Romanichels
15 novembre 1976, Québec. Étienne Vallières revit, trente ans plus tard, la nuit où un peuple a cru possible l’impossible.
Très vite, dès que Gamin eut acquis la faculté de tenir des pots remplis de liquides sans les renverser, elle l'introduisit à la chimie de la teinture. Ils passaient de longues journées à rôtir des écorces de cornouiller et à sécher l'orseille, puis à les faire macérer dans l'eau de pluie une journée avant de porter celle-ci à ébullition et d'y submerger la laine mordancée. Ariette avait sa manière, avec l'étrange Gamin : auprès d'elle, il apprenait les secrets des plantes, les lettres qui se cachaient dans leurs formes déliées, les couleurs qui pouvaient naître de leurs pétales, de leurs graines et de leur jus. Sa mère muse partie, où trouver sens et raison, sinon au creux de la forêt ?
Beth, jeune femme aussi discrète qu’une belette, se glisse dans l’ombre des vies pour accompagner les naissances.
À Stepford, Grégoire et Murielle croient avoir trouvé le bonheur parfait : une maison, une communauté accueillante, et bientôt un enfant.
Antoine Sabourin, veuf hanté par la mort de sa femme, erre entre alcool et dialogues imaginaires avec elle.
Plongez dans l’effervescence du Mile End des années 1990, où Félix, serveur à L’Uchronie, vit au rythme du jazz, des secrets et de la gentrification.
Entre nostalgie et réalisme magique, La terre maternelle célèbre la voix des femmes qui ont façonné le Québec. Un premier roman vibrant, où l’autofiction rencontre les légendes du Témiscouata et l’amour inconditionnel d’un territoire.
Depuis le temps que je suis obnubilé par l'Île, c'est seulement ici que je réalise que je suis aussi venu me frotter au fleuve. Il faut que je sniffe ses entrailles, que je caresse la vie qu'il abrite et, plus encore, que je sente sa menace, le souffle de sa marée qui, en quelques minutes, pourrait me recouvrir. J'ai une pensée pour Sarah. Que préféreraitelle ? La marée basse, qui laisse sourdre une langue de terre où grouille une vie amphibienne ? Ou la marée haute, l'impression d'une eau égale et lisse, une étendue vaste de secrets bien gardés, dont certains apparaissent, parfois, dans la décharge des vagues ? Sarah, chose certaine, est une marée haute. En embarquant dans la chaloupe qui le ramènera au terrain de jeu de son enfance, Félix est résolu à faire la paix avec son passé disloqué, marqué par un exil abrupt. Il le faut : Sarah attend au retour un homme prêt à devenir père, à accrocher un nouveau maillon à la lignée.
Il y a une semaine, j'ai reçu une enveloppe, poste restante. Une missive m'était adressée: Va me chercher Baby Doll. Juste ça, avec quelques phrases notées sur des morceaux de napperons de restaurant et des serviettes de table. Du Manouche tout craché. Mais Cartouche n'a pas le temps d'hésiter, pas le temps d'en vouloir à sa vieille amie qui la tire de la tranquillité de sa forêt. Elle ira, oui elle ira, fouiller les rues, les ruelles, les bars et les hôtels, avant que la fille de son ancienne compagne de cellule ne prenne définitivement le bord du trottoir et des aiguilles dans la peau. À bord de son pick-up, Cartouche partira sur les routes de Senneterre à Saskatoon à la recherche de Baby Doll. Et gare à ceux qui ne comprendront pas le message envoyé par la tête de corneille accrochée à son rétroviseur.
Face-de-lune aime son père sans condition, même si ce dernier, abandonné par sa maîtresse et ex-danseuse nue, en est resté fêlé du chaudron. Rarement a-t-on vu - en fait, jamais dans notre littérature -, un roman où les relations père-fils atteignent ce niveau de fusion sans sombrer dans l'affrontement ou l'inceste.
