Morari
Sudor Facil regroupe les poèmes les plus récents d'un écrivain inclassable, irrévérencieux, rebelle, dont l'écriture se détourne aussi bien de l'effusion naturaliste que de la préciosité et de la religiosité. Son art est de savoir résister, avec jubilation, aux effets les mieux admis de la poésie contemporaine, depuis bientôt un demi-siècle. Un poète du dissensus et de l'hétérogénéité, cependant d'une altérité brûlante.
Pour attirer l'attention sur une histoire, le meilleur moyen d'en connaître par mille détails les tenants et aboutissants, tous les personnages qui l'animent, pour la rendre sensible aux yeux du plus grand nombre, la montrer au grand jour, le meilleur moyen est de la faire disparaître. La magie s'y connaît, et ses vieilles illusions savent toujours jouer de notre crédulité. Mais un tour de magie, ça ne se raconte pas. Dans « la la la », Jean Lewinski nous fait voyager au coeur de la parole ; nous entendons ce que nous n'aurions pas dû entendre, nous sommes là où nous ne sommes pas attendus : nous voyageons sous de fausses identités, les langues étrangères nous permettent de nous échapper, nous devenons expertes en silence et en explosif, nous voyageons, nous sommes au service d'une histoire qui nous dépasse. Traité de la diversion ? Stratégie de la déception ? Aide-mémoire d'ingénieur du son ? Manuel de traduction, de chant ? Ce texte recèle les destins de plusieurs personnages qui se parlent et disparaissent à vue. Nous nous souvenons de leurs dernières paroles, nous les reconnaissons sous leurs nouveaux déguisements quelques pages plus loin. Familiers de la disparition, nous apprenons en cours de lecture à imiter de petits cris d'animaux, à faire du thé fumé, du thé chinois, à rester au rayon parfum dans les aéroports internationaux, à tenter d'acclimater l'oranger du Mexique par moins dix degrés. C'est indispensable. Une question de survie pour que le grand jeu continue.
L'élan ici est ponctuel, comme brisé. A la façon dont le monde nous apparaît, vient à nous, quand nous avons dominé le mouvement possessif et trompeur d'aller à lui avec nos pauvres armes. « Copyright Electre »
Né à Lyon le 27 avril 1955, Clément Porre rencontre Michèle Reverbel - Écrivain Public - en 1988, lors de la mise en place de l'atelier Tache d'Encre qu'elle anime à l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Les premières traces de la participation de Clément Porre à cet atelier sont des dessins à la plume, magnifiques. Encouragé par l'attention chaleureuse de Michèle, il commence à écrire des poèmes, des textes, et il ose entreprendre avec elle une correspondance régulière, qui se poursuivra de façon intense jusqu'au 16 mars 1991, jour de sa disparition brutale. Bien avant sa mort nous étions convenus - Clément, Michèle et les Éditions Comp'Act - que ces lettres, toutes écrites d'un seul jet, sans rature ni correction, seraient publiées. Leur beauté, leur force et leur nouveauté nous bouleversent. Clément Porre a séjourné plus de 11 ans en institution psychiatrique. Voici un premier choix de ses lettres. Le dessin en frontispice est de lui.
Entre poésie sensuelle et audace littéraire, Berceuse à deux voix invite à une lecture intime où les mots de Nadine Agostini tissent une danse érotique et langagière.
Un beau jour tout être humain finit par rêver d'un ailleurs dont la pérennité ne saurait se voir mise en doute. Au souvenir, à la fois morose et ébloui, des lieux d'une enfance beaucoup trop souvent idéalisée, se substitue alors le sentiment que, durant certains moments d'âpre solitude, s'ouvre alentour un espace parfaitement silencieux et transparent, une manière de paysage absolu, abstrait, donc propre au travail de la pensée, où l'imagination nous permet presque de contrecarrer le processus, pourtant irréversible, de l'anéantissement. De sorte que, dans le recueil de poèmes et de proses que voici, l'évocation des sapinières désertes et des chartreuses en ruine du Bugey, constitue moins le rappel d'un pays natal, considéré comme la pièce décisive ou la clé d'une existence entière, qu'une tentative d'avancée modeste mais résolue de l'autre côté de ce que nous nommons le réel.
Fenêtre traversant le thorax. Il s'agit bien d'une nouvelle sorte de respiration. « Copyright Electre »
Des pages sur la poésie, la solitude, la vie et la mort. « Copyright Electre »
Découvrez Léo Katz et ses œuvres, un triptyque théâtral audacieux où Louis-Charles Sirjacq explore l'absurdité du monde à travers le regard décalé de Léo Katz, personnage aussi génial que dérangeant.
Oui bien sûr elle se souvenait. Qu'elle devait raconter. Qu'elle se l'était promis. Et bien des fois. La première fois le matin même où ils descendaient tous les sept le chemin enneigé, et où elle avait vu comment on les regardait. La deuxième fois et toutes les autres fois ensuite dans des moments de pareil vertige... - Mais chaque fois elle avait pensé qu'elle n'avait pas encore assez de force, de courage, de métier, etc., pour affronter ce qui était en somme son être noir. Et maintenant c'était le temps qui menaçait de lui faire défaut. Il fallait se dépêcher. Décrire d'abord brièvement le hameau où « ça » (ce qu'elle devait raconter) avait eu lieu. Puis la ferme, toute dernière ferme à droite du chemin, juste avant la forêt dont le sommet ne s'appelle pas pour rien « La Solitude », et les habitants de cette ferme, qui, lorsque l'histoire commence, vivent depuis longtemps déjà comme en sursis dans un monde dont les bases vacillent. Et, enfin, vite attaquer le récit - le récit dans le détail, le récit net, sans fioritures, sans commentaires - du pire...
La maison approchée ici existe toujours. Elle a hanté l'enfance de l'auteur, été après été. Il s'y rend encore, aux premiers jours de juillet. On n'entre pas pourtant, avec ce texte, à l'intérieur des murs. Ni récit habité par des personnages, ni inventaire davantage d'une nostalgie, ces pages contournent la mémoire d'un objet propice à la conscience du regard. Deux « je » s'y relaient dans l'investigation rôdeuse d'un espace décrit et médité alternativement : un je qui voit est ainsi assiégé par un je qui discourt ; l'un et l'autre édifient, à tour de rôle, des significations possibles pour habiter encore par l'écriture le lieu toujours ouvert de l'enfance lointaine, comme étant le plus apte à aiguiser un regard intérieur sur la racine du désir poétique. Fait récit en ce sens, dans La maison assiégée, l'apprentissage de ce regard chasseur, au-delà des apparences particulières, d'un lieu porteur de résonances plus générales, habitable peut-être par quiconque nourrit, en sa mémoire, l'imagerie active des lieux premiers.
Soixante-dix poèmes dont chacun constitue un rapport à la fois familier et étranger, toujours aigu et précis, mais souvent angoissé, aux objets du monde qui l'entourent (une route, une vallée, une grange, un étang). « Copyright Electre »
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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