Ausonius Éditions
Nous nous sommes peu à peu habitués à cantonner la mort dans un cadre familial qui permet aux parents des défunts de partager leur chagrin et de vivre ensemble leur peine en retrait du monde extérieur, en la seule présence des amis les plus proches. Ces enterrements faits de discrétion et de respect n'ont guère de points communs avec les trépas et les obsèques décrits dans le présent ouvrage où se conjuguent les apports de l'archéologie, de l'histoire, de l'histoire de l'art et de la littérature convoquées au chevet de grands personnages décédés dans leurs demeures châtelaines, à quelques exceptions près laissées à la découverte des lectrices et des lecteurs... Ces défunts hors du commun forment, à travers siècles, un cortège solennel où défilent, tour à tour, les Caumont, Michel de Montaigne, les Ornano, la princesse nasride Fatima, Anne de Bretagne, le duc de Guise, Catherine de Médicis, Marie Thérèse d'Autriche, Louis XIV, le maréchal de Saxe, Charles III de Monaco et de grands nobles des Pays Tchèques. Sans oublier, en Périgord, l'accueil chaleureux des propriétaires du château de Montréal dont la belle chapelle funéraire fut l'occasion d'une visite qui a mis en valeur la renommée des châtelains et leur souhait de recueillement familial. Une façon de réconcilier les rites funéraires d'antan et ceux d'aujourd'hui.
Les historiens de l'Antiquité considèrent que le sacrifice sanglant suivi de la consommation des viandes lors du banquet est un acte fondamental et fédérateur de la vie civique grecque. Dans ce contexte, quelle peut-être la place de celui qui refuse la consommation de la nourriture carnée ? Est-il nécessairement en marge de la cité comme l'affirme l'historiographie ? Sans renier les apports précieux de cette approche, cet ouvrage la nuance en étudiant les sources littéraires antiques allant du vie s. a.C. au ve s. p.C. De la croyance en la métempsychose au débat sur la piété, en passant par l'ascèse et la question de la définition de l'animal, le végétarisme se structure autour d'arguments variés qui trouvent parfois une résonance dans la pratique contemporaine. Pour autant, ce livre ne vise pas à faire une histoire du végétarisme, mais bien à cerner la place des citoyens refusant la nourriture carnée, en même temps qu'il revient sur le contexte de consommation des viandes et des poissons. Dans une approche pluridisciplinaire, cette étude historique s'appuie d'une part sur l'archéologie qui atteste d'une consommation des produits carnés en dehors du contexte sacrificiel, d'autre part sur la sociologie de l'alimentation, laquelle définit le mangeur comme un individu pluriel qui actualise ses comportements selon les contextes sociaux. Ainsi, s'abstenir de viande est-ce réellement s'exclure de la vie civique ?
La documentation épigraphique en Occident a fourni des textes rédigés en grec, qu'ils proviennent d'aires géographiques profondément hellénisées (Italie du Sud, Sicile) ou de zones en contact avec des hellénophones : non seulement la ville de Rome, capitale d'empire, a produit un lot impressionnant d'inscriptions grecques, mais on en trouve aussi dans le reste de l'Italie centrale et septentrionale, en Afrique du Nord, dans les Espagnes et les Gaules jusqu'en Rhétie. Les contributeurs de ces actes de la XXIIe Rencontre franco-italienne sur l'épigraphie du monde romain se sont attachés à contextualiser ces textes à l'échelle d'une province ou d'une cité, tout en soulignant d'une part leur spécificité propre ainsi que les conditions locales d'émergence d'une épigraphie grecque en terre latine. En arrière-plan, le grec apparaît comme un indice de la présence de personnes venues des provinces hellénophones tout comme un marqueur social et culturel. C'est ainsi que par le biais de ces différentes lectures, le grec épigraphique en Occident peut être abordé à la fois comme une strate particulière au milieu des autres langues attestées épigraphiquement dans un monde majoritairement latinophone et comme une langue impériale, partagée par des élites gouvernantes imprégnées par la culture gréco-latine. Ces documents épigraphiques, souvent rares et fragmentaires, révèlent ainsi tout un pan des échanges économiques, culturels, religieux, politiques entre Orient et Occident.
La monnaie de bronze antique était déjà une monnaie fiduciaire. Elle est née dans le monde colonial vers le milieu du ve s. a.C., puis s'est peu à peu diffusée dans l'ensemble du monde grec et prit une importance croissante dans les échanges aux côtés de la monnaie en métaux précieux. Ses débuts paraissent liés au moins en partie à des transferts culturels avec des populations non grecques et sont à mettre en relation avec les échanges commerciaux et les besoins liés surtout aux guerres. Ils présupposent une évolution des conceptions de la monnaie jusque-là exclusivement en métaux précieux. En outre, des cités réputées pour leur maîtrise dans le travail du bronze, ont été parmi les premières à frapper des monnaies de bronze, ce qui invite à examiner aussi ce matériel comme un produit de la métallurgie, par le biais notamment des analyses élémentaires.
