Bibliothèque de l'Orient chrétien
Alexandre le Grand vu par les chrétiens d’Orient : une plongée inédite dans les récits syriaques, entre légendes, apocalypses et voyages extraordinaires jusqu’en Chine et en Inde.
Pourquoi Ève fut-elle créée à partir d'une côte d'Adam ? Que mangeaient les bêtes sauvages dans l'arche ? Comment justifier l'inceste de Lot ? C'est à des questions de ce type que Théodoret de Cyr, exégète et théologien du nord de la Syrie, entreprend de répondre au milieu du Ve siècle. Désireux de former ses fidèles, il compose une sorte de manuel d'étude de la Bible sous forme de questions-réponses, dont le premier livre est consacré à la Genèse. Cette oeuvre, facile d'accès, recueille l'héritage d'une longue tradition interprétative : pendant quatre siècles, les commentateurs n'ont cessé d'interpréter la Bible à la lumière du christianisme, en soulevant constamment de nouvelles questions. Théodoret, de langue et de culture grecques, s'appuie sur ses prédécesseurs pour expliquer les passages difficiles, justifier l'historicité du récit et comprendre pourquoi le texte utilise un langage parfois contradictoire, dans le but de saisir l'enseignement divin caché à travers l'histoire. La recherche actuelle redécouvre avec un intérêt sans cesse accru l'oeuvre exégétique de l'évêque de Cyr, tant elle est riche et condense le trésor d'une réflexion mûrie au fil des siècles. À la frontière entre différents types d'interprétations, et à une époque charnière qui marque la fin de l'Antiquité, Théodoret possède une largeur de vue qui lui permet d'intégrer des exégèses variées, offrant ainsi au lecteur moderne un témoignage précieux de la manière dont les chrétiens orientaux comprenaient la Genèse au milieu du Ve siècle.
Le christianisme syriaque nous a légué le troisième corpus littéraire du monde chrétien ancien, le plus important après le grec et le latin. Les écrits poétiques d'Éphrem de Nisibe (306-373) comptent sans aucun doute parmi ses plus belles pages. Les Hymnes contre les hérésies présentées ici, outre leur qualité littéraire, ont la valeur d'un texte de fondation. Alors que la légende veut qu'Édesse, ville-berceau des chrétiens syriaques, ait été convertie au temps de Jésus, le chantre de Nisibe nous fait découvrir l'élaboration complexe de l'« orthodoxie »
Au cœur du Caucase, deux titans enchaînés défient les dieux et l’ordre divin : Amiran le Géorgien et Abrsk’il l’Abkhaze.
La polémique religieuse représente une page importante dans l'histoire des relations entre juifs et chrétiens. L'Antiquité en a laissé de nombreux témoignages littéraires, dont des dialogues mettant aux prises un juif et un chrétien. Ces textes se présentent en général comme des comptesrendus de débats réels. Les deux adversaires discutent sur les points essentiels de désaccord : Jésus est-il le Messie ? L'Évangile s'est-il substitué à la Loi juive ? Qui, des juifs ou des chrétiens, est le peuple de Dieu ? Mais, composés par des chrétiens, ces dialogues ont toujours pour but de montrer la supériorité du christianisme. Ils sont adressés avant tout aux chrétiens et servent à les instruire dans la foi. Le Dialogue de Timothée et Aquila, composé par un auteur inconnu, peut-être sous le règne de Justinien (vie s.), constitue, en grec, le témoin le plus important de ce genre littéraire dans l'Antiquité tardive. Le texte se présente comme la relation d'un débat organisé à Alexandrie entre le chrétien Timothée et le juif Aquila. Au terme d'une controverse consacrée avant tout à la question du Christ, le juif admet sa défaite et reçoit le baptême. Reflétant davantage une discussion idéale qu'une controverse réelle, le texte est un témoignage capital sur la façon dont les chrétiens se représentaient leur position par rapport au judaïsme à la fin de l'Antiquité. Cet ouvrage offre la première traduction française du dialogue dans sa forme longue, munie d'une introduction et d'un index biblique. Sébastien Morlet est Maître de conférences à l'Université de Paris-Sorbonne et membre de l'Institut universitaire de France. Il est spécialiste des textes de l'Antiquité tardive.
