Vincent Kaufmann
Vincent Kaufmann
Il est 17 h. Louis vérifie une dernière fois les horaires du bus 42 qui passe en bas de chez lui. Son scooter étant en panne, il doit se résoudre à prendre les transports collectifs pour aller voir son frère. Mauvaise surprise à l'arrêt de bus : « retard indéterminé ». Regard à droite vers les vélos en libre-service : il ne sait pas comment en prendre un et ne veut pas être la risée des passants. Coup d'oeil à gauche vers le taxi qui passe sans passager : il n'a pas les moyens. Tant pis. En remontant chez lui, il n'entend même pas le bus 42 qui passe avec trois petites minutes de retard. Le Laboratoire de sociologie urbaine de l'EPFL défend une approche originale de la mobilité consistant à analyser les dispositions de la population en la matière et le passage à l'acte de se déplacer, plus que les déplacements proprement dits. Ainsi, chaque personne ou groupe se caractérise par des propensions plus ou moins grandes à se mouvoir, propensions approchées à partir de la notion de « motilité ». Initialement développées en 2002, la motilité et la conception de mobilité qui lui est associée ont connu un écho scientifique important. Nous proposons dans cet ouvrage de tirer le bilan des travaux qui ont utilisé cette notion, afin de démontrer son utilité sur les plans théorique et empirique et de mettre en évidence les étapes à franchir pour en faire un concept scientifique et un outil opérationnel stabilisé.
Une sorte d'album de la famille avant-gardiste, avec ses ressemblances et ses différences. Les rêves de communication authentique y rejoignent les tentations d'une ritualisation de l'art, et les infortunes de l'engagement politique y coexistent avec les euphoriques expérimentations de l'espace urbain : autant de variantes d'un même désir de refonder la communauté. « Copyright Electre »
L'imaginaire médico-religieux : un chapitre méconnu de l'histoire de la littérature moderne. De Balzac à Guibert, de Michelet à Leiris, en passant par Zola, Huysmans, Artaud et tant d'autres, un tel imaginaire a configuré les conceptions les plus diverses de la littérature et de l'art. Portraits de l'écrivain en clinicien, en anatomiste de la société, en guérisseur, ou encore en patient, digne de compassion : dans leur variété, ces figures renvoient à une problématique inséparablement médicale et religieuse. On suit ainsi les avatars littéraires d'un très vieux ménage à trois : l'artiste, le médecin, le prêtre. Pacifique, dit-on, dans les temps anciens (celui des chamans par exemple), ce ménage est devenu problématique et conflictuel chez les modernes. Il est traversé de divergences, d'exclusions, d'alliances des uns aux dépens des autres, de neutralisations et de retrouvailles. La littérature moderne n'est certes pas identifiable au médical, ni au religieux, mais elle s'y confronte comme à autant de tenaces altérités. Toute son histoire en suscite et en défait les croyances. Ménage à trois, donc : mais avec scènes de ménage...
Au sein d'un couple, souvent l'un et l'autre exercent leur profession dans des villes différentes. Dans leur existence pimentée de vols lointains pour le travail ou les loisirs, ils bougent sans cesse. Se sentent-ils pour autant plus libres? En outre, ils tiennent à s'enraciner dans leur maison de campagne. Ce va-et-vient caractérise la société contemporaine, ample phénomène dont le sociologue Vincent Kaufmann, après de longues enquêtes, analyse les conséquences: éclatement urbain, rôle impérieux de la voiture, embouteillage des transports, sort des enfants, et surtout capacité personnelle de s'adapter à cette mobilité, financièrement et mentalement, sous peine d'être marginalisé. Ce livre décrit aussi les transformations de quartiers de Paris tout comme les conséquences sociales du 'modèle suisse' donné comme exemple en Europe: les transports publics à Berne ou Zurich.
