Poètes des cinq continents
Etonnante Anna Barkova (1901-1976) : jeune poète d'Ivano, dans l'élan révolutionnaire, elle se fait remarquer des plus grands (Brioussov, Blok, Lounatcharski). Dès 1924, commence pour elle une longue vie d'errance avec, pendant près de trente ans, de 1935 à 1965, l'horreur du goulag et l'exil ; elle survit aux pires épreuves grâce à sa rumination des textes littéraires et à l'écriture. Biographie d'une femme, poète et martyre, ce livre présente de nombreux poèmes traduits et tisse une histoire du terrible vingtième siècle russe.
Après son premier recueil Ici (L'Harmattan, 2009), où il cherche le presque rien de la présence, l'auteur redouble son approche en quête d'autres formes de ressourcement, de nuance, d'"herméneutique" existentielle, de traces silencieuses, de l'altérité des désirs, de fruits de corps, de la faculté de l'empathie comme celle de la distance, de l'éternel retour de l'attrait féminin... C'est peut-être cela la part de lumière.
Nucléus en poésie : non pas fatalité d'un innombrable effondrement, mais noyau substantiel de vie, nous engageant dans un combat tel qu'il en fut au cours du temps pour rehausser l'indispensable bonheur d'être, une dignité face au levant.
Les murs sont tombés. Il en est qui reviennent. Les crimes ont vécu. Les armes parlent encore. Eux se souviennent s'être aimés, au-delà des frontières. Belle comme la lune, lui disait-il. Mais la vie est passée en mirages de paix. Ses cheveux ont blanchi des ratés de l'histoire. Le souvenir est là.
L'Abécédaire de la poésie surréaliste est une oeuvre littéraire qui fera parler d'elle car elle est composée avec les titres symboles du surréalisme. Elle emmène le lecteur à travers un voyage d'ombre et de lumière, voyage au coeur de l'âme du surréalisme qui côtoie la personnalité des deux auteurs que tout oppose: Chloë Malbranche, professeur de littérature française au CIEF et Marie Angèle Pretot, professeur de français et d'anglais.
Après Le mal du pays de l'autre (roman-fiction autobiographique) puis L'ivre traversée de clair et d'ombre (recueil poétique), le cahier Au pays de l'indivis aimer est le troisième volet d'une trilogie autour de la rencontre amoureuse. L'auteur y déploie toute la charge de spiritualité qui investit l'échange aimant de deux êtres.
Noeud d'os des souffles, Axis, vertèbre seconde, sacre le langage en l'homme. La "cruelle aux yeux clairs", la parole, y danse avec les gemmes, jouant folie et mort, chutes et envols; Phénix et cendres. Le poète n'a de cesse d'explorer les liens de la langue et du corps dans ce théâtre de la parole que son oeuvre construit. Le verbe s'affirme réalité de vivre au présent de la conscience.
Les poèmes de Bernard Antoun sont un hymne à la vie. Ecrits depuis un lit d'hôpital, cet auteur québécois prolifique chante la "beauté (...) malgré la déchirure". Le rythme lent et méditatif de ses poèmes permet de recevoir une réfléxion neuve, proche de la pensée zen qui nous éveille à nous-même et au monde.
Ce recueil désarçonne d'abord par sa violence extrême, ensuite par son infinie tendresse. Djamal Benmerad, nourri dès l'enfance de culture révolutionnaire, nous indique son passe-temps favori : "De ma plume rouge et franche / j'épile les jours qui nous séparent / de l'ouragan promis / qui lavera la terre / de ses bourreaux." Journaliste d'investigation, il a travaillé dans plusieurs journaux algériens dont Le Matin, Alger Républicain, Le reporter du Sahara, tous dissous par le pouvoir.
Concordance des corps et des lettres relate avant toute chose les variations d'une expérience intérieure (Les douleurs convalescentes/Le bouleversement du monde). Un livre où l'existence du corps et de l'âme retracent le cheminement d'un être à la recherche de l'amour par-delà la mort (Les arbres plus haut que la mort). Interrogeant les territoires de la mémoire, l'auteur utilise les diverses émotions que la langue lui donne (Le choix ailé du poème). Le poème pour vivre autant que pour dire. Une écriture poétique où le corps respire et souffle l'indicible.
Dans De l'autre côté du rêve, la poésie se définit comme arme et conscience, car la poésie en elle-même offre une justification de l'expérience, de la vie. Par le contact constant avec la nature, ses vers sont peuplés de perles, lunes, roses, feuilles et épis, dans une philosophie optimiste de l'existence, s'éloignant du contexte littéraire colombien des dernières années où, dans un langage plus familier, celui de la rue, la ville s'impose.
Longtemps après sa disparition (en 1926), l'oeuvre de Rainer Maria RILKE reste toujours très vivante, parce qu'elle peut parler à chacun. Par-delà les différences de culture et de sensibilité. Si nous cherchons des réponses à nos questions les plus fortes, alors Rilke devient un vrai passeur : celui qui aide à montrer le chemin. Les Elégies de Duino et Les Sonnets à Orphée, qui représentent le centre de gravité de cette oeuvre, nous disent que l'existence est pleinement vécue si l'on accepte la mort, et qu'il faut aimer ce monde pour lequel nous sommes faits, malgré tout. Leçons de vie, ces grands poèmes se situent entre soleil et ombre, là où la lumière ne blesse pas les yeux, mais éclaire le coeur.
