Bestial
« Depuis l'enfance, ce scarabée me protège, à sa manière. Il catalyse l'appel de la forêt, il aiguise ma curiosité, m'oblige à changer d'échelle, à regarder le vivant de plus près, plus bas, plus lentement. [...] Il s'est inscrit en moi, jusque sous ma peau. Comme une armure discrète. » Très tôt, Marie Treibert comprend que les insectes, à qui elle voue une passion, n'ont pas bonne réputation. Pourtant ils ont plusieurs vies, ils connaissent des métamorphoses que l'autrice nous raconte pour nous apprendre à mieux voir, et à nous interroger sur nos propres mues.
Susie Morgenstern a un ennemi : le cochon, interdit absolu pour l'autrice élevée dans une famille juive à Newark. Pourtant, à l'aube de ses 80 ans, son monde est bouleversé. « C'est votre coeur, il va falloir opérer. » Et remplacer la valve aortique par celle d'un porc. Pour la première fois, Susie Morgenstern s'intéresse pleinement à cet animal proscrit, interroge les traditions juives, reçoit un signe de son défunt mari sous la forme d'un manuscrit perdu, et décide finalement d'adresser au cochon une lettre... pour le remercier. Un hymne à la vie et à la tolérance.
Fascinée par un animal dont la lenteur défie notre époque, Lauren Bastide part sur ses traces. Elle laisse l'escargot questionner nos vies trop rapides, notre monde en ébullition. Car le gastéropode, vieux de 600 millions d'années, a des choses à nous apprendre... Dans ce journal d'écriture poétique et étincelant, il devient le guide d'un voyage dans la mémoire, symbole de résilience et de guérison des traumatismes. Ne dit-on pas de l'escargot qu'il a le pouvoir de glisser sans blessure sur le tranchant d'une lame ?
Il existe tant d'idées reçues sur la licorne. Aujourd'hui on a oublié sa dimension mythique, sa force et son secret pour ne retenir d'elle que l'image d'un animal paisible, rassurant, presque mièvre. Pourtant, l'unicorne est à l'origine un petit animal agressif et dangereux qu'une jeune fille réduit à sa merci pour le livrer à la mort. Les poètes du Moyen Âge se sont comparés à elle pour se dire les victimes consentantes de belles cruelles. Michel Zink mêle leurs plaintes aux souvenirs de son adolescence et révèle d'une plume brillante, érudite, passionnante, tous les sens et les symboles cachés de cette licorne, en même temps que la façon dont son image a changé.
Hécube, la reine de Troie, voit sa cité détruite, ses enfants massacrés. Faite captive après la guerre, elle est condamnée à devenir l'esclave de son ennemi Ulysse. Une légende dit que, pour échapper à l'humiliation, elle se change en louve. Ce Monologue puissant, incantatoire, raconte sa métamorphose.
Le célèbre texte de Cervantes abrite une figure méconnue, pourtant indissociable de Don Quichotte. Il s'agit de Rossinante, sa jument. Sans elle, l'hidalgo n'aurait pas pu réaliser son destin chevaleresque. Juliette Nothomb a donc décidé de se glisser sous son cuir et de faire entendre sa voix. Il fallait cette imagination sans bride pour que résonne, enfin, le galop d'une vie oubliée. Magistral.
« Personne ne choisit le hamster quand on lui demande quel animal il aimerait être. Quelle force aller tirer de cet animal chétif dont le rythme cardiaque est aussi tremblant que sa misérable existence. Pourtant je suis hamster. » Le hamster est apeuré, vulnérable. Pour Marion Séclin, il évoque la petite fille rejetée, chez elle et par ses camarades d'école, qui tentait de gagner l'amour des siens. Devenue adulte, elle cherche à comprendre ce que cet animal nous apprend de l'enfermement, des préjugés et du lien. Et si, derrière les barreaux de sa cage, le hamster était plus révolutionnaire qu'il n'y paraît ?
Taous signifie « paon » en kabyle. D'ailleurs, à l'école, Taous Merakchi a longtemps fait la roue. Mais un jour, les moqueries ont terni ses plumes irisées. Dès lors, comment porter son prénom ? Quel visage offre-t-on quand on est une Française d'origine algérienne aux traits ambigus, un paon tantôt précieux, tantôt incarnation du diable ? Quand on a un père qui absorbe la lumière et une mère qui la diffuse ? Avec tendresse et sans pitié, l'écrivaine nous raconte une mue nécessaire. La quête d'un nom de plume - et celle de soi-même. Il s'agira d'apprendre à s'aimer sans s'épargner. Le cri d'un paon est disgracieux, certes.
Lionne : nom échappant au bestiaire féminin, contrairement à poulette, morue, gazelle ou thon. Lionne : désigne bien plus que la femelle du lion. Définit une créature noble, chasseresse, autonome, capable de sororité, de ruse, et même d'assassiner un mâle vieillissant. Lionne : perd toute joie de vivre en captivité, comme la romancière lorsqu'elle avait vingt ans, prisonnière d'un amour carnassier, dévorant. Lionne : source d'inspiration pour celle qui aura appris à rugir, à défaire ses cages mentales. Animale indispensable, qui méritait une magnifique mise en mots, mêlant enquête animalière, réflexions sociologiques et récit intime.
Marc Dugain habite dans une maison posée sur une falaise, en Bretagne. Il vit entouré d'animaux : un lapin géant, des poules, un chat, et... deux brebis « Soay », une espèce rare. Aux habitants qui lui demandent régulièrement d'acheter son terrain, il répond : « Et pourquoi mes moutons ne pourraient pas avoir une vue mer ? » Il a donc adopté leur regard pour écrire son autoportrait. Ce point de vue ovin l'oblige à ne rien s'épargner, ni la férocité, ni la mise à nu. Avec ce texte inattendu, à la fois exploit littéraire et manifeste pour la nature, c'est le règne animal tout entier qui prend sa revanche sur les hommes. Marc Dugain raconté par ses moutons : sauvagement audacieux.
Lors de l'habituelle promenade dominicale, une jeune fille fausse compagnie à ses parents et ses soeurs pour s'enfoncer dans la forêt. Happée par la pénombre, incapable de retrouver son chemin, la voici seule. Des souvenirs ressurgissent, aussi angoissants que la peur de se perdre. Jusqu'au moment où la jeune fille rencontre un renard avec lequel elle tente de communiquer. C'est un rituel de passage que raconte Pauline Harmange dans ce conte moderne, saisissant magnifiquement la fin de l'enfance et le début de l'âge adulte. La maturité ne viendra pas ici du monde humain, mais d'une rencontre avec un animal aussi intelligent qu'énigmatique.
Gaston est un bichon maltais petit, poilu et blanc. Mais il se voit comme un animal puissant. Sa mission: rendre heureuse Maman, sa maîtresse. Elle s'appelle Valérie, elle est actrice en attente d'un vrai rôle, mère célibataire de deux enfants, dont l'un déclare une maladie grave. Gaston escorte Maman. Il la voit perdre pied, se battre, renaître, vaillant soldat au service d'un grand amour. Tout est vrai, et inventé, dans ce premier texte de Valérie Bonneton, d'une folle fantaisie. Il fallait son humour pour faire parler Gaston, son propre bichon maltais, témoin d'un chemin d'épreuves... Tout en pudeur et en émotion. Fondant.