Bibliothèque japonaise
Lorsque Gustave Duchesne de Bellecourt, premier représentant français au Japon, rejoint son poste en septembre 1858, les rapports franco-japonais sont régis par le traité de paix, d'amitié et de commerce signé en 1858 et ratifié en 1859. Les pays occidentaux sont très actifs alors, et le levier de cette action est constitué par les traités, lesquels sont censés obliger le Japon. Mais pour l'administration shôgunale, confrontée pour la première fois de son histoire à cette action, ces accords représentent le signe tangible d'une remise en cause permanente de la politique de fermeture du pays, loi fondamentale de l'Empire. L'interprétation et l'application du traité franco-japonais seront à
Hokkaido, la grande île du Nord de l'archipel nippon, offre les seuls paysages de notre planète où l'on puisse voir des rizières devant une côte que la banquise vient clore en hiver. Les rizières sont celles que les paysans japonais, immigrés depuis Meiji, ont aménagées dans cette île auparavant couverte des sapinaies et des tourbières de la grande forêt boréale. La banquise est celle de la mer d'Okhotsk, ce nom aux résonances polaires, sur les rivages de laquelle les peuples du Nord chassaient le phoque et la loutre marine. La rizière et la banquise : la confrontation de ces deux images traduit l'une des plus curieuses aventures écologiques de l'humanité. À la fin du XIXe siècle, une société de l'Asie des Moussons, aux assises entées sur la culture d'une plante d'origine tropicale, le riz, entreprend de coloniser une île de climat tempéré aux hivers froids, dont la végétation naturelle s'apparente à celle de la Suède. Le résultat : les rizières les plus vastes et les productives du Japon, avec des rendements quadruples de ceux de l'Inde ; mais aussi : des structures agraires décisivement plus amples que la moyenne, des agriculteurs plus intégrés dans les circuits économiques que leurs collègues du vieux pays ; enfin et surtout, une gamme de comportements qui détonnent dans la société japonaise. Bref, la colonisation de Hokkaido ne s'est nullement bornée à reproduire les assises écologiques de la civilisation japonaise dans un milieu différent ; elle les a aussi modifiées, et avec elles la société. Aucun autre ouvrage n'existe à l'heure actuelle sur le sujet. Augustin Berque, géographe et japonisant, appuie son analyse sur une connaissance parfaite du Japon.
Yosano Akiko vécut de 1878 à 1942. Celle qui fut l'une des principales figures de la littérature japonaise remporte son premier succès à l'âge de 23 ans avec « Midarégami », « Cheveux emmêlés », recueil de poèmes de forme classique dans lequel elle chante avec audace les sentiments et les désirs que lui inspire son futur mari, poète lui aussi. De cette passion naîtront de nombreux autres recueils et onze enfants. En 1904, un long poème contre la guerre et le personnage sacré de l'empereur vient confirmer le goût de Yosano Akiko pour le mépris des conventions. Présente plus de quarante ans sur la scène littéraire, elle se montre par la suite féconde et talentueuse dans des genres très différents. Auteur de plus de 50 000 poèmes, de la première traduction en langue moderne du « Dit du Genji », de contes pour enfants, alors qu'elle a environ trente ans, elle se tourne vers le journalisme pour y traiter avec enthousiasme et sans complaisance d'un autre sujet tabou : la condition féminine. Elle fait alors figure de précurseur. Au Japon, personne n'ignore le nom de la femme passionnée par l'être humain et la recherche de son accomplissement. En 1916, alors qu'elle était déjà mère de dix enfants et soutenait de sa plume sa nombreuse famille, elle écrivait : « Chaque jour de ma vie est une danse, celle des flammes de mon existence. Il me faut danser sans honte cette vie de douleur, de violence, d'amour et de bonheur. Nouvelle danseuse, je veux m'élancer en tourbillonnant dans la libération de l'existence... »
Parmi les causes du miracle japonais sont cités pêle-mêle le MITI, le fanatisme des Japonais au travail, etc. Mais toutes les explications passent à un moment ou à un autre par les inévitables shoshas. Autrefois spécialisées dans le commerce du coton brut, l'extraction du cuivre ou le transport par mer, elles sont devenues, à elles neuf, les gérantes de plus de la moitié du commerce extérieur japonais, soit près de 5 % du commerce mondial, et elles s'apprêtent à s'attaquer à des projets aussi fantastiques que le ramassage des nodules des océans et l'extraction du pétrole des profondeurs. Les shoshas sont plus que des sociétés de commerce, elles sont le coeur d'une dynamique de croissance dans une économie japonaise en évolution rapide. Sont-elles transférables à d'autres pays ? Cette question n'a de sens que si l'on fait la part du mythe et de la réalité : qui n'a entendu parler de leur réseau d'information, de leur capacité à livrer de tout, « des nouilles aux missiles », de leur invincibilité, ou de leur échec retentissant en Iran ? Le but recherché dans ce livre est avant tout une démystification des grandes sociétés de commerce japonaises. Ce sont en effet des monstres que l'on peut apprendre à connaître et avec lesquels on peut travailler si l'on n'ignore, ni la manière dont elles sont constituées, ni les règles du jeu qu'elles pratiquent. À une époque où les relations économiques entre la France et le Japon traversent une passe difficile, cet ouvrage apporte une connaissance indispensable aux sociétés occidentales dont beaucoup utilisent déjà les services des shoshas.
