Identité
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Et si l'identité n'était pas le bon expédient au besoin d'appartenance qu'elle monopolise ? Notre époque ne cesse de se répandre en lamentations sur la crise de l'identité, tant à l'échelle des nations que des consciences individuelles. Il en résulte une sorte d'injonction paradoxale de poursuite du mirage d'une identité absolutisée, monolithique et pure. Même si elle était accessible, cette quête ne ferait qu'exacerber le problème. En effet, la crise est consubstantielle au paradigme de l'identité. Et pour le dire clairement : l'identité, c'est la crise, à la fois son attribut et son mode d'être. L'essai L'accidentité préconise le deuil du désir d'identité en lui substituant le paradigme de l'accidentité, qui repose sur le postulat que toute identité est par essence accidentelle. Sur les trajectoires mouvantes d'une odyssée sans retour, ponctuée de détours par Ithaque, puis Québec, en passant par l'Afrique, l'auteur retrace le parcours exigeant et sinueux de son voyage jusqu'au bout de l'absence, de l'exil et de l'identité.
Le français québécois est souvent présenté comme du joual, comme du mauvais français, comme un simple registre populaire qui contrevient au contenu des sacro-saints ouvrages de référence. Cela entache l'identité québécoise d'une profonde insécurité. Mais si on le présente dans toute sa complexité, comme une variété de langue légitime et pour laquelle les locuteurs ont un droit de regard, on nettoie cette tache. On donne à l'identité québécoise tout le lustre dont elle a besoin pour s'épanouir. Cette langue, elle est à nous. Récupérons-en toutes les dimensions, toutes les variations, tous les jugements et disons : « Voilà notre langue rapaillée. »
Francis Boucher est né en 1976, quelques mois avant l'élection du premier gouvernement souverai-niste de l'histoire du Québec. Ses racines sont banlieusardes. Il est francophone, fait partie de la classe moyenne et a toujours été indépendantiste. En 2013, il s'oppose à la proposition de «Charte des valeurs» du Parti québécois, mais il ne saisit pas à quel point ce projet a pu heurter les personnes di-rectement ciblées par celle-ci. Il commence à militer activement pour un rapprochement entre le Parti Québécois et Québec solidaire en 2017, qui échoue entre autres à cause de la Charte. Lorsque ses proches le sensibilisent aux blessures profondes que cet épisode a infligé aux Québécoises et aux Québécois issus de l'immigration ou membres des Premières nations, il prend réellement conscience de l'affront vécu par ces femmes et ces hommes. Il entreprend alors de mieux les comprendre, en les interviewant. De ce dialogue avec l'autre résulte une réflexion personnelle, unique et inédite, relatant le cheminement de l'auteur vers l'espoir d'un mouvement souverainiste qui abandonne le ressenti-ment et ouvre ses portes à la diversité. Francis Boucher part d'un constat assez pessimiste dont témoignent les personnes interviewées: les Québécois issus de l'immigration ne s'identifient pas ou plus au projet de souveraineté. L'auteur re-vient dès lors sur les causes de cet état de fait, tout en livrant un vibrant plaidoyer pour des actions à mener: aller à la rencontre de l'autre, l'écouter afin d'en tirer des enseignements qui permettraient au mouvement souverainiste de se renouveler avant qu'il ne soit condamné à devenir un combat d'arrière-garde. Véritable cri du coeur indépendantiste, lancé à tous les souverainistes qui n'ont pas pris conscience de cette réalité, cet ouvrage donne enfin la parole à ceux et celles qui se sentent exclus du Québec, et qui se sont peut-être durablement éloignés d'une adhésion à sa souveraineté. Pour une rare fois, ce livre leur fera la part belle. Loin d'être un réquisitoire à charge, il vise plutôt à identifier des pistes de solutions afin de sortir de l'impasse et de retrouver, ensemble, tous Québécois confondus, le goût d'un pays.