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Il y a d'abord Arnaud ; puis Claude. Ou peut-être l'inverse. Deux hommes que tout sépare, sauf leur commune date de naissance. Arnaud devient Claude, Claude devient Arnaud. Ce premier roman de Claire Moracchini explore une veine fantastique, sans pour autant abuser des effets spéciaux : l'auteur a su se laisser guider par ses personnages, dont Substitution ne raconte rien d'autre que la quête d'eux-mêmes. Subtil questionnement sur l'énigme du double, réflexion à propos de l'identité, de l'altérité et de la barrière ténue qui les sépare, ce texte est aussi et avant tout un très agréable divertissement.
Du fin fond de la France profonde aux ghettos noirs d'Amérique, ces cinq nouvelles de Sylvie Weil nous parlent de destinées féminines affrontées à la guerre, à l'amour ou à... l'ennui. Comment échapper au carcan du conformisme, à la bienveillance étouffante ou à l'indifférence non moins nuisible des parents, du village, de la ville anonyme ? Chacun(e) se reconnaîtra dans l'une ou l'autre de ces histoires minuscules dont l'accumulation, au bout du compte (et des contes), produit l'Histoire majuscule. Et, ce qui ne gâte rien, ces manières de biographies miniatures sont servies par une plume superbe, aussi élégante que précise.
Atteinte d'un cancer des ovaires, Anne Matalon a dû se battre, et pas seulement pour sauver son corps : si c'est de la chimiothérapie qu'il s'agit ici, c'est que celle-ci attaque les mots autant que les cellules. Ce que raconte ce livre, c'est l'histoire d'un combat total, sans merci, à la vie à la mort. Le miracle vient de ce que l'auteur réussit à nous émouvoir profondément sans jamais larmoyer sur son sort, bien au contraire : on sourit souvent en lisant « Chimiofolies », et aussi la fiction qui suit ce témoignage : La route de Saint Antoine. À qui s'interroge sur la fonction de la littérature, Anne Matalon propose cette hypothèse : raconter, n'est-ce pas la continuation de la lutte par d'autres moyens ? L'application qu'elle en a tirée en écrivant ce livre vaut le détour. À lire et à relire, car il y a là de quoi penser d'urgence !
Jean est noir. Du moins, c'est ce que lui enseigne le regard des autres. Mais Jean, lui, sait bien qu'il n'est pas noir, ou alors ce ne peut être qu'un énorme malentendu, une erreur génétique. Jean monologue, il ressasse ses souvenirs, interrompu de temps en temps par Georges, le psychiatre, et par un épouvantable cauchemar qui lui ferait prendre les jambes à son cou si des sangles ne le maintenaient attaché sur son lit. Pourquoi suis-je noir ? Les ravages de la mystification raciale dans l'inconscient où, pour la tranquillité de l'esprit, tous les chats devraient toujours rester gris.