Voilà tout juste trente ans que je publiais, sous le titre de La tradition secrète du Nô, la traduction française de six des traités de Zéami sur cette forme d'art dramatique de la fin du Moyen Âge, laquelle avait tant intrigué et fasciné les hommes de théâtre occidentaux qui avaient pu la voir, et même ceux qui ne la connaissaient que par ouï-dire. Le retentissement de cette publication avait été considérable parmi les plus grands acteurs et metteurs en scène du temps. Je ne citerai que deux noms : Jean Vilar, qui publia à son propos un article simplement intitulé La leçon, et Jean-Louis Barrault, qui en fit une lecture publique à l'Odéon, illustrée par quelques extraits de Nô interprétés par Kanze Hisao, l'un des plus grands acteurs de sa génération. Le choix que j'avais opéré parmi les traités était, cependant, limité aux ouvrages théoriques d'intérêt général, dont tous les critiques s'accordèrent à souligner le caractère moderne, certains les jugeant même d'avant-garde. C'est alors que, voilà une dizaine d'années, je reçus la visite d'une étudiante brésilienne d'origine japonaise, qui me fit part de son intention de consacrer sa thèse de Doctorat à l'oeuvre de Zéami. À peu près certain que je ne trouverais jamais le temps de le faire moi-même, je lui ai proposé de s'attaquer aux Entretiens, épreuve redoutable s'il en fut. La somme de connaissances qu'elle a accumulées au cours de ce travail, est d'un intérêt considérable, et lui a permis, dans la première partie de cet ouvrage, de faire la synthèse de tout ce que l'on sait maintenant de l'histoire de la formation du Nô, et aussi de la vie même de Zéami, le génial fondateur de cet art, et l'auteur d'une grande partie du répertoire interprété de nos jours encore. La seconde partie est consacrée à la traduction commentée des Entretiens, qui sont les notes prises par le second fils de Zéami, lui-même acteur de Nô, à la suite de conversations avec son père, et leur ton informel révèle - bien mieux que les autres Traités - la personnalité de ce dernier. Ainsi est né ce livre, qui paraît presque simultanément en deux langues : en portugais, langue du pays où est née Sakaé Giroux, et dans laquelle elle enseigne, et en français - dans sa version originale - laquelle a tout naturellement trouvé sa place dans la Bibliothèque japonaise des POF.
Le Japonais moyen est-il désormais indifférent aux questions religieuses ? Ne conserve-t-il, des religions traditionnelles, rien d'autre que des habitudes inconscientes de pensée, ou de comportement superstitieux, dont il a oublié les origines et la signification ? Problème essentiel, auquel ce livre apporte quelques éléments de réponse.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
La presse japonaise est connue aujourd'hui pour avoir les plus forts tirages du monde et pour exercer une action considérable, entre autres dans les domaines économique et politique. Pourtant, son histoire, retracée ici, remonte à peine au XIXe siècle. Une présentation des grands noms de la presse quotidienne actuelle : Asahi, Yomiuri, Mainichi. « Copyright Electre »
L'écriture chinoise, idéographique, permet de lire en japonais un poème écrit en chinois, d'où l'épanouissement d'une véritable poésie bilingue faisant simultanément référence à deux langues, deux cultures, deux esthétiques. Les lettrés japonais, dès le VIIe siècle, et singulièrement du XVIIe au XIXe siècle, ont donc composé en chinois des poèmes qui étaient toujours lus en japonais, d'où une liberté d'interprétation sans pareille puisque la forme même du poème est déterminée par chaque lecteur. Ces poèmes, les kanshi, posent ainsi en termes nouveaux la question du rapport entre écriture et lecture en poésie. Pour traiter ce problème, il fallait évidemment que l'auteur ait une connaissance approfondie des langues chinoise et japonaise, mais aussi du français : c'est bien le cas de Marguerite-Marie Parvulesco, qui enseigne la littérature comparée à l'Université de Saïtama.