À Saint-Nicolas-des-Monts, Frédérick Moreau affirme être mort, mais personne ne le croit vraiment.
«Rodrigo m'emmène sur une colline qui borde la Casa de migrantes et pointe une montagne à moins d'un kilomètre d'où nous nous trouvons. Elle se situe en territoire américain, m'apprend-il. Pourtant, pour lui, l'Amérique ne se trouve pas là. Elle commence 135 kilomètres plus loin, aux environs de Ark Creek, de l'autre côté du checkpoint militaire qu'il devra contourner lors de son périple. Douze jours si tout se passe bien. Douze jours s'il déjoue le dispositif militaire en place. Douze jours s'il réussit à ignorer la soif et la faim. Douze jours s'il évite les blessures. Douze jours pour échapper au sort qu'on lui a réservé.» Dans le Sud de l'Arizona, là où la main humaine a tracé la frontière entre les États-Unis et le Mexique, le désert est employé comme arme contre la migration. Chaque année, plusieurs centaines de personnes perdent la vie en tentant de traverser ce territoire hostile. Faire écho aux voix de ceux et celles que la frontière tente de faire disparaitre, c'est lutter contre l'oubli.
J'ai cherché le Nord comme un saumon, remonté ma mémoire jusqu'à sa source, dans un pays où poussent des fleurs de givre quand le froid contracte des montagnes entières. Je l'ai cherché dans le secret des sous-bois, là où les orignaux se réchauffent sous des couvertures de silence. Là où le printemps venu, les pétales coupants de janvier fondent, coulent et glissent et ne gardent de leur cristal que les tintements dans le rire argentin des ruisseaux. Là où dans l'ombre chassent les loups, se cachent des monstres, hululent les chouettes et ricane le carcajou. J'ai remonté le Nord comme une horloge, traquant des réponses dans des forêts de questions, guidé par des ermites, des héros, et Jack le coureur des bois. Jack qui, lui, le perdait. J'ai voulu remonter son Nord brisé. C'est alors que j'ai compris qui il avait été, et qui j'étais devenu.
De l'avis de Virginie, leur appartement était déjà petit pour quatre. Quatre plus une souris, ça devient franchement intenable. Et puis voilà que les grattements dans les murs s'intensifient. Que la tension monte. Malgré l'arsenal de moyens déployés, il semble impossible de mettre fin à l'indésirable visite. Alors que la cohabitation forcée se prolonge, qui est l'hôte de qui ? « Et si tu nous faisais un dessin ? lui proposa-t-elle. L'idée parut plaire à la petite. Virginie déposa sur la table de la salle à manger une feuille de papier blanc et une trousse de crayons-feutres. Voilà, dit-elle. Dessine-nous, ce que tu as vu. Zoé se hissa sur les genoux et se mit au travail tandis que Paul et Virginie se consultaient dans la cuisine. Tu penses que c'est vrai ? »
Elle m'a tout raconté, physiquement intacte, mais comme brûlée vive de l'intérieur. Le fait qu'elle aurait pu mourir lui semblait secondaire, alors que j'en perdais le souffle. Elle parlait vite, sur un ton étrange, monocorde et froid, avec quelque chose de radical dans le regard. Patricia ne sait plus quoi répondre à sa fille fracassée par l'horreur. La journaliste scientifique n'a plus l'aplomb d'avant, croit de moins en moins aux certitudes sur lesquelles elle a érigé sa vie. En cet âge des accidents, des catastrophes plus ou moins naturelles, les mots pesés et nuancés ont peut-être fait leur temps. Il faudra laisser d'autres essayer à leur tour, y croire un peu. Ce n'est pas une utopie, maman : on va le faire, pour vrai.
