Présence du judaïsme Poche
Présents en Espagne depuis l'Antiquité, les juifs ont longtemps vécu sans difficultés majeures au coeur des sociétés ibériques. Tolérés sous le pacte d'Omar, ils demeurent avec un statut particulier dans les royaumes chrétiens qui, du VIIIe au XVe siècle, entreprennent et réussissent la reconquête du sol espagnol, participant à presque toutes les activités économiques et culturelles. Au moment des guerres civiles et des tensions économiques des XIVe-XVe siècles, les juifs deviennent alors la cible d'attaques populaires, politiques et religieuses. Elles aboutiront à leur expulsion des royaumes de Castille et d'Aragon, le 31 mars 1492.
La « ville blanche » : tel est le nom par lequel on désignait Tel Aviv dans les années trente. Première ville juive nouvelle depuis la construction de Césarée par Hérode vers - 20 avant l'ère courante, Tel Aviv a d'abord été un simple quartier au nord de Jaffa avant de se bâtir en marge du yishouv juif qui prônait le retour à la terre et le dévelop-pement de villages agricoles. Très vite, elle a concentré des « maisons de rêve » d'une architecture audacieuse, typique du Bauhaus, et des institutions culturelles dignes des grandes cités européennes. Yaacov Shavit retrace le destin passionnant de cette cité singulière, de son émergence à son émancipation. À partir de nombreuses sources inédites, il nous révèle la spécificité d'un lieu qui appartient depuis juin 2004 au patrimoine culturel de l'Unesco.
Les Croisades, qui déferlèrent sur l'Europe et le Proche-Orient à partir de la fin du XIe siècle, épargnèrent rarement les communautés juives qu'elles rencontrèrent sur leur chemin. Exposées sans défense aux attaques incessantes des Croisades populaires et de la population des villes naissantes, elles ne purent pas toujours compter sur le soutien de l'Église et des grands féodaux pour les sauver de la mort ou de la conversion forcée. Les persécutions sanglantes dont elles eurent à souffrir creusèrent encore davantage le fossé qui les séparait, et favorisa l'apparition parmi les Juifs d'une idéologie nouvelle : celle du martyre librement consenti.
Quand Amsterdam se libère du joug espagnol à la fin du XVIe siècle, la ville ne compte aucun juif. Cinquante ans plus tard, elle abrite la plus florissante communauté juive du monde et voit naître Spinoza. Comment des juifs du secret, pratiquant un catholicisme de façade depuis 1492 dans la péninsule Ibérique, ont-ils pu réussir à construire la Jérusalem du Nord, vitrine du judaïsme occidental, et contribuer à l'aventure économique d'Amsterdam ? Cet ouvrage retrace le destin d'une communauté née de la rencontre entre l'éternelle espérance juive et l'exceptionnelle tolérance hollandaise.
Gilbert Dahan, directeur de recherches au CNRS, auteur d'une importante thèse sur les relations entre juifs et chrétiens au Moyen Age, nous présente ici un aspect de ces relations : la polémique théologique ou disputatio, qui fleurit aux XIIe et XIIIe siècles. Celle-ci avait commencé de façon courtoise, voire exemplaire. L'auteur étudie la dégradation des relations au XIIIe siècle et développe les principaux thèmes autour desquels tourne la polémique tant orale qu'écrite. Qu'elle soit étude commune des textes sacrés ou discussion passionnée sur les thèses propres à chacune des deux religions, la "dispute" judéo-chrétienne est constante au Moyen Age et semble se perpétuer d'une certaine façon dans le dialogue judéo-chrétien actuel.
Dans un paysage désertique majestueux, au bord de la mer Morte, se dressent les ruines de Massada. Les fouilles archéologiques ont largement confirmé les descriptions de Flavius Josèphe, le seul historien à rapporter la chute de la forteresse, au terme de la longue révolte des Juifs contre Rome (66-73), et le suicide collectif de ses défenseurs qui préférèrent la mort à l'esclavage. Au-delà de l'Histoire, ce lieu a pris une valeur symbolique.
En cette fin du XXe siècle, treize millions de juifs vivent dans le monde, dispersés sur cinq continents. Ils sont profondément impliqués dans les bouleversements politiques de ce siècle, dans ses mutations sociales, scientifiques et techniques. Après un panorama situant les judaïcités contemporaines, ce livre analyse les identités juives, les relations des juifs avec l'Autre, les échanges entre les diasporas et l'Etat d'Israël.
Poète et philosophe célèbre, né en Espagne à la fin du XIe siècle et mort en terre d'Israël en 1141, Juda Halévi a marqué l'histoire et la culture juives, et plus particulièrement celles des séfarades. Son oeuvre, qui se fait l'écho de ses voyages jusqu'à Jérusalem, des crises de son époque et de ses propres états d'esprit, reflète une ouverture culturelle et littéraire au monde islamique conjuguée à une solide identité juive en lutte pour sa survie en des temps difficiles. Masha Itzhaki, professeur de littérature hébraïque, spécialiste de poésie médiévale, retrace ce parcours singulier et replace l'oeuvre dans la tradition juive dont elle constitue l'un des chapitres remarquables.
Né le 4 août 1895, Albert Cohen aurait eu cent ans cette année. L'auteur de l'une des oeuvres majeures du siècle n'a pas connu l'éclipse que connaissent la plupart des grands écrivains avant de passer pleinement à la postérité et son oeuvre a pris place parmi les classiques. Toutefois, dans l'actualité de notre époque et du destin juif en particulier, la vie et l'oeuvre du créateur de Solal et de Belle du Seigneur prennent un autre visage et des accents nouveaux. C'est eux que son ami Jean Blot s'efforce de découvrir et d'exprimer. Romancier et critique, Jean Blot a consacré de nombreux essais et un livre à Albert Cohen. Sa vision originale révèle l'homme et l'oeuvre dans ce qu'ils ont de plus secret, tout en les replaçant à leur juste place dans la littérature juive et française.