Sommée plus que jamais de se conformer aux impératifs du spectacle, la littérature contemporaine évolue à grands pas. S'il veut exister sur la scène littéraire, l'écrivain doit désormais accepter de comparaître devant les médias, avouer ce qu'il est, attester son authenticité, témoigner d'un goût prononcé pour le sacrifice. Or, ce choc culturel intervient au moment même où l'auteur se trouve en quelque sorte déprofessionnalisé par l'émergence des réseaux sociaux et l'injonction qui lui est faite de se soumettre au jeu, qui est le propre de l'interactivité. Vivons-nous pour autant la fin de la littérature ? Les impératifs de la téléréalité auront-ils raison de la création et de la culture littéraires ? Sûrement pas, et cette introduction à la littérature contemporaine récuse toute perspective " décliniste ". Elle prend acte, tout simplement, qu'à l'ère du numérique, le statut de l'auteur a changé comme ont changé nos façons d'être au monde. Vincent Kaufmann est professeur de littérature et d'histoire des médias au MCM Institute de l'Université de St. Gall en Suisse. Il est notamment l'auteur de Guy Debord. La révolution au service de la poésie (Fayard, 2001) et La Faute à Mallarmé. L'aventure de la théorie littéraire (Seuil, 2011).
La théorie littéraire se constitue à partir des années 1950 au carrefour de la nouvelle critique, de la mouvance structuraliste et de pratiques littéraires avant-gardistes (du Nouveau Roman à Tel Quel), avec le projet de défendre l'autonomie et la spécificité de l'espace littéraire. Dans quels contextes culturels une telle aventure a-t-elle pris forme ? Quels en étaient les enjeux ? Et pourquoi, vingt ans après son effacement du paysage intellectuel, continue-t-on de dénoncer ses effets délétères ? Pour répondre à de telles questions, Vincent Kaufmann propose une histoire raisonnée et personnelle de l'aventure de la théorie littéraire. Il éclaire des notions aussi centrales que la " réflexivité ", la " mort de l'auteur ou la " production du texte, ", souvent mal comprises. Il montre aussi que la " théorie " fut un lieu incontournable de résistance et d'anticipation : résistance au déclassement progressif de la chose écrite et anticipation des transformations des pratiques d'écriture et de lecture dans le nouveau monde numérique. Une manière de dire que les outils de la théorie littéraire n'ont jamais été aussi utiles qu'aujourd'hui, et que l'étude de la littérature reste inséparable d'une réflexion critique sur la place de l'écrit dans nos sociétés. Suivi d'entretiens avec : Jonathan Culler, Ottmar Ette, Jean-Joseph Goux, Gérard Genette Werner Hamacher, Julia Kristeva, Sylvère Lotringer, J. Hillis Miller, Michel Pierssens, Jean Ricardou, Avital Ronell, Elisabeth Roudinesco, Philippe Sollers, Karlheinz Stierle et Tzvetan Todorov. Vincent Kaufmann est professeur de littérature et d'histoire des médias au MCM Institute de l'Université de St. Gall en Suisse et fondateur de l'Académie du journalisme et des médias de l'université de Neuchâtel. Il est notamment l'auteur de L'Equivoque épistolaire, Minuit, 1990 ; Poétique des groupes littéraires, PUF, 1997 ; Guy Debord : La révolution au service de la poésie, Fayard, 2001.
Les crises liées la mobilité se succèdent. Le mouvement des Gilets Jaunes, né du refus des limitations de vitesse et de la taxe carbone, et l'immobilisation forcée d'une bonne partie de la planète en 2020, en sont emblématiques. De fait, la vitesse de déplacement du train, de la voiture, de l'avion, combinés à la révolution numérique d'internet, ont permis à la mobilité d'occuper une place centrale dans nos vies quotidiennes. Mais si voyager loin, rapidement et à bas coût exauce les rêves de liberté et de découverte d'une partie toujours plus importante de la population mondiale, la mobilité véhicule, renforce, voire produit de la fatigue, des inégalités sociales, des systèmes peu résilients et génère des problèmes environnementaux majeurs.