Un lac. C'est comme écrire «un homme». Ça ne veut rien dire au fond. Ça ne le peut pas. Un tout petit mot unique pour désigner des mondes imbriqués, vastes, complexes. En surface, les lacs sont comme nous. Paisibles, ils réfléchissent. Tourmentés, ils deviennent obscurs. Leur âme se trouve en profondeur, secrète, silencieuse... Les lacs sont des poupées russes en apnée. Des miroirs d'Alice. Ils sont des bols plus remplis de mystères que d'eau. Et dedans, il y a aussi des poissons. Les récits de ce recueil ont comme dénominateurs communs la plongée sous-marine et le Lac-des-Seize-Îles. Mais la plongée est un prétexte seulement. Il s'agit davantage de rencontres. De la découverte d'êtres étranges dont la différence superficielle se dissout, sous les mètres d'eau ; de lieux où semble régner une magie particulière. Là-dessous, la poésie opère son alchimie, utilisant comme révélateur l'émerveillement, le hasard, l'ordre et le chaos, même la peur, parfois. Et, de la surface, on ne voit pas que les îles sont des montagnes...
Julien, le narrateur, est médecin. Il soigne les malades avec compassion, avec attention, avec amour. À la manière ancienne qui ne se pratique plus dans le Sud où la machine bureaucratique a étouffé toute humanité. Si le bonheur existe, il loge au Nord, se convainc Julien. Tout serait parfait si Marie, sa fille, ne lui manquait pas cruellement. Dans un geste insensé, il décide de partir en motoneige chercher sa fille. L'équipée est de courte durée, l'engin heurtant de plein fouet un mélèze. Le voici seul, égaré dans un silencieux désert de glace, confronté à lui-même et luttant pour sa survie. Voyage initiatique et quête existentielle, Le coureur de froid a été salué par la critique comme un «roman à l'imaginaire grandiose» (Le Libraire), écrit dans «une langue souvent poétique, dépouillée d'artifices, une écriture qui fait penser à celle d'Anne Hébert» (Québec français).
La voisine est partie durant la nuit. Elle a glissé de l'autre côté sans faire de bruit. Julie n'y peut rien, ne peut que nourrir ses mésanges. Mais dans sa gorge enfle une boule dure : le deuil d'un vieil ami, qu'elle n'a pas su accomplir. Comment arriveras-tu à respirer s'il se tait en toi? Pourtant, il doit être possible de réussir cette traversée. Si la poésie lui a offert les mots pour habiller la mort, c'est en s'immergeant dans le réel, en «bénévolant» auprès des pensionnaires d'une maison de soins palliatifs, que Julie ressentira dans ses os une voie possible : faire son deuil, c'est mettre son mort quelque part qui ne soit pas partout. Un kaléidoscope de portraits colorés nous donne à voir ces gens qu'elle côtoie pendant un court laps de temps. Car, à l'évidence, quand on arrive à la maison Le Vitrail, on vit très fort, mais plus très longtemps. On vit des jours marquants, d'une grande richesse. Rien n'est en effet plus précieux que ce qui va cesser.
Mathieu n'est plus lui-même. La culpabilité et la honte le submergent. Il s'isole, des autres et de sa propre tête; alcool, drogues, tout est bon pour endormir ses cauchemars. Il avait vingt ans quand il est parti en mission en Afghanistan. Son enrôlement dans l'armée avait surpris ses proches. On le voyait davantage dans l'humanitaire, avec son côté redresseur de torts. Mais Mathieu a cru qu'il pourrait faire une belle différence en uniforme, avec ses compatriotes. La réalité l'a fait déchanter. Il a été confronté à l'horreur de la guerre, et un souvenir en lambeaux le bouleverse particulièrement. Depuis, s'est amorcée sa lente descente aux enfers. Heureusement il y a Zoé, sa fille de quatre ans, et aussi Casper, son bouvier bernois adoré. Chacun à leur manière, ils le rattachent à la vie. Et puis un jour apparaît Manu, une nouvelle voisine qui cogne à sa porte pour lui demander du sucre. Mathieu, personnage terriblement attachant, vit un drame humain qui n'affecte pas que les militaires : comment continuer à vivre quand on a posé des gestes en contradiction avec notre code moral? La mémoire du sable est un roman sur l'espoir malgré tout, et sur la nécessité de réparer symboliquement nos torts.
