L'air du temps
Paris, ses salons, ses théâtres, ses secrets : Guy Verdot ouvre les portes du Tout-Paris avec un regard aussi fin qu’impertinent.
Corrèze, 1944. Pierre Trouillé, préfet sous l'Occupation, tient un journal au jour le jour, révélant les coulisses d'une administration française prise entre la Résistance et la Milice.
Dakar, années 1960. Un enfant sénégalais fuit la violence paternelle et survit grâce à son audace et sa foi. De la rue aux rings de boxe, son parcours inspirant montre comment la résilience et la gentillesse transforment un destin.
Un mari trompé, un crime manqué, une erreur d’étage : et si la vengeance était une question de timing ? Découvrez ce polar court et percutant, où l’absurde côtoie le suspense jusqu’à la dernière page.
Découvrez La terreur future, un chef-d’œuvre de politique-fiction écrit par Marcel Schwob en 1891. Ce conte visionnaire, mêlant dystopie et critique sociale, plonge le lecteur dans un futur où la révolution bascule dans la terreur.
Andrée Sentaurens, née en 1907 à Mont-de-Marsan, épouse à dix-neuf ans un membre du Consulat Soviétique à Paris. En 1930, son mari est rappelé en U.R.S.S. Elle le suit. Le spectacle de l'Union Soviétique, où la crise économique et la crise du logement font rage, ne constitue pas sa première désillusion. En effet, dès son entrée à l'Ambassade, elle avait constaté partout la peur et la lâcheté. Peur de la police politique, lâcheté générale devant ses méthodes et ses moyens de pression. Son mari lui-même ne tarde.pas à lui inspirer un profond dégoût. Elle le quitte et devient la compagne d'un professeur suspect au régime, qui est arrêté en 1937 au moment des grandes purges. Elle est bientôt arrêtée à son tour. Dix-sept ans d'épreuves commencent. Andrée Sentaurens connaît les « camps de travail » de l'administration stalinienne. Elle ira de camp de travail en camp de travail avec des périodes un peu moins malheureuses et des recrudescences d'infortune. Le monde alors pour elle se divise en deux catégories : les fonctionnaires inhumains, et les victimes. Constamment, elle est en butte aux tortionnaires dont on ne sait s'ils sont plus zélés que peureux ; constamment aussi elle rencontre des compagnons qui lui apportent du réconfort, de l'aide et de l'affection. Tout au long de ses épreuves, Andrée Sentaurens a fait preuve d'un courage et d'une volonté de survivre qui forcent l'admiration. Cette Française, pleine d'énergie et d'honneur, avait aussi un don d'observation remarquable. Le tableau qu'elle brosse de la Russie, du peuple russe, de la bonté des malheureux, de la dureté du régime stalinien, sont d'une vérité que l'on ne songe pas à discuter.
Depuis quinze ans, sans trop nous en rendre compte, nous vivons dans l'ère atomique. Et les victoires sur le cosmos nous le font un peu trop oublier. Cependant, la course à l'atome se poursuit dans l'ombre. C'est même l'atome qui viendra donner à l'astronautique les moyens qui lui manquent encore. C'est dire qu'il mène l'univers et décidera du destin de l'homme. Dans cette course de géants, partie bonne dernière, la France tente de rattraper le temps perdu. Et elle est tout près d'y parvenir. Le mérite de Roger May, un des meilleurs spécialistes de la vulgarisation scientifique, est d'avoir fait le point sur la question. Il nous présente dans La France a la bombe, tous les dessous de l'époque atomique, tous les secrets des recherches, toutes les luttes souterraines. Et cela, au moment où la première bombe atomique française éclate au Sahara. C'est dire l'intérêt de cet ouvrage, le premier qui, dans ce domaine, soit à la portée du grand public. La France a la bombe est un véritable livre d'aventure... Et quelle aventure !
Les vivants, disent les Orientaux, sont des morts en vacances. De nos jours, la fin des vacances prend certains aspects tragiques sinon effrayants. C'est le drame des morts subites, apparemment inexplicables, que traite ici le professeur Pech. On entend parler tous les jours d'infarctus du coeur, de cholestérol et d'autres notions plus ou moins précisées. Voici un livre qui permet de faire le point sur ces questions. L'auteur nous montre comment l'angoissante augmentation des accidents cardio-vasculaires, depuis plus de dix ans, semble liée à une alimentation transformée à notre insu. Les maladies des vaisseaux étaient bien connues aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elles ont disparu, dans une large part, le jour où cessa effectivement la mise en vente pour l'alimentation de l'homme et du bétail de denrées moisies. Les mesures alors arrêtées sont toujours observées. Mais à des aliments sains sont mêlés des extraits de moisissures : des antibiotiques. Ces remèdes ont sauvé de nombreuses vies humaines, mais doivent, pour continuer à être bienfaisants, rester dans l'armoire aux poisons des pharmaciens. Nous vivons sous le signe des extraits de moisissures. En user abusivement transforme des aliments en poisons et rend souvent mortel leur emploi comme remèdes. Dernier disciple de Charles Renouvier, incarnant l'Ecole vitaliste de Montpellier où il professa, le professeur Pech jette un cri d'alarme qui doit faire réfléchir nos contemporains.
