Nationalismes et guerres mondiales
Les écrivains collaborateurs Engagement, stigmate et postérité Les catalogues de prestigieuses maisons d'édition s'étoffent régulièrement d'inédits ou de rééditions d'écrivains célèbres mais compromis avec le régime de Vichy ou l'occupant nazi. Publier Céline, Drieu la Rochelle, Maurras ou encore Rebatet provoque des débats autour d'un retour de ces intellectuels maudits. La plupart de ces écrivains collaborateurs n'ont pourtant jamais quitté les étals des libraires. Pour comprendre leur apparente résurrection, ce livre s'intéresse aux trajectoires sur le long terme de plus de deux cents d'entre eux. Loin d'être uniforme, le devenir de ces auteurs varie en fonction des condamnations prononcées à leur encontre, de leur âge, du genre littéraire qu'ils épousent. L'enquête de Tristan Rouquet met en avant l'ambivalence du stigmate de la collaboration, qui peut s'avérer être une contrainte (empêchement, rappel à l'ordre) ou une ressource (entre-soi, distinction subversive). Elle souligne des réactualisations qui assurent, matériellement et symboliquement, la sourde présence de ces auteurs. Ainsi, des logiques commerciales, intellectuelles et littéraires viennent concurrencer les seules considérations d'ordre politique. De sorte que, plus encore que le devenir de la collaboration intellectuelle, cet ouvrage éclaire les conditions d'accès à la postérité.
La Roumanie et la Shoah - Destruction et survie des Juifs et des Roms sous le régime Antonescu 1940-
À la fin des années 1930, près de 760 000 Juifs vivaient en Roumanie. En 1945, ils n'étaient plus que 375 000. Fondé sur un accès privilégié aux archives secrètes du gouvernement roumain, ce livre offre une analyse sans précédent de milliers de documents délibérément cachés jusqu'aux années 1990. Pièces d'archives, rapports, mémoires de survivants, lettres privées, Radu Ioanid mobilise tous ces éléments pour restituer les politiques roumaines de persécution et d'extermination des Juifs sous le régime dictatorial de Ion Antonescu. Parmi les centaines de milliers de Juifs roumains disparus pendant la Seconde Guerre mondiale, les deux tiers ont en réalité péri sous les coups de l'administration d'Antonescu, et non dans les camps du Grand Reich, comme on l'a longtemps pensé. Ce sont ainsi au moins 250 000 Juifs qui moururent sur ordre direct des autorités de Bucarest. Déportations en masse vers la Transnistrie, massacres par la police et la gendarmerie à Jassy, Odessa ou Berezovka : il y eut une véritable "solution finale" à la roumaine. Radu Ioanid met en lumière la réalité des persécutions, la cruauté de leurs auteurs, leur opportunisme flagrant et leur cynisme sans frein. Cette histoire est celle de la destruction et de la survie ; de la réaction des Allemands face à la violence roumaine désordonnée ; d'une politique nationale fluctuante dans le contexte mouvant de la guerre qui a permis à plus de 300 000 Juifs roumains de survivre. Des études documentées comme celle de Radu Ioanid constituent la meilleure réponse aux tendances actuelles dans de nombreux pays, dont la Roumanie, à réhabiliter les auteurs des crimes de l'époque de l'Holocauste.
Le boulangisme naît de la rencontre entre la droite monarchiste et l'extrême gauche radicale, unies derrière un général puis ministre rendu populaire par sa démagogie pittoresque, Georges Boulanger. Ce mouvement hétérogène et populiste, protestataire et antiparlementaire, menace sérieusement la Troisième République avant de s'effondrer. Cette période agitée de la fin du XIXe siècle présente d'étranges ressemblances avec la nôtre : une situation de grande défiance de la base envers les élites, une conjoncture économique incertaine, une vive contestation du système dominant par ses exclus, des partis politiques divisés et paraissant impuissants. Le boulangisme lui-même s'avère plein d'enseignements sur l'efficacité de la démagogie, le pouvoir pervers de la communication politique quand la forme efface le fond, l'ascension aberrante d'un individu sans principes poussé par un clan d'arrivistes, le rôle ravageur de l'argent dans la politique et l'effet aveuglant de la haine pour un homme (Jules Ferry en l'occurrence), la puissance des médias, les alliances de fait entre opposants qui se détestent, enfin la faiblesse de la démocratie face à ses adversaires. Bertrand Joly reconsidère dans cette enquête magistrale et monumentale la question très controversée de l'identité du boulangisme, bonapartiste pour les uns, préfasciste pour d'autres, et peut-être plus que tout cela. Un premier populisme nationaliste ?