Dans ce recueil de poèmes, Vincent Bouton développe, à travers une écriture fluide, son thème essentiel : celui du sens. Sens de la vie, sens des comportements humains et de notre relation à la nature, à l'autre, à Dieu. On pourrait qualifier cette poésie herméneutique de philopoésie comme certains ont qualifié de théopoésie l'oeuvre de Patrice de La Tour du Pin avec lequel l'auteur a entretenu dans son adolescence une relation épistolaire riche et décisive.
A l'instar d'un Jean Moréas, lui aussi versificateur d'une grande habileté, Antonio Carvajal renoue dans ce "florilège" avec la tradition classique des sylves, ces "poèmes-forêts" qui virent le jour sous la plume de Stace. Mais ici la sylve d'Antonio Carvajal est aussi un lieu propitiatoire, un lieu de nature assiégée, où celle-ci est trahie et soumis à la Parole. Voici un des principaux poètes de la génération de 70 qui nous dévoile une poésie à la fois pleine de baroque et à la fois ludique et cultiste du XVIIème siècle espagnol...
Dans la guerre, ou face à elle. Qui peut contempler l'atroce et transmettre ce qu'il ne sait nommer ? Et après, bien au-delà, malgré tout : ce qui vit et advient. C'est à cette réflexion sur notre humanité, rythmée par différentes perspectives, qu'invitent Vivante, Et nous attachés et Où portent les combats.
"Ce matin, nous nous sommes réveillés le coeur dans la main, le ciel sur nos épaules, assis dans le brouillard de la surprise. (...) Cette nuit les armes ont tellement dialogué entre elles que la nudité de notre peur s'est manifestée. Ouenzé accouche petit à petit son inquiétude importée de l'autre côté de Mpila. (...) Des bruits partout. Des bruits qui rappellent le Congo profond dans sa diversité linguistique". Fragment d'une douleur au coeur de Brazzaville apparaît comme une autre face poétique du roman de l'auteur Les Enfants de la guerre, où dansent les mots et les maux de la guerre de juin 1997.
Peu de signes par page, et parfois la page est vide. Je tresse mes mots : des discontinuités et des brièvetés, je fais, ou j'essaie de faire, entrelacs et liens. Ou de quelques poussières, agglomérat : "je ne suis que la poussière du Temps". En faisant se côtoyer Aphrodite et Erzulie, l'auteur haïtien ne revitalmise-t-il pas la première par la seconde, les entraînant l'une l'autre dans un rapport inapaisé avec nous, Haïtiens et Européens?
La Parole est le genre poétique par excellence. Elle se donne comme une diction ésotérique dans des images qui sont des signes. Son déroulement prend la forme d'une quête, qui commence avec la position foetale et la découverte de l'amour, et où l'interrogation d'un monde qui se pose en adversité est toujours présente : le questionnement de l'être et de l'être-femme. Elle s'adresse à l'Ancêtre "mère-mer" et à la prêtresse, dont les réponses sont des formes allégoriques représentées qui parsèment le cheminement dans l'iconographie africaine.
Au centre de ce nouveau recueil poétique et philosophique de Philippe Tancelin, est posée la question de la rencontre ou plus précisément "le devenir rencontre" : lorsque, à la faveur de l'Autre, nous allons... de certitudes... en étonnements... d'attendus... en inattendus... vers la source retrouvée d'une saison d'enfance.
L'oeuvre du poète catalan Màrius Torres (1910-1942) mérite d'être mieux (re)connue en France : il aimait spécialement ce pays et sa culture. Ses poèmes font découvrir un artiste qui apprécie surtout la musique, l'harmonie et la suggestion pour exprimer, d'une manière contenue, ses sentiments et émotions. Il s'interroge sur la beauté, la nuit, la mort et Dieu, la vie d'un homme dans ses traits essentiels... Il aborde ces sujets d'un point de vue universel, en parlant directement au coeur humain de la vie et de la mort, du temps qui passe, de l'amour impossible...
A l'à-pic du cap gris / la mer languit ses laves / les vapeurs les soupirs / que lui tirent ses laves / à l'à-pic du cap gris / la mer veut brasiller / à l'à-pic du cap gris / des humains vont s'aimerS
En réunissant dans ce recueil des textes où il évoque sa Provence natale, Jean-Luc Pouliquen tente de restituer la nature véritable des liens qui nous relient à la terre de notre enfance (...) Pour ce faire, il a exploré son univers immédiat : un rivage du bord de mer, un champ aperçu de sa fenêtre, un chemin parcouru le dimanche à la lisière de la ville... Puis, sur les plateaux de Haute-Provence, il a cherché, solitaire, ce qu'un paysage d'altitude pourrait lui enseigner.