Ce roman sur l'Administration satisfait-il lui-même à tous les textes : règlements, décrets, arrêtés, ordonnances, circulaires et décisions qu'elle édicte inlassablement ? Les auteurs qui, pourtant, la connaissent bien, n'ont pas la vanité de le penser. L'un d'eux est un haut fonctionnaire et un écrivain : l'autre, après avoir appartenu à l'administration des préfectures, collabore régulièrement à la Radiodiffusion française, qui n'échappe pas, elle aussi, aux servitudes des administrations... Un jeune sauvage, c'est-à-dire un habitant de ces îles lointaines qui ne sont pas encore touchées par la grâce administrative, est venu chez nous pour la découvrir. Un vieux fonctionnaire, qui connaît les tours et les détours des ministères, est chargé de le guider dans le dédale des couloirs et des textes. Raovandja, le jeune sauvage, sera-t-il convaincu ? Le vieux fonctionnaire, au contraire, n'aura-t-il pas le sentiment qu'il tente quelquefois une difficile justification ? Il acquerra du remords. Le séjour de Raovandja n'aura pourtant pas été inutile. A défaut de la révélation administrative, il découvrira au moins une des créations les plus réussies de la France : une jeune femme et son amour. Mais le personnage principal du livre est l'Administration. Même invisible, elle est toujours présente, et, bien que se dévorant elle-même, elle renaît sans cesse. Dans ses lectures, ses promenades, ses entrevues et ses conversations avec son mentor, Raovandja voit peu à peu paraître un tableau de la France à l'âge administif, dominée par le dieu Rébus. Ouvrage hostile aux fonctionnaires, ouvrage de polémique destiné à amoindrir la fonction publique pour des fins politiques ? Absolument pas. Les auteurs, qui connaissent bien les grands commis et les agents, ne dissimulent pas leur conscience et leur désintéressement. Ils les montrent faisant face à l'inondation législative, et pris, la plupart du temps, comme boucs-émissaires. Il ne s'agit pas d'une attaque des hommes, mais dans la forme d'un roman ironique dont le sentiment n'est pas exclu, de la défense d'un esprit de clarté et de liberté.
L'Amérique du Sud est-elle encore la « terre promise » des candidats à l'aventure et à la fortune ? Visas pour l'Amérique du Sud apporte une réponse à cette question que se posent beaucoup d'entre nous. Mais, d'autre part, l'Amérique du Sud est souvent considérée par ceux qui l'ignorent à travers un prisme de poncifs et d'images caricaturales démodées. Or ce continent a pourtant largement dépassé le stade de l'imagerie populaire, et, sans renier son caractère, il lui importe surtout, désormais, de penser et d'agir sur un « mode vingtième siècle » et de nous imposer un reflet de lui-même à la mesure de ses promesses et de ses ambitions. Ce livre nous l'apprend également. Un si vaste continent ne se parcourt pas totalement en trois mois, et c'est pourquoi l'auteur a choisi de visiter seulement le Venezuela, la Colombie, puis, après un arrêt en Équateur, le Pérou et, enfin, bien entendu, le Brésil. Il nous livre ses impressions sur cette Amérique du Sud « plus neuve, moins classique » que celle du groupe Brésil-Argentine-Uruguay, mais dont la part apparaît chaque jour plus importante dans la vie du continent et dans son évolution. Il a, entre autres, pu voir de près les grands travaux entrepris par des compagnies françaises, et le rôle important et neuf que joue notre pays dans l'équipement de l'Amérique du Sud. Hier encore, la France y devait surtout son influence et son crédit à ses penseurs, ses artistes. Ses bâtisseurs, ses techniciens sont aujourd'hui venus prendre le relais, et l'auteur nous donne, au long de sa route, plusieurs exemples éclatants de ce « renversement de vapeur » capital pour nous. En exergue de son livre, Michel-Droit a placé cette phrase de François-Jean Armorin, espoir du « grand reportage », disparu dans la catastrophe de Bahrein : « Je raconterai, c'est mon métier, et je n'en veux pas d'autre ». Cette promesse implicite, l'auteur la tient sans peine. Son récit conserve le caractère qu'eut ce voyage, accompli par un homme sans préjugés, curieux de toutes choses, parti les pupilles, les oreilles, les narines grandes ouvertes, à la recherche de tout et des riens qui le composent souvent. Maintes anecdotes illustrent ce récit, toujours passionnant, qui donne la somme des talents de Michel-Droit : reporter réputé, ses descriptions s'imposent comme des images, et romancier subtil, aux scènes pittoresques et aux personnages qu'il évoque pour nous, il sait immédiatement donner la vie.