Une étude sur un livre qui a marqué plusieurs générations. Une controverse majeure qui éclaire les débats autour de la mémoire de la Shoah. Traduction de l'américain par Philippe Lesavre du livre de Samuel Moyn, A Holocaust Controversy: The Treblinka Affair in Postwar France (Brandeis University Press, 2005). Collection " Nationalismes et guerres mondiales ". L'histoire commence en mars1966 avec la publication de Treblinka. L'auteur, Jean-François Steiner, fils de déporté, décrit l'insurrection du camp d'extermination de Treblinka (2août 1943), où 800 000 Juifs furent assassinés entre1942 et1944. Lancé par une campagne publicitaire tapageuse, préfacé par Simone de Beauvoir, Treblinka obtient le Prix littéraire de la Résistance. Le succès, immense, en France comme à l'étranger, déclenche une controverse publique violente, impliquant nombre d'historiens et d'intellectuels, parmi lesquels Pierre Vidal-Naquet, Léon Poliakov, Claude Lanzmann, David Rousset, Emmanuel Levinas et Romain Gary. La controverse se cristallise autour de deux thèses qui ressortent de l'ouvrage : celle de la passivité voire de la complicité des victimes du génocide dans leur propre mort ; celle de la nécessité d'un nouveau mode mémoriel dans lequel les victimes juives recevraient une attention spécifique, alors que l'extermination des Juifs était jusque-là assimilée aux autres crimes nazis. La polémique est renforcée par le fait que Steiner présente son livre comme un document objectif, sans préciser qu'il a ajouté des éléments fictionnels et déformé des témoignages de survivants du camp. Samuel Moyn propose une analyse micro-historique subtile et critique de la genèse de l'affaire Treblinka et de ses développements. Il montre plus largement à quel point cette controverse a été importante dans la prise de conscience du génocide des Juifs, en France et dans le monde, dans les années 1960 et au-delà. Traduit de l'anglais par Philippe Lesavre
Le 9 juin 1983, dans le cadre de la commémoration du 40e anniversaire de la fondation du Conseil national de la Résistance et de l'arrestation à Caluire de Jean Moulin, le résistant Daniel Cordier était invité par l'Institut d'histoire du temps présent à intervenir publiquement à la Sorbonne en qualité d'historien. Il y dévoila les premiers fruits de son travail, exclusivement fondé sur des sources écrites. Suivit une table ronde réunissant des historiens et des dirigeants de la Résistance. Elle donna lieu à une intense discussion entre partisans d'une histoire conçue à partir des seules sources écrites et tenants d'une écriture prenant en compte la voix des protagonistes. En présentant les textes de la journée de 1983, Laurent Douzou décortique ce moment en le resituant dans l'effort accompli dès 1944 pour écrire une histoire documentée, malgré un accès longtemps difficile aux archives. Il le met en relation avec la distance prise depuis 1983 vis-à-vis des témoins. La " table ronde " de 1997, qui opposa Lucie et Raymond Aubrac à des historiens (dont Daniel Cordier) soucieux de les entendre s'expliquer sur un certain nombre de faits, fut à cet égard un point d'aboutissement en même temps qu'une voie sans issue. Le " moment Daniel Cordier " permet ainsi de mieux évaluer l'apport de ce dernier à l'histoire de la Résistance et de penser la difficulté à composer avec la parole des acteurs pour aboutir à une histoire à la fois complexifiée, incarnée et critique : à quels écueils l'écriture de cette histoire fut-elle et reste-t-elle confrontée ?
