Le miroir aveugle
-
- Préhistoire & Protohistoire
- Antiquité (jusqu'en 476)
- Moyen Âge (de 476 à 1492)
- Temps modernes (de 1492 à 1799)
- Époque contemporaine (depuis 1799)
- Histoire de France
- Histoire de l'Europe
- Histoire du Maghreb & du Moyen-orient
- Histoire de l'Afrique subsaharienne
- Histoire des Amériques
- Histoire de l'Asie
- Histoire de l'Océanie
-
- Kindergarden
- Elementary
- Junior High School
- Senior High School
- Technological Hich School
- Lycée professionnel
- BTS
- DUT
- Cahiers de vacances
- Soutien & Entraînement Maternelle
- Soutien & Entraînement Primaire
- Soutien & Entraînement Collège
- Brevet des collèges (préparation)
- Brevet des collèges (annales)
- Soutien & Entraînement - Seconde & Lycée voie générale
- Baccalauréat général (préparation)
- Baccalauréat général (annales)
- Soutien & Entraînement Lycée voie technologique
- Baccalauréat technologique (préparation)
- Baccalauréat technologique (annales)
- Soutien & Entraînement Lycée professionnel
- CAP & BEP - bac professionnel (préparation)
- CAP & BEP - bac professionnel (annales)
- Prépas scientifiques
- Prépas littéraires
- Prépas commerciales
- Classiques - Textes & Commentaires
- Ouvrages pédagogiques de référence
- Pédagogie
- Concours & Examens supérieur
- Langues
La volonté de ne pas contrarier le langage a donc été mon souci royal. Le langage est la forme ontologique de notre liberté. Les cris de l'amour, les chants des déportés au seuil des chambres à gaz, les râles des morts, les pleurs d'enfants en témoignent. J'ai à coeur de révéler le réel du monde à travers l'imaginaire qui est, lui, la réalité des mots. Je refuse les trucages qui opposent nature et culture. P B. Pierre Boudot joue ici avec sa « biographie » où se rencontrent vie rêvée et vie apparemment vécue. Perdu dans une sorte d'écheveau complexe, les faits surgissent et disparaissent comme les rivières des grottes, tout cela ponctué par des descentes en enfer d'où Pierre Boudot revient émerveillé de n'être pas consumé. « Je suis le libertin des grandes profondeurs ». On le suit, et on s'envole : il possède sur le mot ce pouvoir de magicien qui lui donne une vie gonflée de sève, pleine de couleurs, d'odeurs et de rencontres inattendues.
Dans un pays à la fois réel et mythique, trois frères représentent le destin, dans toutes ses possibilités, ses caprices, ses contradictions. André est l'incarnation de la grâce physique et de la cruauté du pouvoir. Tout lui est bon pour convaincre : peu importe quoi ou qui. Il veut posséder, aussi bien la terre que les êtres. Pour que nul ne conteste son ascendant, il se fait même l'amant de son frère Paul, jusqu'à causer sa mort par maladie contagieuse. André ou l'affirmation de soi, criminelle. Paul, lui, est toute soumission et rêverie. Il voudrait que la justice règne, il se laisse conduire. Plaire, donner sa force et son amour lui suffisent : s'il meurt, c'est qu'il incarne à la fois l'innocence et la passivité. La vie ne lui pardonne pas de l'accepter à si bon compte. Thomas, l'aîné, se veut à l'écart ; revenu de captivité, il ne demande qu'à y retourner en esprit. Qu'on lui offre un bout de terrain, il y sera heureux, et ne se mêlera de rien d'autre. Son âme est restée concentrationnaire. Roman bucolique ? À condition que le lecteur sache extrapoler. Parabole ? À condition que le lecteur sache mettre un peu de boue et de sang dans cette "moralité", où la haine et le dégoût côtoient si bien la poésie et le sentiment de la délivrance. Un livre qui dérange et qui séduit.
Monument n'est peut-être qu'un trop grand mot. Peut-être ne s'agit-il que d'une simple pierre tombale au bord du chemin, ou d'une construction vague et vide, d'un simulacre de statue à F.B., d'un mannequin de mots destiné à combler le vide laissé par le départ de F.B. Vous vouliez construire un monument avec du souvenir, avec ce que vous vous rappeliez de la vie quotidienne au temps de F.B. ; mais vous n'avez finalement trouvé dans vos mains que des fragments insignifiants et disparates, ou qui n'avaient de signification que pour vous-même, des bribes décevantes de ce qui avait été votre vie, vos joies et vos peines maintenant effacées, noyées dans les mortes-eaux de la mémoire, enterrées sous les débris et les déchets d'une vie qui, malgré tout, continuait. Ou peut-être cette dérisoire archéologie intérieure, ces fouilles un peu douloureuses, ces recherches vraisemblablement inutiles n'avaient-elles pour but que de tuer tout à fait ce passé, en lui donnant une forme, une chronologie, une histoire. Et peut-être a-t-il fallu écrire ce récit, pour démontrer que F.B. - et l'histoire de F.B. - n'avait finalement aucune importance.