Poésie 75 Seghers
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Né en 1934, Bernard Vargaftig a publié jusqu'ici deux recueils poétiques. Il y disait, en mots de tous les jours, la vie, la fatigue "quand tout pend / Comme un lainage laissé sur le dos d'une chaise". Le ton, à présent, se fait plus grave et une musique sourde s'insinue dans les veines du poème, dans le triple volet de cette description d'une élégie. Les mots ne bougent pas, mais la vie, entre parole et silence, entre chant et brisure, le poème se déroule de tout son poids. "Moi, j'aime ça, ce langage haché comme la douleur", écrivait Aragon, "une richesse de vocabulaire qui n'a pas pour base le mot rare, mais le renouveau de vocables pareils à ces fleurs, dont les graines longtemps plus ne germèrent parce que des ombrages les en empêchaient et resurgissent de la terre après un incendie de forêt..."
Lorsqu'il a fondé, en 1967, avec Franck Venaille et Daniel Biga la revue Chorus, Pierre Tilman se sentait plus proche des films de Jean-Luc Godard que de la "poésie" considérée comme un genre littéraire. Pour Tilman, la feuille blanche serait plutôt une table de montage. Il ne cède à la musique des mots ou à l'image poétique qu'avec une extrême méfiance. Mais qu'il emploie la citation ou le collage, ce n'est jamais dans l'optique du fourre-tout ; son écriture s'ordonne rigoureusement même si elle semble parfois sur le point de sortir des limites du livre traditionnel. Les écrits réunis ici sous le titre générique d'HÔPITAL SILENCE s'étendent sur une dizaine d'années. Ils vont des poèmes sans espoir de l'adolescence aux textes plus récents qui voudraient surtout dédramatiser et proposer un type d'écriture plus vivante, moins assujettie à la crispation de l'ego.