Philosophie morale
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Pour s'opposer au septicisme de la connaissance des valeurs, nombreux sont les philosophes qui soutiennent, avec John Rawls, qu'une croyance morale est justifiée, dans la mesure où elle appartient à un ensemble cohérent de croyances. Christine Tappolet s'inspire des travaux de Max Scheler et d'Alexius von Meinong pour défendre une conception différente. Elle soutient que la connaissance des valeurs dépend de nos émotions, ces dernières étant conçues comme des perceptions de valeurs.
Aux questions morales traditionnelles - peut-on agir mal tout en jugeant sainement ? la faiblesse de la volonté est-elle possible ? - certains philosophes ont proposé de substituer une question non morale : à quelles conditions un agent rationnel peut-il choisir la ligne d'action dont l'utilité est la plus faible, c'est-à-dire choisir le pire, alors que le meilleur est accessible ? Mais une telle chose est-elle seulement possible ? C'est à cette question élémentaire, dépouillée de tous préjugés moraux, que devrait se réduire, d'après ces philosophes, la discussion si confuse du paradoxe socratique et de l'argument dit de la faiblesse de la volonté. Un peu de psychologie devrait suffire à clarifier ces discussions. Mais l'on aperçoit vite qu'en passant progressivement à la psychologie, on emporte avec soi toutes les difficultés dont on rêvait de se débarrasser. De tous les essais de réduire les questions de philosophie morale il des questions de philosophie de l'esprit ou de l'action, d'abord, de psychologie, ensuite, une petite leçon s'est dégagée que le présent ouvrage tente d'exposer : celui qui veut déterminer les limites psychologiques de la philosophie morale finit souvent par rencontrer les limites morales de la psychologie. Il n'est peut-être pas inutile de le rappeler, au moment où s'exprime de façon très insistante (dans la philosophie analytique en particulier) l'ambition de remettre au goût du jour un projet naturaliste ancien : subordonner la philosophie morale il la philosophie de l'esprit ou de l'action, pour préparer son intégration dans la psychologie
La philosophie de Jean Nabert s'inscrit dans la tradition d'une pensée réflexive, issue de la philosophie kantienne. L'expérience intérieure de la liberté, sa première oeuvre philosophique, est consacrée à étudier la causalité de la conscience et ses formes d'indépendance à l'égard des conditions où elle se réalise. Ce livre, inspiré par la philosophie morale de Kant, montre aussi combien Jean Nabert se démarque du kantisme par son souci du moi concret, par son intention constante de montrer comment ce moi se constitue, s'éclaire et prend possession de ses actes en réfléchissant sur eux. La philosophie de l'intériorité réflexive, dont se réclamait Nabert n'atteint, disait-il, la vérité qui est au sommet de la réflexion, que pour mesurer tout aussitôt l'écart sans cesse renaissant entre cette affirmation première et son efficacité dans le monde. Les essais publiés à la suite de L'expérience intérieure de la liberté, tels La philosophie réflexive et Le divin et Dieu, témoignent des aspects ultérieurs de sa philosophie. Ils révèlent aussi la nature de l'influence que les écrits, si rares et si précieux, de cet auteur ont exercée. OEuvres majeures de la philosophie morale française du XXe siècle, ces textes ont contribué à maintenir vivante la tradition kantienne, et ont formulé les questions auxquelles la réflexion philosophique est aujourd'hui ramenée.
Les questions de bioéthique, particulièrement celles qui ont trait à la valeur de la vie humaine sont, depuis quelque temps déjà, au centre des préoccupations morales des sociétés libérales modernes. Mais les notions d'obligation morale (dans une perspective déontologique ou kantienne) et de bien-être (dans la tradition utilitariste), communément utilisées pour traiter ces questions, se révèlent le plus souvent incapables de fournir une compréhension satisfaisante de ce qui constitue l'intégrité de la personne. L'ouvrage de Bernard Baertschi, La valeur de la vie humaine et l'intégrité de la personne, oppose à ces deux traditions aujourd'hui dominantes une conception de la vie heureuse, d'inspiration aristotélicienne, plus complexe et plus féconde que les notions de devoir, de droit ou de maximisation des préférences. L'examen des dilemmes éthiques que suscitent l'avortement, l'euthanasie, les relations entre médecin et malade, ainsi que la possibilité d'une juste distribution des soins de santé, montre l'intérêt philosophique qu'il y a, dans les questions de bioéthique, à revenir à la conception d'une vie humaine accomplie.
Les auteurs de l'Antiquité grecque, chacun dans sa voie propre, chacun avec sa voix propre, partagent tous une préoccupation qui nous les rend particulièrement proches : comment bien vivre dans un monde de l'immanence où chacun de nous n'a, en dernier ressort, de comptes à rendre qu'à soi-même - et ces comptes à soi, nous le savons bien, sont les plus difficiles et les plus délicats. Paradoxalement, c'est l'éloignement qui rend ces auteurs plus proches, plus audibles, plus directs. C'est leur éloignement qui fait de leurs textes des classiques, des textes qui laissent respirer, penser, rêver, des textes qui n'appartiennent à personne et appartiennent en propre à chacun de nous. Qu'est-ce qu'une bonne vie, qu'est-ce qu'une vie heureuse, qu'est-ce qu'une belle vie ? Pour bien des philosophes grecs, la fin de l'homme est de vivre conformément à la nature. Est-ce qu'une telle injonction a encore un sens aujourd'hui et, si oui, lequel ? Qu'en est-il aujourd'hui de la sagesse, n'est-elle plus qu'un souvenir de notre enfance en Grèce ? Ce sont ces questions classiques et toujours actuelles que cet essai sur la bonne vie cherche à éclairer, en prenant comme point d'appui la parole des Anciens et en la lisant à la lumière de notre contemporanéité.