Thierry Mertenat
Thierry Mertenat
Sa carte de presse, dont il ne se sépare jamais, lui sert de sésame pour raconter l'actualité du fait divers. Il écrit depuis vingt ans sur les courts-circuits du réel, les embardées de la nature et les drames humains. Un fait-diversier à plein temps après avoir étéchroniqueur culturel et fréquenté les salles de spectacles. Passion tardive ou vocation précoce? Dans un récit rédigé à la première personne, l'auteur exprime son amour du présent, tout en se souvenant qu'il a lui aussi un passé. Il choisit alors de quitter la ville pour la campagne, de s'éloigner de la plaine pour la montagne. C'est sa propre histoire qui l'attend sous la neige. Peut-être est-il bien l'enfant du fait divers, après avoir, très tôt, perdu son père dans une avalanche. Un accident de ski dont les journaux de l'époque ont rendu compte, dans les pages de cette rubrique qui fait peur, tout en appartenant au commun des mortels. Le moment est venu d'en sortir, avec les mots qui font confiance à la vie.
Un journaliste dans sa ville. Le plein air lui sert de lieu de travail. Du matin au soir, il arpente les marges de l'actualité courante, déambule dans les rues à la rencontre des gens, sillonne les quartiers à bicyclette. Aux communicants qui rêvent de faire la pluie et le beau temps, il préfère les ciels gris et les aubes incertaines. Son journal a fait de lui un localier, après l'avoir employé pendant longtemps comme chroniqueur culturel. On le cherche, il est au Palais de Justice, à écouter la vraie vie en procès. On le cherche toujours, il est en conversation avec un sans-abri, son frère de bitume ; puis au bord du fleuve, en train de confesser le plaisir des baigneurs en eau vive, adeptes comme lui de la nage à contre-courant. On le cherche encore, il est dans une maison de retraite, à fêter l'anniversaire d'une centenaire. Jusqu'à l'heure du bouclage, il couvre les embardées de la nature, les chutes d'arbres et les caves inondées, les gestes qui sauvent et les mauvaises nouvelles. Le malheur des gens est au bout de la rue. C'est le moment de sortir sa carte de presse : « Racontez-moi... »