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Sélection Les meilleurs livres de 2024 - Le Monde des livres Vérité et politique n'ont jamais fait bon ménage. Platon déjà reprochait aux sophistes, qui enseignaient l'art oratoire aux gouvernants, de travestir la vérité au profit d'une multiplicité incertaine et changeante d'opinions. Le divorce a été consommé dans les siècles démocratiques. Noblesse de la vérité philosophique d'un côté, affrontement des opinions de l'autre. Mais la coupure est-elle si nette ? Gloria Origgi montre que la vérité n'a jamais disparu du débat politique. Elle a toujours été là pour guider les comportements humains et légitimer l'action politique. Elle a cependant changé de statut aujourd'hui. Comment sommes-nous entrés dans l'ère de la « post-vérité » ou des « faits alternatifs » ? Il faut, c'est le sujet de ce livre, prendre au sérieux l'assaut que subit la vérité et ériger des frontières intelligibles entre la persuasion politique légitime et la propagande, entre une science, qui est le lieu où les vérités sont produites, indépendante, et une science au service de l'opinion. Il faut mener la guerre à la désinformation et reconstituer les bases d'une connaissance partagée. La vérité doit redevenir notre boussole politique si nous voulons que la démocratie survive aux faussaires.
« Et si les livres de sciences humaines avaient leur esthétique propre ? Et si les idées des savants étaient tout simplement belles ? » Établissant un pont entre art et savoir, performance artistique et performance intellectuelle, Ariel Colonomos trace les contours d'une esthétique de la connaissance qui renouvelle les critères distinctifs du beau. Il balaie ainsi deux idées fausses : l'esthétique relèverait de préoccupations futiles et la beauté compromettrait la qualité du savoir. Chaque auteur et chaque discipline ont une voix, une plume, et la beauté de la forme repose notamment sur la force d'une intrigue, la capacité d'un texte ou d'un discours à surprendre son public. Si la beauté est clarté, elle a aussi une part de mystère. Sur cette ligne de crête, les théories des sciences humaines font autant réfléchir que rêver. Dans la mesure où elle permet aux idées de se diffuser et d'être reconnues, l'esthétique du savoir prend une valeur communicationnelle et une portée universelle. Pour le démontrer, Ariel Colonomos entreprend un voyage ludique, mais toujours savant, à travers différents univers et disciplines - sciences, histoire, phénoménologie, anthropologie, sociologie, philosophie, éthique... -, de l'Antiquité à nos jours. Ariel Colonomos est directeur de recherche au CNRS et membre de la faculté permanente de Sciences Po à Paris. Il est notamment l'auteur, chez Albin Michel, de La Politique des oracles. Raconter le futur aujourd'hui (2014).
École à la maison, circoncision, divorce religieux. Contre l'idée reçue selon laquelle le politique et le religieux ne pourraient travailler ensemble sous peine de bousculer le principe de séparation, ce livre montre que les interactions entre le droit de l'État et les commandements religieux sont plus complexes.L'État, sensible aux situations singulières, peut faire preuve de souplesse et composer avec les obligations de croyance des individus. Attentif à l'intégrité des croyants, il peut même à l'occasion coopérer avec les représentants des communautés religieuses. Ce livre examine trois cas où la confrontation entre le civil et le religieux est résolue par un arbitrage original entre les vertus du public et les libertés individuelles. Ne pas nuire à la liberté religieuse individuelle ou à la fabrique du citoyen démocratique ? À l'intégrité corporelle ou à l'inclusion civique des communautés minoritaires ? À la liberté religieuse ou à l'égalité démocratique entre les femmes et les hommes ? Alliage parfois contrarié entre la démocratie et le libéralisme, le délibéralisme, doctrine de la juste mesure, tente le pari de dresser un tableau plus souple, plus pragmatique que ne le suggère l'idée de séparation entre le bien commun et les aspirations singulières des croyants. Astrid von Busekist est professeure de théorie politique à Sciences Po et directrice de la revue Raisons Politiques. Elle a notamment publié, chez Albin Michel, Portes et murs. Des frontières en démocratie (2016) et Penser la justice. Entretiens avec Michael Walzer, 2020.