Rose quitte précipitamment sa Gaspésie natale avec son enfant. Au coeur de l'été, elle échoue dans un quartier populaire de Montréal. Exilée de sa propre vie, elle entre peu à peu en contact avec les autres femmes de l'immeuble. Perpétue fuit son mari et tout comportement violent; Zeenat pense qu'elle est pourchassée par sa famille; Souad cache les agissements de son fils, car elle a honte; Iulia et Ludmilla sont prisonnières du passé; et Violette, la doyenne de l'immeuble, ne croyait pas retourner un jour au pays qui l'a vue naître. Au fil des événements, des liens se créent. Rose réalise qu'elles possèdent toutes un passé lourd de drames et, malgré tout, l'énergie et le courage de vivre. L'auteure, avec lucidité, tendresse et une approche délicate, nous parle de rédemption et de solidarité. Elle porte dans ce roman un regard sensible sur le « vivre-ensemble », une problématique brûlante d'actualité.
Hivernages est un roman troué ; un hiver qui ne s'est pas terminé, raconté par fragments et dans le désordre. Différents personnages tentent de survivre au froid, à la solitude, à la mort. Deux soeurs qui s'aiment trop, une fillette aux mains crochues, un garçon qui refuse de se couper les cheveux, un vieux qui a oublié son nom, des vieilles qui mangent des beignets dans une ville souterraine, une femme qui n'a jamais connu d'orgasme, tous survivent à la tempête dans un paysage d'aurores boréales. L'écriture de Maude Deschênes-Pradet, déjà remarquée avec son premier roman, La corbeille d'Alice, évoque à merveille l'hiver, le froid, la solitude, la résilience. Si l'histoire est racontée avec une certaine retenue, de la pudeur et beaucoup de délicatesse, il y a aussi, dans Hivernages et ses scènes saisissantes, une véritable puissance d'évocation poétique d'un univers fantastique, post-apocalyptique.
En pleine grève étudiante, Dave et J-P parcourent pendant quelques jours les routes de la Nouvelle-Angleterre. Entre un feu de camp et une promenade dans le centre historique de Boston, les deux amis réalisent comme ils ont changé depuis leurs années de cégep. La blonde de J-P, Caro, est restée à Montréal pour enseigner le français dans une classe de troisième secondaire. Tiraillée entre le confort de sa vie de couple et sa peur « d'être devenue plate », elle profite de ses dix jours de solitude pour réfléchir. Les cigales met en scène les angoisses de la génération Y où chacun peine à assumer sa liberté et vit une remise en question presque constante de ses choix, de ses aspirations, de ses relations amoureuses... Avec ce premier roman divertissant, Antonin Marquis brosse le portrait subtil de trois jeunes qui « se cherchent », avec en toile de fond les questions de société soulevées par le Printemps érable.
Tout débute par une simple rencontre dans le métro de Montréal ; deux êtres se croisent, se fréquentent, s'aiment et s'entredéchirent... Pour subsister, le couple prend la route, direction la côte est américaine : Frackville, Nashville, Myrtle Beach, Richmond, Washington. Arrivés dans la capitale, ils décident d'aller voir le Vietnam Veterans Memorial, un long mur de granit noir sur lequel sont gravés les noms des cinquante-huit mille trois cents G.I. morts au combat. Un nom surgi au hasard - Edward D. Henry - deviendra l'objet d'une quête de vérité dont personne ne sortira réellement indemne. Porté par le talent de Bertrand Gervais, La dernière guerre est un roman sensible, bouleversant, un croisement entre fiction et documentaire qui propose de réconcilier l'emprise du passé, les réalités du présent et l'espoir de l'avenir.
