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Les néons, le formica, et les huit heures derrière une machine, ça ne peut pas remplacer la terre quand on y est né, comme les arrière-grands-parents de ses grands-parents, et que l'on parle de sabots. En mariant la Jeanne, l'Arsène n'imaginait pas qu'il lui faudrait choisir entre la ville, ses rues animées, son travail à la chaîne, et la campagne, ses odeurs de terreau, la chasse dans le bocage, et les pulsions animales. Transplanté, l'Arsène se meurt du pays : c'est la ville ou la vie. Tobie, la sourde-muette, qui respire l'âme des champs et des bois, lui restitue avec sa terre un coeur réconcilié.
Pour chaque enfant, un carnet. Noir. Et, dans chaque carnet, la liste des dépenses consenties, de la première goutte de lait à la confection du costume de noce. C'est le grand oeuvre de Justine Mauduit, veuve Périvier, enracinée dans son terroir aux confins de la Touraine, du Berry et du Poitou, qui a donné « huit-z'enfants à mon pauvre malheureux et à la France... ». Ainsi pourra-t-elle récupérer avec âpreté le moindre centime de chacun des siens. Huit enfants. Huit carnets. Huit destins tragiques marqués du sceau sordide de l'argent, celui qu'on a, celui dont on manque, celui qu'on grapille, et qui transforme l'amour en esclavage.
Frosine a du sang bohémien dans les veines et dans le coeur, celui de sa mère. Jean Charrette, son père, a du bien en Languedoc. Entre l'un et l'autre, Frosine sera toujours déchirée : la route l'appelle et les feux du soir d'où monte la mélancolie des chants tziganes ; la maison la retient où l'on est à l'abri des tourments.
« J'ai quitté mes champs sans réfléchir et j'ai été m'inscrire sur la liste des pénitents. Je voulais revêtir la robe de bure, participer à l'expiation, la croix sur l'épaule, pour rompre mes troubles par la violence des gestes de pénitence. Parmi les centaines de robes, j'ai choisi la plus longue ; ma croix la plus lourde. Je me suis vêtu, j'ai abaissé la cagoule, je disparaissais dans le néant dont je voulais repartir. La procession s'ébranla. Le glas se mit à tinter sur la ville. L'arête de la croix me meurtrissait l'épaule, j'avais un pied écorché. Soudain, au passage des Vieux Remparts, je vis Bernardine sur le pas de sa porte... ». « La Flandre est un songe », disait l'ami Ghelderode. Le songe, ici, est celui du Grand Barnabé, déchiré entre deux femmes. Songe d'amour, de mort, d'au-delà.
Magloire Heurtevent est un « sans famille » depuis la mort de sa femme. Magloire n'est pas un « sans terre », mais sa terre est veuve depuis le temps qu'elle n'est plus travaillée. Magloire vieillit doucement entre cheval et chien. Peu d'argent, beaucoup de misères, mais avec toute sa tête, et bien à lui. Cela lui permet de voir et de comprendre la convoitise de ses voisins, paysans rudes et travailleurs : ils veulent sa terre, chacun espérant bien qu'elle n'ira pas à l'autre. Et Magloire, avant de mourir, va leur jouer un tour à sa façon, un tour de Normand bien sûr, mêlant rouerie et générosité. « Admirable chronique de notre temps, écrite de la plume la plus sûre et émaillée de trouvailles et de hardiesses techniques qui sont la marque d'un écrivain véritable » (préface de Gilles Perrault).
Fille d'un paysan riche, Elsa Mann consacre sa vie à satisfaire sa soif de puissance et de domination. À ce titre, elle gouverne sa maison, domine son mari et décide, seule, du destin que la vie devra donner à ses enfants. Elle rêve ainsi d'aller tête haute et entourée des siens, forçant le respect et l'envie de ses concitoyens. Rien pourtant n'ira dans le sens qu'elle souhaite et quand elle meurt, la réalité est habillée des lambeaux de ses rêves. Le roman dit tout de la vie de la terre alsacienne. Il restitue les moeurs, les coutumes, la vie d'une famille et d'un village d'entre les deux guerres. Alsacienne de tête et de coeur, Christiane Roederer adhère de toutes ses fibres à cette terre qu'elle aime et qu'elle nous fait vivre pleinement à travers personnages, situations, paysages.
Bénédicte fête ses cent ans. À cette occasion, elle déroule l'écheveau de sa vie. Que d'événements, de visages, de couleurs, d'odeurs, en cent années. Cent années pleines d'une vie qui déborde et dont le flot envahissant charrie à pleines brassées les rires, les larmes, le travail, la fête, l'amour, la rage ! L'aînée des Lochrist, c'est Bénédicte, vit tout passionnément, de coeur et de corps. Ce n'est pas Léon, l'amant trouvé, perdu, retrouvé, père de 9 enfants semés au gré des désirs, qui pourra dire le contraire. Un Léon infidèle de corps mais tellement fidèle de coeur, que Bénédicte ne l'oubliera jamais totalement, même dans la mort.