Art et Littérature (Petite Bibliothèqu
C'est avec cet essai que certains n'ont pas hésité à surnommer Havelock Ellis le "saint patron de la danse". Esprit encylopédique, père de l'ethnologie sexuelle et de la sexologie, sa curiosité n'avait pas de limites. En témoigne ce "Philosophie de la danse", considéré comme un classique par son érudition et sa façon de relier les fonctions érotiques, religieuses et esthétiques de la danse en brassant toutes les époques et les civilisations.
"On s'apercevra peut-être un jour que c'est là mon meilleur livre", disait-elle. De fait, Colette tenait énormément à cet ouvrage de 1932 qu'elle réécrivit en 1941, à 69 ans, et qui est à placer au même rang que "Sido" et "La Naissance du jour". Pionnière de l'autofiction, elle offre ici une enquête sur les femmes, le plaisir et les hommes, où l'on croise la femme cougar, le don Juan, le gay, la lesbienne, celles qui se travestissent ou revendiquent une identité masculine, et des thèmes comme le fait de mentir sur sa jouissance, la jalousie, le triolisme, etc. Refusant tout jugement, Colette laisse s'exprimer la fluidité des identités et des goûts, et montre, à l'instar d'une Flora Tristan, un féminisme pragmatique, un féminisme du quotidien.
Texte visionnaire, charge hallucinée contre une psychiatrie qui « a créé de toutes pièces la maladie pour se donner une raison d'être », le Van Gogh d'Antonin Artaud nous offre aussi une lecture saisissante des plus célèbres tableaux de l'artiste, dont les autoportraits, « Le fauteuil de Gauguin » et le « Champ de blé aux corbeaux », en même temps qu'une méditation sur le geste même de peindre. Il est suivi comme en écho d'un poème tragique, écrit la même année 1947, dans lequel Artaud raconte pourquoi le dessin est devenu pour lui « la recherche d'un monde perdu et que nulle langue humaine n'intègre ».
Que le bonheur de l'imaginaire et la puissance des idées ne soient pas réservés à une minorité mais profitent au plus grand nombre, Tolstoï en est persuadé. Dans les années 1880, il rédige ainsi une série de contes moraux à destination du peuple, où il exalte la nature, le monde paysan, et interroge notre humanité. Sage, lumineux, malicieux, porté par l'immense talent de Tolstoï, le présent recueil, qui comprend sept récits, dont "Ce qui fait vivre les hommes" et "Le Moujik Pakhom", n'avait pas été réédité depuis le XIXe siècle.
Malentendus cruels, sentiments ravageurs, émois du corps sont au menu des quatre bijoux littéraires - "Une histoire au crépuscule", "La Gouvernante", "Brûlant secret", "Petite nouvelle d'été" - que Stefan Zweig avait rassemblés en 1911 dans ce recueil consacré aux premières expériences émotionnelles et amoureuses de l'adolescence, à l'instant précis où les filles et les garçons quittent leur enfance. On y retrouvera le génie de l'écrivain pour saisir avec une vérité époustouflante les tensions, les désirs, les non- dits de cet âge de toutes les métamorphoses.
Les rivières et les fleuves sont des êtres vivants, avec leurs émotions, leurs incidents de parcours, tout comme nous. Elles naissent, vivent et meurent ; aiment, enfantent, se séparent ; ont des colères, se rebellent, se vengent parfois ; connaissent la nostalgie et la solitude ; l'inceste et l'adultère ne les épargnent pas ; elles regardent aussi le ciel et le sacré... De Perse, d'Australie ou d'Égypte, de Chine ou du Canada, d'Ukraine, d'Irlande et d'Inde, anciens ou plus modernes, brefs ou plus longs, les contes et récits rassemblés ici et présentés par Anne Marchand nous rappellent que si les civilisations sont nées d'un cours d'eau, certaines sont mortes quand celui-ci s'est asséché. Qui sait l'angoisse d'une rivière qui étouffe et appelle au secours ? Et si elle s'évaporait pour un ailleurs, que resterait-il des bêtes et des hommes ?
Elle collectionnait les amants et les bijoux. On l'appelait « la Divine ». Wilde était fou d'elle, Victor Hugo et Gustave Doré aussi. Freud et Carson McCullers l'admiraient. Cocteau inventa pour elle l'expression « monstre sacré ». Actrice, peintre, sculptrice, Sarah Bernhardt (1844-1923) fut l'une des plus grandes artistes du XIXe et du début du XXe siècle. En s'appuyant sur des archives et des témoignages inédits, Claudette Joannis, spécialiste reconnue de Sarah Bernhardt, lui consacre un portrait intime et raconte la vie exigeante, le courage, les folies et les scandales de cette première star internationale.
Prince de l'humour noir, Thomas De Quincey mit trente ans à écrire ce livre sur la violence, lui que la violence répugnait. Il le fit à sa façon, macabre et décalée, par un éloge de la qualité esthétique des crimes les plus célèbres. Racontant drôlement les grands meurtriers de l'histoire depuis Caïn, en passant par les sectes des Thugs en Inde et des Sicaires de Judée, il finit par s'attarder sur John Williams, ce tueur en série qui terrorisa Londres en 1811. Ce récit-là est considéré aujourd'hui comme un chef- d'oeuvre, tant De Quincey offre du meurtre une lecture immersive qui en glacera plus d'un ! Thomas De Quincey (1785-1859), écrivain anglais à l'insatiable curiosité, ami de Wordsworth et de Coleridge, célébré par Borges, est l'auteur d'une oeuvre immense et protéiforme. Ses deux ouvrages les plus connus sont celui-ci et "Les Confessions d'un mangeur d'opium anglais".