Baie-Saint-Paul, été 1951. Estelle, 14 ans, découvre l’amour, les mensonges et les secrets des adultes en tombant sous le charme de Gloria, une ex-danseuse de Montréal aussi fascinante que mystérieuse.
Xavier Lambert a tout pour être heureux: une compagne, Nadine; un fils adoré, Lucas; un travail qu'il aime, comportementaliste canin; une belle maison et des amis. À trente-quatre ans, il mène une vie paisible et sans nuage jusqu'au jour où il tombe amoureux d'une autre femme, splendide, brillante et procureure. Jusqu'ici, cette histoire serait d'un classique consommé, si ce n'était d'une chose: la nouvelle flamme de Xavier est l'héroïne de la populaire télésérie Instincts. Comment vivra-t-il cet amour insensé? Comment s'approcher d'un personnage de fiction, sinon en épiant la comédienne qui l'incarne: la très charismatique Margot de Brabant? En la suivant à la trace. De tellement près que la belle finit par se dresser sur son chemin. Pour vrai. C'est alors que réalité et fiction finissent par se confondre. Et que le drame commence. Dans cette fantaisie sentimentale, Hugo Léger aborde avec l'humour doux-amer qu'on lui connaît des thèmes lourds de sens: l'engagement amoureux, le jeu des apparences et le pouvoir de la télévision.
Un « dévissage » est un accident de montagne, lorsque le matériel qui soutient l'alpiniste décroche. C'est symboliquement ce qui arrive à Alice quand son père meurt de façon soudaine et prématurée. Professionnelle vivant à Montréal, célibataire, sans enfant, à l'aise financièrement, entourée de bons amis, Alice doit reconsidérer tous les aspects de sa vie, car elle prend conscience que, malgré le confort dans lequel elle évolue, tout ce qu'elle a construit s'avère complètement inutile. Le hasard l'amène à regarder un documentaire sur l'ascension de l'Everest qu'elle trouve passionnant, elle va alors assister à une conférence sur ce sujet et elle en revient troublée, obsédée. Finalement, Alice décide de se lancer dans l'aventure, s'équipe, s'entraîne, dépense toutes ses économies pour s'inscrire dans un groupe, s'organise un congé de plusieurs mois... Dévissage est l'histoire de ce voyage, de ce qu'exige l'ascension de l'Everest pour un être humain, des difficultés de l'expédition, des interactions dans le groupe, des scènes de montagne qui donnent le vertige et coupent le souffle. Mais c'est surtout la façon dont ce voyage transformera Alice. Car à son retour, bien sûr, rien ne pourra reprendre comme avant.
Valérie, atteinte de la fibrose kystique - la «FK» comme elle dit «pour faire plus court» -, est en attente d'une greffe de poumons pour pouvoir, enfin, retrouver son souffle et vivre pleinement sa puberté. Son père, seul face à la détresse de sa fille, prend soin d'elle et tente de lui faire oublier la maladie qui l'accable en lui racontant des histoires, mêlant réalité et fiction. À travers une succession d'événements, provoqués par une galerie de portraits plus grands que nature, le lecteur se trouve entraîné, pour son plus grand plaisir, dans une aventure fantastique dont la fin ne laissera personne indifférent. Tam-Tam est un livre jubilatoire, parfois dérangeant, porté par une écriture aussi sensible qu'éblouissante et une inventivité rafraîchissante qui témoignent d'une grande maîtrise littéraire. On retrouve «l'écriture, l'alchimie du souffle et du cri, la charge affective des phrases» qui, selon Suzanne Giguère du Devoir, distinguent Pierre Gariépy «à une époque où beaucoup s'en tiennent à la gestion prudente de leur pré carré esthétique». Jouissif!