Les historiens affirment déjà que le plus grand événement du XXe siècle nest pas le communisme, mais le réveil de la Chine. En dix ans, la Chine a connu deux révolutions. La première, violente, a voulu extirper tout ce qui rappelait le passé. La seconde, récemment proclamée par Mao-Tsé-Tung, est définie par le titre même de ce livre : cest la Chine de la douceur, qui vise à lintégration de toutes les forces du pays et qui remplace la contrainte par la persuasion. Si certains Occidentaux ont récemment visité la Chine, aucun ne la connaît aussi bien que Lucien Bodard, né en Extrême-Orient, et qui vient deffectuer un immense voyage à travers cette Chine inconnue, pour nous dire quil en est revenu "émerveillé et terrifié". Nous circulons avec lui au milieu de ce peuple dont les hommes de plus de cinquante ans ont disparu, où les capitalistes sont « rééduqués » dans des écoles spéciales, où le dernier Fils du Ciel porte un bleu de chauffe et confesse volontiers ses erreurs passées. Nous faisons connaissance avec Mao-Tsé-Tung, entouré dexperts soviétiques, mais qui a su leur imposer son autorité et préserver lindépendance nationale. "Mao-Tsé-Tung fait Pékin comme Louis XIV a fait Versailles, comme Pierre le Grand a fait Saint-Pétersbourg, de sa toute puissante volonté." Enfin, nous découvrons la Chine en marche vers la puissance industrielle, le "Sahara" chinois, avec le pétrole du Yumen et les villes qui sédifient dans le désert. Ce livre considérable, hors de toute politique, marque la découverte dun peuple et dun esprit absolument nouveaux.
Au Moyen Âge, lEmpereur Che Houang Ti se révolta contre les traditions de la sagesse, proclamant que tout était possible aux hommes. À force de volonté, ils deviendraient les "hommes vrais" capables daccomplir des choses extraordinaires, comme de marcher sur leau, pénétrer le feu, chevaucher les nuages et les vapeurs. Ils atteindraient des résultats magiques, en surmontant tous les obstacles naturels ou divins. Cet Empereur est une figure légendaire. Mais Mao Tse Toung est un nouvel Che Houang Ti. Lui aussi, pour édifier sa Chine, se sert du "merveilleux" comme de larme décisive. Il fait table rase du passé, substituant aux idoles anciennes des idoles vierges. Et le "Grand Bond en Avant" devra permettre à la République populaire datteindre en quelques mois la puissance suprême. Elle y réussira par des méthodes spécifiquement chinoises, parce que les valeurs reconnues du monde entier, même de lU.R.S.S., sont trop lentes et réactionnaires. Il sagit avant tout de briser lordre naturel des choses. Le livre de Lucien Bodard est la description de cette aventure mystique, la plus prodigieuse vécue par lhumanité depuis des siècles. Pour Mao aussi, la "masse" chinoise peut tout, à condition que chaque Chinois se dépersonnalise, ne soit plus quun fragment du peuple, sans passions, sans idées, sans famille. Il veut la mutilation de lindividu, sa disparition dans lâme collective du peuple. Cest lexorcisme de lhomme et de lunivers. Mais le Maoïsme, dans sa tentative incroyable et apparemment impossible, a plongé la Chine dans un obsédant cauchemar. Mao croit trouver la solution dans les Communes du Peuple, ces entités rouges parfaites où chaque être se perd dans le grand Tout. Mais il échoue dans une demi-disgrâce. Et cest le règne de Liu Shao Chi, lhomme sans visage, aux méthodes plus rigoureuses encore. Cest le livre de la haine. Le régime déteste dans chaque individu le péché originel qui lempêche de progresser. Il déteste la nature, dont il narrive pas à bout. Il déteste les autres peuples, qui ne "comprennent" pas la Chine. Cest le livre de lorgueil. Car la Chine veut redevenir lEmpire du Milieu dominant lunivers. Et lon ne peut imaginer jusquoù elle ira malgré sa crise, son immense misère, laccablement de ses hommes.