente l'intrigue, à mesure qu'il découvre que les morts ne sont pas morts, ni les fantômes ceux qu'on croyait, ni les vérités celles qu'on admettait. En fin de compte, c'est de la littérature elle-même qu'il s'agit, et à laquelle il est rendu ici le plus beau des hommages.
Une comtesse charge un homme de cataloguer la bibliothèque de son château. Cet homme traverse les nuits et les jours du domaine, franchit les apparences, lit tous les livres, même ceux qui ne sont pas écrits et dont il invente l'intrigue, à mesure qu'il découvre que les morts ne sont pas morts, ni les fantômes ceux qu'on croyait, ni les vérités celles qu'on admettait. En fin de compte, c'est de la littérature elle-même qu'il s'agit, et à laquelle il est rendu ici le plus beau des hommages.