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Il y a un texte de François, où on peut lire : "C'est dans la mort, qu'il est venu au monde". Je me garderai bien de prendre cette phrase à la lettre, dans son cas. Car tout ce qu'il avait écrit - et parfois publié - sa manière d'être, de vivre, d'aimer, sa culture, sa présence, sa souffrance, tout témoignait qu'il était depuis longtemps « au monde ». Ce n'était pourtant que depuis vingt-sept ans ! Que François Valentin soit mort de la même façon que Nerval, qui était un de ses poètes de référence, n'est sans doute pas un hasard. C'est très précisément un signe. Le signe d'une insistante et redoutable intervention du rêve et du soleil noir dans nos vies... Tout me disait qu'il y avait en lui une douleur... Il lui donnait la main, comme Baudelaire à la sienne, et l'apprivoisait, animal familier... Cette douleur, elle a certainement reçu, dans sa vie, le nom tout simple de l'amour. Mais ni l'amour, ni l'écriture, ne vont sans détresse... Et il a laissé cette ligne manuscrite, d'une encre pâle, un peu tremblée : "Je suis né dans la nuit, je suis mort à l'aube". À l'aube, oui, de sa vie d'écrivain. De poète.
Poèmes calmes, poèmes simples aussi, et il ne faudrait surtout pas recouvrir d'un commentaire ces textes brefs, qui demandent à être accueillis sans a priori, sans intermédiaire, dans leur (apparente) immédiateté. Simples, mais pas simplistes. D'une grande fraîcheur, d'un parfum souvent subtil, jamais faussement naïfs ou innocents. Il faut un lent dépouillement, un patient décalage de la parole pour la libérer de ce qu'il y a d'appris dans le langage, à travers une expérience concrète, sensible, pour se retrouver en quelque sorte « comme un enfant », devant ses émotions, ses émerveillements, ses peines et qu'affleurent les quelques mots qui leur laissent libre cours jusqu'à nous, calmement.
Cette série de textes poétiques se présente comme une suite de variations sur deux thèmes : l'archipel et l'une des îles, d'une part ; les femmes et l'une des femmes de l'île, d'autre part. Il n'y a, à proprement parler, ni commencement ni fin, car il ne saurait être question d'épuiser l'objet. Il faut la répétition apparente, la levée du « plusieurs » dans le ressassement de l'un. Tourner sans cesse autour. Découvrir que le même n'est pas le même. Qu'il n'y a pas d'identité. Plus les évocations se multiplient, plus l'objet s'approfondit, plus s'étoile sa richesse. Alors naît la douleur. La série est le travail de la douleur. La réalité à laquelle l'auteur revient sans cesse, dans la mesure où elle lui livre le changement dans l'immuable, lui signifie sa fuite, son inaccessibilité. Elle ne s'approche que pour sentir le recul. Tension désespérée... Mais, en même temps, quelque chose comme la confiance magique accordée à la litanie par certaines pensées religieuses.
Une vie comme une journée, la plus haute lumière (midi) ou la ténèbre la plus profonde (minuit) la partage. Notre propre mort alors nous regarde. Voici le portrait d'un prêtre, qui aurait voulu être poète comme Claudel a désiré être prêtre. Or, sa fin fut celle d'un personnage de Bernanos. Il enseignait au collège-abbaye de Saint-Maurice en Valais, dont Cingria - un ancien - relève « le pli moral » et ce « sacerdoce de roc et d'eau, de source et de sang ». Eh bien ! porté par la sainteté, nous présentons le jaillissement d'un enseignement qui séduisit plusieurs générations de jeunes gens, donna de l'élan à une écriture, « l'École de Saint-Maurice » s'exclama un jour Ramuz - comptez Borgeaud, Humeau, Cuttat, Chappaz - et qui voisine avec d'autres grands jeux. Une nouvelle volée d'hommes de plume et de parole en sort. À sa cime et à sa rupture, une âme, celle du moine Norbert Viatte, vous fera signe.
Denise Esteban est le peintre de la présence furtive, dont le dévoilement soudain au contour du réel ne se commande pas, peut tout au plus se reconnaître après coup, dans sa belle anticipation toujours advenue déjà. De cette faveur, accordée après une attente parfois longue, on ne peut guère que préparer les voies, dans la patience. D'où ces lents cheminements... qui s'inscrivent dans la texture même de la toile ou du pastel, la déterminent, sont cette texture achevée que l'on contemple...
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.