Thierry Zarcone
Thierry Zarcone
Le cerf est un animal sacré, roi des forêts, de l'Asie centrale aux rives de l'Atlantique. Il est vénéré mais chassé, tué et mangé depuis des millénaires. Par son sacrifice, il nourrit, soigne et protège tant le corps des hommes que leur imaginaire. Animal guide, sa poursuite lance le chasseur sur les chemins de la conversion et il accompagne dans le christianisme comme dans l'islam la vie des vrais spirituels, servant de monture aux saints ou, pour la biche, donnant son lait aux ascètes. Il a conduit des peuples entiers vers des terres que les dieux leur destinaient. On retrouve ce grand communiquant au coeur des plus anciennes croyances sur le voyage des âmes, assurant le passage entre les vivants et les morts, entre les cieux et le monde d'en bas. Symbole de longévité et de résurrection, de par ses bois qui tombent chaque année quand il « refait » sa tête, le cerf est aux sources vives du sacré dans le monde des religions du Livre. Ce sont les multiples et fascinantes facettes de ce métis-sage culturel, des grottes de la préhistoire à l'urbanisation contemporaine, que ce travail s'est efforcé de mettre en lumière. Jean-Pierre Laurant, historien des courants mystiques et ésotériques, École pratique des Hautes Études, section des sciences religieuses, CNRS, laboratoire «Groupes, sociétés, religions, laïcités», codirecteur de la revue interuniversitaire Politica Hermetica. Thierry Zarcone, historien et anthropologue de l'islam dans l'aire turco-persane, est directeur de recherches au CNRS dans le laboratoire « Groupe Sociétés Religions Laïcités » qui est rattaché à l'École pratique des Hautes Études. Il est également chargé de cours à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence.
Soufi libéral, prince de l'islam, héros de la résistance algérienne, Abd el-Kader fut aussi un franc-maçon favorable au progès. En cela, il reste une énigme de l'histoire. Alors que le monde musulman préfère nier son affiliation à la maçonnerie, Thierry Zarcone démêle le vrai du faux et revisite, à la lueur de nouvelles sources arabes et occidentales, l'histoire secrète de l'émir et le rôle joué par son fils aîné et ses descendants dans la construction d'un mythe. Car si le souvenir d'Abd el-Kader a perduré dans la confidence de certaines loges du Caire, de Tunis, de Dakar et de Paris qui portent son nom, son grand retour dans les débats sur l'islam de France, le djihadisme ou la laïcité nous engage à découvrir l'homme derrière le mystère.Postface de Franck FrégosiHistorien et anthropologue de l'islam, Thierry Zarcone est directeur de recherche au CNRS, et enseigne à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence.
Histoire, sociabilité et rituels, 1725-1750 Le présent ouvrage, qui réunit parmi les meilleurs connaisseurs des débuts de l'histoire de la franc-maçonnerie en France, se donne pour objectif de faire connaître et d'analyser, autant que le permettent les sources, le processus qui voit une jeune sociabilité britannique, riche cependant d'une préhistoire de deux siècles au moins, se transporter sur le continent - pour le cas qui nous concerne ici, en France - et s'y acclimater. La structure maçonnique (la loge), ses mythes fondateurs et le rituel qui leur est attaché, résistent au voyage en France mais ils sont par la suite, et très tôt, relus et déclinés dans des voies nouvelles. Textes de Xavier Bascher, Pierre-Yves Beaurepaire, Jean-Pierre Brach, Yves Hivert-Messeca, Georges Lamoine, Kenneth Loiselle, Jean-Marie Mercier, Pierre Mollier, Gilles Pasquier, Céline Sala, Jan Snoek et Thierry Zarcone.
Islam et franc-maçonnerie, de la fascination à la détestation Les premières loges maçonniques en Orient musulman virent le jour à l'initiative de diplomates, de commerçants et de résidents étrangers. Du Maroc à l'Indonésie, elles furent nombreuses et prospères tant que le pouvoir en place - faible ou aux mains d'Européens - les tolérait ou les soutenait. Longtemps, l'initiation d'indigènes resta inenvisageable ou écartée pour cause de différences tenant à la religion, au niveau et au mode d'éducation ou au statut du pays. Cet obstacle fut franchi au début du XIXe siècle. La croyance en un Dieu unique, éventuellement désigné par l'expression oecuménique " Grand Architecte de l'Univers ", était partagée, le néophyte pouvant exiger la présence du livre saint de son choix lors de sa réception. Des notables et même des souverains (Turquie, Maroc, Inde) entrèrent ainsi dans l'Ordre. L'étonnante similitude de certaines entités doctrinales orientales (bektachisme), depuis toujours implantées et acceptées, avec les pratiques des loges, facilita cette expansion. Les rapports s'inversèrent avec l'irruption de trois facteurs conjugués : la suppression, par la principale obédience française, en 1877, de l'obligation de croire en Dieu et en l'immortalité de l'âme - et la radicalisation extrême de régimes politiques orientaux hostiles à toute réunion ou organisme agissant sous le sceau du secret. Les rites et les mythes maçonniques étant largement inspirés, jusque dans les hauts grades, par l'Ancien et le Nouveau Testament, le soupçon, répandu par une abondante littérature antimaçonnique, selon lequel la franc-maçonnerie est un tentacule sioniste, fit le reste. Les loges ne subsistent plus, de nos jours, que dans quatre des pays où l'islam est prépondérant : la Turquie, le Liban, la Malaisie et le Maroc. Ce livre est l'histoire d'une relation qui fut féconde et fraternelle.