En août1940, le maréchal Pétain, chef de l'État français, décide de rassembler les anciens combattants dans une organisation unique, afin de relayer sa politique dans tout le pays. Avec plus d'unmillion d'adhérents, la Légion française des combattants s'impose comme le seul mouvement de masse du régime de Vichy. La propagande pétainiste présente ces légionnaires comme les symboles de la popularité du chef de l'État, mais la réalité est plus complexe. De fait, les anciens combattants étaient déjà répartis dans l'entre-deux-guerres dans des associations très actives dont la Légion prend, à bien des égards, la suite. Au plus près de ses membres et de leurs activités concrètes, Anne-Sophie Anglaret retrace la naissance, l'action et le déclin des sections de la Légion et montre la force des sociabilités locales par-delà le changement de régime. Elle met aussi en lumière la grande porosité idéologique entre les principes de la révolution nationale et les associations conservatrices d'avant-guerre. Elle permet ainsi de mieux comprendre ce qu'a été la Légion et, partant, ce qu'a été Vichy : non pas une parenthèse, mais l'adaptation d'une tendance de fond à un contexte exceptionnel.
Les bateaux de l'espoirVichy, les réfugiés et la filière martiniquaise Entre la débâcle de mai-juin 1940 et la fin de l'année 1941, quelque 5 000 hommes, femmes et enfants gagnèrent la Martinique depuis Marseille à bord de cargos, échappant ainsi à l'Europe embrasée. Certains étaient juifs, d'autres républicains espagnols ou socialistes antinazis. Parmi eux, le révolutionnaire Victor Serge, le cinéaste Jacques Rémy ou la romancière Anna Seghers. L'épisode est peu connu, et pourtant cette filière se révéla être une formidable voie de secours. Fort de plus de vingt années de recherches en France, en Allemagne, en République Tchèque, en Amérique du Nord et aux Antilles, dans des archives publiques ou familiales, Éric Jennings raconte cette aventure exceptionnelle. S'intéressant aux questions liées aux migrations et aux luttes anticoloniales, l'auteur examine cette voie d'exil, contemple la traversée, l'arrivée à Fort-de-France et le ré-internement de la majorité des voyageurs par des autorités coloniales inquiètes de cet afflux de migrants. Il retrace également des rencontres, notamment entre des réfugiés et les chantres de la négritude, comme Aimé Césaire. Il explore enfin la clôture de cette route de secours, en insistant sur le rôle des autorités américaines. L'arrivée de réfugiés aux noms à consonance allemande avait fini par alarmer Washington... Les craintes d'aujourd'hui autour d'une potentielle cinquième colonne parmi une masse de réfugiés - et les terribles conséquences de ces craintes sur des opérations de secours - n'ont donc rien de nouveau.
Dans la France occupée, la musique est un outil essentiel de l'ambitieux dispositif culturel allemand. L'Allemagne ne se proclame-t-elle pas le pays de la musique, " Deutschland, das Land der Musik " ? Pour les vainqueurs, il ne fait aucun doute que la musique française doit s'incliner devant le génie allemand. Durant quatre ans, une frénésie de musique s'empare alors de la population : théâtres bondés pour acclamer les grands solistes germaniques, mondanités franco-allemandes autour des concerts de prestige au service de la collaboration, artistes de renom offrant leur talent au poste allemand Radio-Paris... Qu'est-ce donc alors qu'être musicien en situation d'occupation ? Est-ce que jouer engage ? Peut-on parler d'une musique " collaboratrice ", ou " résistante " ? Comment la scène musicale a-t-elle réagi à l'exclusion de ses artistes juifs, à la collaboration de ses plus éminents compositeurs et interprètes ? Quelle a été, enfin, la réalité et la portée de son épuration ? Karine Le Bail signe la première grande étude sur cette mise au pas de la musique sous l'Occupation, et dévoile, à partir d'archives inédites tant françaises qu'allemandes, un pan méconnu de la vie culturelle des années noires.