Dans un langage tumultueux et satirique, le poète nous peint ici l'univers de son pays. Le chaos qui le caractèrise dans les années 1998-2001 en est le thème principal ponctué ici et là par la révolte, l'espoir et la liberté. Même prostrée, l'âme du poète conserve une place pour l'amour et le pardon. Le coeur plein de pourriture devient un vase d'où germe l'espoir que les jeunes incarnent en face des leaders séniles noyés dans leurs propres maux. Dans cette brouille, dans les Grands Lacs qui bouillent, Nelson Mandela joue le jeu des sages debout.
A partir du point d'appui constitué dans le temps par l'instant vécu - qui coïncide avec la situation d'énonciation - et dans l'espace par ce qu'il ressent profondément comme une spécificité des Balkans, de tous les Balkans, étendus souvent à toute la Méditerranée, Aleksandar Petrov s'offre, dans l'esprit, des virées dans le passé et dans les contrées lointaines. Il plonge dans le passé du monde qu'il s'approprie, dans son propre passé et celui de sa famille qu'il met en scène et traite comme des événements historiques.
Ce livre comprend la traduction française de 100 quatrains lyriques de Bâbâ Tâher, surnommé Oryân, "nu", poète soufi iranien du 11è siècle. Illustrant la situation de l'homme dans sa recherche de la Réalité, ces quatrains expriment une émotion et une ferveur intense dans l'amour, qui reflète les rayons de la Divinité.
"Un point trigonométrique mais non un point fixe. L'orientation d'un regard, je, tu, il. Dans la fluctuation des perspectives, une constante, un invariant qualitatif...critique expérimental, le regard est aimant. Source objet. Au miroitement séducteur, aux assonances syncopées des images correspondent l'effarement né du choc, le doute délétère de l'esprit."
L'expérimentation de cette écriture ordinaire s'intitulant Les yeux sauvages est le fruit de ma propre expérience parisienne ; pour la plupart des sujets traités dans ce domaine qui est le « Constructivisme ». Cet existentialisme passe en revue soit des moments uniques d'histoire de vie, soit des moments particuliers de tranches de vie pour la plupart des textes écrits. Ces textes-ci datent de 1996 jusqu'à 2003... Les yeux sauvages sont le résultat d'une Révolte contre toutes valeurs conformistes établies, c'est-à-dire, que ces pensées poétiques, philosophiques, anthropologiques donnent comme précepte une littérature Anarchiste individualiste et Libertaire.
Les surfaces recouvrent le vide répandu - le rêve des profondeurs sème la noirceur de l'inconnu autour de gestes simples, anonymes. Les méandres de l'urbanité sont emplis par le grognement de l'animal transfiguré. Et l'apparence demeure parmi les ruines d'une idée incertaine. L'autre semble fuir, il se précipite dans le silence des pièces inhabitées. La séparation des hommes. La déliquescence d'une unité. Des mots.
"La parole véhicule son message prophétique et ontologique à celui qui l'écoute dns le secret d'une nouvelle expérience de peau. Ainsi, l'aventure humaine peut s'ouvrir aux perspectives enchantées d'un autre médium : celui de la poésie, exponentiel, illimité. Dans ce dernier recueil, Nivôse blues, j'ai voulu faire ressortir l'éclat fatal et ambigu du diamant noir, gemme splendide porteuse d'émotions duelles, un hédonisme étrange qui lacère, comme un rayon laser au-dessus de la fosse, des regards aimantés qui persistent à recueillir de la lumière avec leur mémoire." Soisik Libert.
Le récit suit la métamorphose d'Ariouna qui, pas à pas, s'accomplit au gré de ses étranges rencontres : l'oiseau, la vouivre, un singe et enfin l'archer... Ariouna vivifie par un nouveau regard les mythes fondateurs de l'Occident : le roi Salomon, le roi des évangiles, Osiris, Isis ou le Féminin voilé... Mariah Van Djick montre du doigt la métamorphose à accomplir, comme on montre du doigt l'étoile au loin qui s'éveille dans la nuit pour les hommes en chemin.
Il n'y a pas d'immigrés... il n'y a que des bannis, des refugiés, des exilés, des exclus, des errants et même des fugitifs. L'immigration n'est que l'action du voyage, de cet aller simple vers quelque part d'autre. On ne part pas pour revenir. On part et on ne revient que camisolé dans un charter de nuit, ou dans la soute, dans un cercueil, chosifié en tant que bagage parmi les bagages. Ceux qui reviennent sont des touristes, de simples visiteurs. Allions-nous vivre l'exil, allions-nous subir le racisme, si la terre était notre lieu, une sainte patrie sans frontières ?
En donnant à lire au monde ses Petites Offrandes Particulières, l'auteure tente d'exorciser ce qui la terrorise : l'aspect irrévocable de la succession du jour et de la nuit, et ce, sans aucune autre alternative. C'est avec cette peur panique de l'instant perdu qu'ont été écrites ces quelques pages. Une frayeur qu'il faudra dépasser pour aller au-delà des apparences. A picorer comme des haïkus occidentaux, certaines pages respectent une forme bien définie de trois vers succincts, contemplation, émerveillement, adoration ; d'autres écrits arriment le lecteur à la proue du navire vers des compositions plus littéraires.