Au XVIe siècle, la Terre sainte au pouvoir des Turcs fut revivifiée par un afflux de juifs expulsés d'Espagne (1492) et du Portugal (1496). Ses villes et ses campagnes se repeuplèrent et bourdonnèrent d'activités nouvelles. Deux tentatives de restauration politique et économique virent le jour, l'une à Safed avec Jacob Bérab, l'autre à Tibériade avec la senora et Joseph Nassi. Sous l'impulsion de ses kabbalistes, Safed exerça bientôt une autorité spirituelle sans partage avec la diffusion en Europe des doctrines d'Isaac Luria Ashkenazi, Ari ha-qadosh.
Figure légendaire du judaïsme hébraïque, don Isaac Abravanel (1437-1508) mit ses talents d'homme politique et de financier au service des rois du Portugal, d'Espagne, de Naples et des doges de Venise, et assuma avec dignité la représentation de sa communauté auprès des souverains espagnols lorsque le destin des juifs d'Espagne bascula. Il fut également un penseur dont les écrits constituent le point d'orgue de la philosophie juive médiévale ; son commentaire de la Bible est devenu un classique. Roland Goetschel, professeur des Universités, directeur du Centre d'études juives de la Sorbonne, retrace la vie et l'oeuvre de cet homme dont la réflexion a nourri le renouveau messianique qui traversa le monde juif aux XVIe et XVIIe siècles.
Du grand naufrage du judaïsme médiéval, français et provençal, anéanti par les expulsions des XlVe et XVe siècles, n'ont surnagé que les communautés juives de deux possessions du Saint-Siège, le Comtat Venaissin et la ville d'Avignon. René Moulinas, professeur à l'université d'Avignon, auteur d'une thèse et de nombreux articles sur le sujet, montre les contreparties de la protection qui leur fut accordée. Par l'obligation de résider dans les "carrières" de quatre villes seulement et de porter un chapeau jaune, par la limitation de leurs activités au commerce des choses usagées, les juifs devaient être maintenus dans une situation d'humiliation marquant la malédiction du "peuple témoin" - situation à laquelle mit fin la Révolution française.
Pour l'étude de l'opinion juive pendant l'Affaire, nous avons privilégié l'analyse de la presse israélite et les sources archivistiques dont certaines inédites, en particulier les sermons du rabbin Weiskopf, la correspondance du colonel Boris, les échanges de lettres des consistoires. Si l'Affaire a eu la force de bouleverser les structures de la société française, elle devait aussi profondément marquer l'opinion juive et modifier la communauté. Nous suivrons ici son évolution depuis un soutien discret à la cause dreyfusarde jusqu'à un engagement massif et aux leçons tirées de l'événement.
Les deux communautés qui font l'objet de l'étude de Nadine Perront, traductrice du chinois, n'ont guère en commun que leur présence en Chine à plusieurs siècles de distance. L'implantation de la première, celle de Kaifeng, date du XIIe siècle. Découverte par des missionnaires jésuites au XVIIe, elle bénéficia d'une totale liberté de culte et de profession, et s'assimila progressivement. La seconde, celle de Shangai, fut constituée par les vagues de réfugiés d'Europe centrale et orientale dans les années 30. Epargnée par les Japonais, malgré les injonctions allemandes, elle s'est dispersée dès la fin de la guerre vers d'autres destinations.
Le yiddish, langue vernaculaire des Juifs ashkénazes, a été parlé depuis les bords du Rhin jusqu'au Birobidjan du Moyen Âge à nos jours. « Jargon » pour les uns, langue révolutionnaire à la fin du XIXe siècle ou facteur de transmission de la tradition juive pour les autres, le yiddish, composé d'hébreu et d'araméen, de langues romanes, slaves et moyen haut allemand, a su devenir une langue littéraire. Les locuteurs du yiddish ont été les plus frappés par la Shoa, mais les descendants entretiennent la flamme de la langue vivante et l'université découvre en lui un phénomène linguistique unique.
Au XVe siècle, au temps du roi René, le comté de Provence, plus tolérant que les terres de France ou du Languedoc, abrite une communauté juive essentiellement urbaine qui participe activement à la vie économique, dans l'artisanat, le négoce, le prêt et la médecine. Mais déjà des menaces planent sur cette communauté séculaire : aux quelques conversions forcées succède bientôt un mouvement de conversions lent et régulier qui s'accélère lors des mesures de bannissement prononcées contre les juifs en 1500-1501.
Qu'est-ce qui a pu pousser un jeune bourgeois juif assimilé de l'empire austro-hongrois, auteur de pièces à succès et collaborateur du plus grand journal de Vienne, à redécouvrir l'aspiration millénaire du retour à Sion et à y consacrer toutes ses énergies jusqu'à mourir d'épuisement ? En se fondant sur le Journal et la correspondance de Théodore Herzl (1860-1904), l'inventeur du sionisme politique, auteur de L'État juif (1896), Alain Boyer retrace son évolution intime, sa quête d'une solution de dignité pour défier l'antisémitisme ambiant et sa lutte pour un rêve utopique qu'il n'eut pas le temps de voir se réaliser. Alain Boyer, ancien élève de l'ENS et de l'ENA, est agrégé d'histoire. Il est l'auteur d'un Que sais-je ? sur les origines du sionisme.