La biographie de référence du second dauphin de Pétain, fondée sur des archives inédites. Darlan a été, après Laval, l'interlocuteur d'Hitler. Missionné par Pétain, il s'est efforcé d'opérer un rapprochement entre la France et l'Allemagne. Nourrie d'archives longtemps fermées aux chercheurs, la vivante étude de Bernard Costagliola retrace la carrière de l'amiral ambitieux et dresse un bilan sans concession du " jeu " de Darlan, ce marin improvisé diplomate dans le contexte unique de l'Occupation. Darlan, contrairement à l'idée courante, fut un " super-collaborateur ". Avant de tomber à Alger sous les balles d'un résistant royaliste, le fidèle second de Pétain a poussé la collaboration beaucoup plus loin que Laval, prévoyant une cobelligérance de fait aux côtés des puissances de l'Axe, puis offrant au Reich l'alliance militaire. La France de Vichy aurait pu ainsi se retrouver en guerre contre l'Angleterre, voire contre les États-Unis en 1941-1942.
À la fin des années 1920 naît la première organisation antiraciste française, la Ligue internationale contre l¬'antisémitisme (LICA, actuelle LICRA). Ciblant d¬'abord les manifestations antijuives qui surviennent en Europe centrale et orientale, elle doit très vite affronter la résurgence de l¬'antisémitisme dans une France où on le croyait à tort éteint, et faire face à un défi sans précédent, le national-socialisme. Dans le contexte tourmenté des années 1930, les militants de la LICA inventent une doctrine et se dotent de moyens d'¬action. À côté des batailles rangées contre leurs adversaires, du boycottage des dictatures et d'une propagande véhémente, ils définissent un projet politique visant à donner une dimension institutionnelle à l¬'antiracisme dans la France républicaine. S'¬appuyant sur des fonds d¬'archives inédits et considérables - dont les archives de la LICA rapatriées de Moscou au début des années 2000 -, Emmanuel Debono retrace l¬'histoire des pionniers du militantisme antiraciste en France, avant que la défaite de 1940 ne plonge leur idéal dans les ténèbres. Il met en lumière l¬'attitude des pouvoirs publics, celle des élites politiques et intellectuelles, en métropole comme en Afrique du Nord, face à des démonstrations de haine souvent minimisées.
Voici la première étude exhaustive sur l'attitude de l'Église catholique face à la persécution des Juifs de France entre 1940 et 1944. Une recherche fondée sur l'exploitation de documents inédits : fonds de congrégations religieuses, correspondances privées, archives épiscopales, dont les notes intimes du cardinal Suhard, archevêque de Paris sous l'Occupation... Sylvie Bernay montre que l'Église, contrairement à une idée reçue, se montre très réservée face à l'application des premières mesures antijuives. Son rejet des persécutions éclate au grand jour lors des rafles de l'été 1942, marqué par la protestation des évêques contre un régime de plus en plus compromis dans la mise en oeuvre de la " Solution finale ". Les documents découverts révèlent que les protestations des évêques de la zone libre ont été concertées avec le Vatican. Sylvie Bernay décrit pour la première fois les moyens employés par le Saint-Siège et l'épiscopat français pour empêcher la reprise des grandes rafles à l'automne 1942 et protéger les persécutés. Une typologie des sauvetages montre aussi comment se sont formés sept " diocèses refuges " en zone sud, autour du cardinal Gerlier et des évêques qui encouragent le placement des personnes dans les congrégations religieuses. Une somme magistrale qui invite à repenser le rôle de l'Église sous l'Occupation.