Courtière réputée, Anna, une Québécoise au début de la quarantaine, travaille dans le monde de la finance à New York. Son frère Bertrand, employé d'une ONG en Afrique, a disparu depuis quelques semaines et Anna décide, sur un coup de tête, de partir à sa recherche. Déstabilisée par le caractère chaotique de l'Afrique, elle y séjourne pourtant le temps de mener sa propre enquête et découvrir où se trouve son frère. Elle rencontre des gens qui l'ont connu, notamment le patron de l'ONG où il travaillait. Mais ces personnes semblent peu disposées à l'aider, comme si un malaise régnait autour de la disparition de Bertrand. Les recherches d'Anna vont débloquer quand elle croisera Liane Dorée, une prostituée à la beauté envoûtante. Celle-ci permettra à Anna de découvrir le journal de Bertrand et d'avoir accès à des pans de la vie de son frère qu'elle ignorait, en plus d'obtenir des indications sur l'endroit où il est parti. Les pièces du puzzle se mettront alors en place. Au bout du voyage, Anna saura enfin ce qui est arrivé à Bertrand, mais elle n'en sortira pas indemne.
Organisées en triptyque, trois novellas se répondent pour illustrer et décrypter ce qui fait l'essence d'un univers d'enfant. Une chasse-galerie inversée, vue depuis un party de Noël, une enfant immobilisée dans la forêt de son silence, une petite fille malhabile comme un cygne parmi des canards, trois histoires d'enfance, mais racontées par l'adulte qu'ils sont devenus. Caroline Paquette a voulu rendre à l'enfant qu'elle a été la capacité de dire ce qu'elle a vu, raconter le monde à sa hauteur, et montrer aux adultes la force d'impression que la réalité peut avoir sur nous quand on est tout petit - ce qu'ils ont, pour la plupart, oublié.
Au cours d'un colloque qui se tient à Tunis, Anne Martin fait la rencontre d'Alessandro Moretti, un archéologue. Un amour s'ébauche qui sera contrarié par la distance: lui vit à Rome, elle à Montréal. Un roman sur les difficiles amours à distance.
Des personnages guidés par le hasard et le désir se croisent de façon fugitive ou durable. Quels que soient leur âge et le lieu où ils se trouvent, les passions se dévoilent dans des situations inattendues qui mettent à nu les âmes et les corps. La quête insatiable de l'amour à travers les pièges de l'imprévu, de la réminiscence, de l'illusion, se déroule dans une atmosphère où planent le mystère, la volupté. On oubliera difficilement ces destins, parfois farfelus, marqués par le drame. Et souvent par le rire ou la dérision. Dans ce recueil de nouvelles, Madeleine Ouellette- Michalska propose une réflexion acérée sur la fragilité du désir, la transgression de la passion et l'audace d'être soi.
Émilie a toujours été différente, mais sa différence a changé. Il y a eu l'accident, et elle s'est transformée en quelque chose qui ne s'explique pas, qui ne se tolère pas. Et puis, elle ne semble plus avoir besoin de sa grande soeur, Julie, qui était pourtant la seule à pouvoir accéder à son monde troublé par l'autisme. Julie, dès lors, ne sait plus quoi faire pour aider Émilie, elle ne la reconnaît pas. Elle va donc tout tenter pour comprendre, pour réparer, pour «trouver une solution», pour aider ce que sa soeur est devenue. Elle ira jusqu'à prendre des décisions impossibles, poser des gestes insensés, pour retrouver sa petite soeur d'avant. L'amour à mort. On a tous entendu parler de l'amour fusionnel qui peut devenir malsain, et on en a ici un exemple fabuleusement romancé. Cette transposition du réel, de la vie de tous les jours, dans l'horreur psychologique et le suspense crée un mélange complètement explosif. Ça nous emmène très loin; c'est une façon de transcender les peurs et les sentiments que peut-être, autrement, on ne voudrait pas voir, et Claudine Dumont fait ça avec brio. Sans parler de sa plume, de son sens du rythme. On entre dans le roman et on est happés. Alors, attachez votre tuque! car on est partis pour une méchante grosse ride, comme on dit en chinois. Éric Tessier