Peu après l'Empire romain, l'Éthiopie adopte à son tour le christianisme. Réduite d'abord à l'entourage royal et au milieu dirigeant, la christianisation touche bientôt en profondeur tout le Nord éthiopien, grâce à l'oeuvre missionnaire conduite à partir du milieu du Ve siècle par des moines venus de l'Empire. Frumentius est l'artisan de la conversion royale ; les faits n'ont pas laissé de récit indigène et c'est Rufin d'Aquilée qui en fournit en latin la relation originale. La tradition écrite éthiopienne la recopia et l'enrichit, conférant à Frumentius sa qualité de premier saint et métropolite du pays des négus. Garim est un des principaux missionnaires du Ve siècle et partage avec eux beaucoup de traits : fils d'un roi étranger, il obéit à l'appel de Dieu, renonce aux grandeurs terrestres, se retire et fonde un monastère. Takla Hymnot est un des acteurs, au XIVe siècle, d'une deuxième christianisation, qui touche le Sud du pays. Au cours de ses voyages, le saint engendre de nombreux fils spirituels et crée le plus important ordre monastique éthiopien. Le monastère qu'il fonda, Dabra-Libnos, fournissait le chef suprême de tous les moines. wostwos donna son nom à l'ordre éthiopien des Eustathéens, surtout présent dans le nord de l'Éthiopie et l'actuelle Érythrée. Il a défendu l'observance du « sabbat » du samedi à l'égal du dimanche. Les Actes de ces fondateurs ont, pour la plupart, été publiés en geez il y a un siècle ou plus. Certains n'avaient jamais été traduits, d'autres l'avaient été partiellement notamment en latin lors de leur publication. Gérard Colin, docteur d'État et chercheur honoraire au CNRS, a publié une vingtaine d'ouvrages relatifs à l'hagiographie éthiopienne. Il a enseigné la langue et la littérature geez à l'Institut catholique de Paris.
Par quelle anomalie, les Arméniens, qui sont si proches du berceau mésopotamien de l'écriture, ont-ils attendu des millénaires avant de se doter de leur propre alphabet ? Méprisant une invention qui ne servait à leurs yeux qu'à comptabiliser les impôts des rois et les péchés des hommes, ils jugeaient que l'essentiel doit rester gravé dans le coeur et dans la mémoire. Avec l'avènement du christianisme, la perspective s'inverse. Pour le pieux religieux Mesrop Machtots, l'oralité est la meilleure alliée du paganisme. Il faut de toute urgence traduire la Bible par écrit. Ainsi les Arméniens deviendront un vrai peuple du Livre, aussi sûr des promesses de Dieu que l'ancien Israël. Simple parler local, l'arménien se haussera d'un coup au niveau des plus grandes langues de culture et l'Arménie recouvrera son unité spirituelle. Selon Korioun, disciple de la première heure, le nouvel alphabet, créé en 405, est le fruit d'une théophanie, comparable au don de la Loi sur le Sinaï. Huit siècles plus tard, quand Vardan compose son Panégyrique, Machtots, son protecteur le patriarche Sahak et leurs nombreux disciples sont devenus des héros de légende. On les nomme les Saints Traducteurs, que l'Église fête tous les ans. Privilège exclusif des Hébreux et des Arméniens, les lettres « données par Dieu », garantissent, contre le paganisme et les hérésies, la survie de la Vérité révélée jusqu'à la consommation des temps. Cet échange multiséculaire, entre histoire, mémoire et fins dernières, révèle les profondes racines du christianisme arménien, nourri de l'héritage patristique et judéo-hellénistique.