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Et si les oeuvres d'art n'avaient ni lieu, ni date de naissance ? Si elles étaient résurgences, retour d'images primordiales, matricielles, fondatrices ? Telle est la vérité paradoxale qui se dégage ici d'une confrontation entre théoriciens de l'art et artistes, dont réflexions et témoignages éclairent subtilement le passage obscur à l'OEuvre. À ces images, à un réel indéfini, à définir ou à décrire, l'artiste appose ses altérations, transfigurations ou régénérations, qui renouvellent leur faculté à imposer et imprimer les mythes. Au moment où il croit les libérer, il les fait siennes - ou l'inverse. Son acte créateur les capte, les capture et les restitue dans la forme de l'OEuvre. Ainsi, l'art est en même temps réappropriation de l'histoire aux origines et sa perpétuelle métamorphose, refonte du mythe, et son mime, décliné à l'infini.
Dans le sillage de Maurice Blanchot et d'Edmond Jabès, Max Bilen apporte ici une importante contribution à la réflexion sur l'écriture. La « chose » littéraire est présentée comme une « traversée » initiatique qui va de l'acte d'écrire à la lecture. En s'instaurant écrivain, l'individu vit d'abord une expérience existentielle ; il devient terrain d'une métamorphose entraînant son lecteur au coeur d'une intemporalité qui les unit, ensemble, dans une même liberté. C'est à ce point-limite, démiurgie de la rencontre avec un absolu, que confluent nos mythes et nos fatalités. Alors s'effectue le travail du vide, de la béance, et de la mort, alchimie d'une renaissance à soi-même, transmuté par « l'OEuvre ». Et c'est là tout le sujet de l'écriture. Max Bilen conduit cette réflexion sur la fonction même de l'acte d'écrire au XXe siècle à travers un dialogue constant avec les oeuvres de quelques grands auteurs comme Rilke, Mallarmé, Rimbaud, Valéry, Proust, Artaud... Un essai clair, sobre, documenté, qui résonne aussi comme une déclaration d'amour à la création en général, une méditation sur l'Art pris comme l'unique moyen d'atteindre au Sacré.
Aloysius Bertrand, poète dijonnais d'adoption représentant majeur du romantisme français, auteur de Gaspard de la Nuit est quasiment l'inventeur du poème en prose ; il a initié également la vogue de la transposition d'art puisque Gaspard regarde du côté de Callot et de Bamboccio. À vrai dire, Bertrand dénote aussi des parentés troublantes avec Rembrandt ou avec Hoffmann ; et il a inspiré David d'Angers autant que Maurice Ravel. Les rapports entre littérature et art, l'influence germanique en France au début du XIXe siècle, la culture dans la province française à l'époque romantique, voilà les principales directions de ces actes d'un colloque tenu en décembre 1991 à l'Hôtel de Vogüé à Dijon, qui vient opportunément renforcer la bibliographie existante, plutôt mince sur Bertrand.