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La faillite de l'enseignement n'est un secret pour personne : ni pour les enseignants, qui constatent chaque jour l'état de délabrement intellectuel de leurs élèves, ni pour les parents, régulièrement stupéfaits de constater que leurs enfants, même en terminale, savent à peine lire et écrire, ni pour les élèves, qui s'ennuient à longueur de cours. L'émoi soulevé par le précédent ouvrage de Maurice Maschino, Vos enfants ne m'intéressent plus a pourtant été considérable. Si beaucoup de lecteurs ont éprouvé un vif soulagement d'entendre dire tout haut ce qu'ils pensaient tout bas, d'autres ont crié au scandale. Ici et là, on a agité les "grands problèmes" - sélection, finalité de l'institution scolaire, quelle réforme ? - mais dans une confusion telle que Maurice Maschino a éprouvé le besoin de compléter et d'approfondir ce qu'il avait écrit. De répondre, aussi, aux questions concernant les réactions des lycéens face à cette image d'eux-mêmes qu'il leur renvoyait, sur les raisons de leur faiblesse, sur les moyens, s'il y en a, d'y remédier. Ce nouveau livre veut donc, comme le précédent, briser la conspiration du silence et porter sur la place publique le scandale d'une école qui ne fabrique plus que des cancres.
Et si l’université française était devenue une machine à broyer ses propres idéaux ? Dans ce pamphlet incisif, Maurice Tarik Maschino dissèque sans concession les dérives d’un système où les luttes de pouvoir étouffent la mission première.
Chaque rentrée, on y « croit ». On se sent neuf, on est prêt à faire du « bon travail » - et on les imagine dans les mêmes dispositions : ouverts, piaffant d'impatience devant une discipline qu'ils ne connaissent pas encore - la philosophie - et capables, tel ce jeune esclave qui - près de Socrate - réinvente les mathématiques, de découvrir - à leur tour - quelques profondes vérités. Puissance de l'illusion ! Et, en même temps, impuissance : pas plus que la foi, elle ne soulève les montagnes, ni ne fait des génies avec des cancres... Un jour du printemps dernier, je me suis mis à écrire : rien de tel pour tirer au clair ce qu'on pense et ce qu'on sent. À ma demande, mes élèves s'y sont mis également - essayant de s'expliquer (de m'expliquer) pourquoi ce désintérêt, cette passivité. Et quelques collègues de bonne volonté ont accepté de me parler de leur (de notre) métier. Ainsi se sont rassemblés, peu à peu, les matériaux de cet ouvrage. On n'y trouvera guère de statistiques, d'analyses socio-économiques, de considérations pédagogiques d'ordre général : pas plus qu'un amour ne se réduit aux raisons qui l'expliquent, une déception professionnelle ne se comprend, dans sa singularité, au seul énoncé des facteurs objectifs qui la rendent possible (ou peut-être inévitable). C'est donc, ici, un livre subjectif, et heureux de l'être. Puisque, par-delà l'expérience personnelle qu'il décrit, il montre - sans fard - le gâchis auquel cette société condamne sa jeunesse dite pensante.
Le monde du travail m'est à jamais fermé. Je suis reléguée dans le ghetto des malades mentaux. Parmi eux, je me sens privilégiée. Je ne suis pas à la rue. Je vis avec l'un d'eux, qui me comprend. Grâce à Claude, grâce aux études que j'ai faites sur le tard, j'ai découvert la création. Elle est inépuisable. J'y trouverai d'autres sources de joies. L'isolement, la maladie ne me font pas peur. J'y suis habituée. je vois venir la vieillesse avec sérénité. Je suis beaucoup plus heureuse aujourd'hui qu'à vingt ans. Une seule chose me tourmente : me retrouver sans Claude. Parfois, égoïstement, je souhaite mourir avant lui. L'idéal serait de se suicider ensemble. Il y a songé. Mais j'aime trop la vie, je m'aime trop pour en venir à cette extrémité. À moins que je ne sombre à nouveau dans la folie, ce qui serait le meilleur moyen d'échapper au potentiel inhumain de notre société.