Le 27juillet 1942, ce cri est lancé par le philosophe et résistant Valentin Feldman aux soldats allemands qui s'apprêtent à le fusiller. Si le mot est devenu célèbre, on en a oublié son inventeur. Né à Saint-Pétersbourg, réfugié en France après la révolution russe, Feldman est un élève brillant, qui décroche la première place de l'épreuve de philosophie au Concours général en 1927. Neuf ans plus tard, il publie le seul essai paru de son vivant, L'Esthétique française contemporaine. Ses proches se nomment alors Claude Lévi-Strauss, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Georges Politzer. Confronté aux enjeux intellectuels et politiques de son temps (antifascisme, soutiens au Front populaire et à l'Espagne républicaine, etc.), le jeune homme s'engage volontairement en 1939 sous l'uniforme français. Stationnant à Rethel, il entame son Journal de guerre, un document irremplaçable sur l'effondrement de mai-juin 1940. Français d'adoption, juif et communiste, Valentin Feldman est de ceux qui s'engagent immédiatement contre l'occupant nazi. Nommé professeur à Dieppe, il lance un journal clandestin, L'Avenir normand. Rattrapé par le statut des juifs de Vichy, il est exclu de l'enseignement à l'été 1941 et bascule dans la clandestinité. Arrêté en février1942 après un sabotage, il est mis à l'isolement, torturé puis condamné à mort par un tribunal militaire allemand. Avec Valentin Feldman disparaît l'un des intellectuels les plus prometteurs de sa génération, dont les prémices de l'oeuvre future, avortée, seront repris par d'autres : "Il n'y a d'héroïsme que dans l'acte qui engage la vie, qui la place d'emblée, et simplement, spontanément même, à la limite de l'être et du néant. [...] Tout le reste est littérature", écrivait-il dans son Journal en août1941.
Omniprésente dans l'imaginaire lié à la France des années noires, la délation contre les juifs n'avait pourtant jamais fait l'objet d'une enquête approfondie. L'ouvrage de Laurent Joly vient combler cette lacune. Omniprésente dans l'imaginaire lié à la France des années noires, la délation contre les juifs n'avait pourtant jamais fait l'objet d'une enquête approfondie. L'ouvrage de Laurent Joly vient combler cette lacune. Croisant approche institutionnelle et études de cas individuels, il examine tour à tour le rôle de la dénonciation dans les pratiques du commissariat général aux Questions juives, de la Gestapo, de la préfecture de Police et du journal Au Pilori. Ayant mis au jour les archives judiciaires concernant les quelque 240 Parisiens jugés, après la guerre, pour dénonciation de juifs sous l'Occupation, Laurent Joly interroge la figure du délateur, décrypte sa mentalité, ses mobiles, ses justifications. À partir de correspondances privées inédites, il fait également revivre le destin de victimes, telle Annette Zelman, dénoncée à la Gestapo par les parents de son fiancé non juif et déportée en juin 1942. Tout un pan de la vie et de la persécution des juifs à Paris est ainsi ressuscité : des contextes sociaux conflictuels, des stratégies de sauvetage anéanties, des vengeances sordides se donnant libre cours jusqu'aux dernières heures de l'Occupation. La délation contre les juifs n'est pas ce phénomène de masse que l'on imagine communément. Instrument de la politique génocidaire des nazis, elle n'en a pas moins provoqué la mort de plusieurs milliers de femmes, hommes et enfants.
Des hommes en imperméables de cuir surgissant d'une cylindrée noire, le supplice de la " baignoire " et autres tortures, la déportation des résistants et de la population juive, les exécutions sommaires de l'année 1944 : la Gestapo. Au-delà de ces images, qui étaient ces hommes qu'on imagine assistés dans leurs basses besognes par des collaborateurs français tel le Lucien Lacombe de Louis Malle ? Des hommes en imperméables de cuir surgissant d'une cylindrée noire, le supplice de la " baignoire " et autres tortures, la déportation des résistants et de la population juive, les exécutions sommaires de l'année 1944 : la Gestapo. Au-delà de ces images, qui étaient ces hommes qu'on imagine assistés dans leurs basses besognes par des collaborateurs français tel le Lucien Lacombe de Louis Malle ? L'ambition de cet ouvrage qui s'appuie sur les recherches d'une jeune génération d'historiens internationaux est d'offrir pour la première fois en France une synthèse sur cet acteur central de la répression et de la Collaboration. Les auteurs questionnent aussi bien le recrutement que le mode de fonctionnement de la police allemande, le rôle de ses auxiliaires nationaux ou encore l'activité des tribunaux militaires d'après-guerre et la stratégie de défense des inculpés jusqu'au procès Eichmann en 1961. S'inscrivant dans une perspective résolument transnationale, ils replacent le cas français dans un cadre européen et s'interrogent sur les points communs comme les divergences d'un espace à l'autre d'une administration qui marqua durablement l'Europe à l'heure allemande.