Cet ouvrage est le fruit d'un colloque international organisé à Lyon (ENS de Lyon, U. Lumière Lyon 2 et Jean Moulin Lyon 3) les 5, 6 et 7 septembre 2018, dans le cadre d'un programme de recherche développé par les éditrices depuis 2015 à l'ENS de Lyon (projet collectif HospitAm, Hospitalités dans l'Antiquité méditerranéenne). Il propose, en vingt contributions, un regard global sur une pratique culturelle partagée par les différentes civilisations du bassin méditerranéen antique : l'hospitalité.L'hospitalité se définit comme un accueil non stipendié, incluant le gîte et le couvert et survenant souvent en contexte de mobilité. Mais bien plus qu'un recours pour le voyageur en quête d'hébergement, l'hospitalité constitue dans l'Antiquité méditerranéenne une relation sociale à part entière, encadrant les rapports avec l'"autre", que les sociétés anciennes associent communément à la figure de l'étranger. C'est donc le rôle fondamental de l'hospitalité dans l'"épreuve d'altérité" provoquée par la "sédentarité temporairement ou durablement quittée" (A. Gotman) que ce livre entend analyser, de la Mésopotamie du deuxième millénaire a.C. à l'Italie de l'Antiquité tardive.Dans ce but, cet ouvrage propose d'étudier l'hospitalité par le prisme du concept de régulation. Empruntée aux sciences sociales, la régulation invite à penser cette forme d'accueil en tant que mécanisme permettant aux sociétés du bassin méditerranéen antique de gérer l'intégration, la mise à distance ou le rejet d'un individu ou d'un groupe allogène, pour rétablir l'équilibre que son arrivée avait contribué à troubler. Quatre axes d'étude parcourent notre enquête : l'analyse des lois, codes et règles de l'hospitalité antique ; la manière dont ces dispositifs sont mis en pratique par les acteurs, accueillis comme accueillants ; les tentatives de négociation et de contournement dont ils ont pu faire l'objet ; enfin, la régulation de et par l'hospitalité dans sa matérialité. Des ouvertures comparatistes permettent de prolonger pour d'autres contextes civilisationnels l'étude de cette fonction de régulation de l'altérité, qui semble pouvoir être considérée comme un invariant de l'hospitalité humaine.
De Plaute à Érasme, voici la première synthèse complète sur les jeux de mots, de lettres et de sons qui ont façonné la littérature latine.
L'apparition des moulins dans le paysage s'est faite très tôt avec, sous l'Ancien Régime, une période d'activité dense et riche où le meunier a un rôle social très en vue dans le monde rural. À partir du xviiie siècle, les progrès techniques améliorent la productivité des moulins. Puis sous l'impulsion de la Révolution industrielle, l'introduction de la vapeur et/ou des turbines permet de moins dépendre du régime saisonnier des rivières. Le coeur des moulins : Archives départementales de la Gironde est issu d'une exposition présentée par les Archives départementales de la Gironde de novembre 2015 à mars 2016. Les contributions d'universitaires et d'érudits invitent à pénétrer au coeur d'une économie rurale et de réseaux de sociabilité développés autour de la mouture des céréales, de la vente des farines et des autres productions des moulins.
Les travaux sur la circulation des personnes ont souvent privilégié l'immigration ; les études réunies dans ce volume concernent son avers, l'émigration, ainsi que l'itinérance qui constitue le mode de vie de populations entières. Il s'agit plus précisément, en suivant le mouvement des hommes, d'examiner les procédures mises en place pour l'encadrer et les logiques qui les sous-tendent, et d'en explorer les représentations dans les sociétés du passé. L'émigration et l'itinérance sont des laboratoires exceptionnels pour analyser les modes de gestion des flux migratoires, parce qu'elles semblent mettre en question les structures sociales et les institutions, construites du point de vue des populations stables. Cet ouvrage montre les complémentarités bien réelles de la sédentarité et du mouvement et invite à réfléchir sur les conditions de possibilité de la liberté de circuler.
Au cours de l'époque hellénistique, la plupart des cités grecques adoptèrent des principes et des idéaux démocratiques communs : une citoyenneté unique marquée par l'égalité entre tous, la possibilité pour chacun d'accéder au processus de décision, à la justice et aux charges civiques, la protection de la souveraineté populaire, le maintien de l'harmonie civique, ainsi que la dévotion de l'individu à la communauté. Ces principes conduisirent les cités à choisir une forme de gouvernement collectif qui prit partout la forme d'une démocratie délibérative directe.Si l'existence de tels régimes ne fait plus guère débat, il n'en est pas de même de l'étendue réelle de ces démocraties. Cet ouvrage propose une approche spatiale de ce problème historique et pose notamment la question de l'influence de la mise en oeuvre d'un régime démocratique sur la morphologie urbaine d'une cité. Étudier ce sujet impliquait de décloisonner les ensembles documentaires. En choisissant l'Asie Mineure comme terrain d'enquête, ce travail a pu se fonder sur une documentation épigraphique et archéologique fortement renouvelée au cours des dernières décennies. Par ailleurs, les régions étudiées, l'Ionie, la Carie et les îles adjacentes offrent une diversité représentative des différents types de cités de l'époque hellénistique.À partir d'une analyse de la fabrique des décisions collectives et populaires, rattachée à la question des lieux de décision et des espaces politiques de la cité, cet ouvrage offre une réflexion sur ce qu'était une décision démocratique et sur sa place dans l'idéologie politique de l'époque hellénistique, en particulier sa mise en scène et sa monumentalisation dans l'espace urbain. Puisque l'expérience démocratique des Grecs d'Asie Mineure ne fut pas plus figée qu'uniformisée, une attention toute particulière est portée aux variations locales, de même qu'aux mutations survenues entre le ive et le ier s. a.C.
L'organisation des marchés dans l'Antiquité et la nature de leurs équipements constituent assurément des thématiques essentielles à la compréhension du fonctionnement des économies anciennes. L'analyse économique des marchés antiques s'enrichit ici d'éléments archéologiques souvent inédits, dans un champ chronologique et géographique qui englobe la plupart des sites de Méditerranée orientale qui ont livré des informations nouvelles sur la question. La mise en évidence, à travers plusieurs études de cas, des étapes du développement des agoras marchandes, jusqu'à l'édification des macella, s'accompagne de l'étude des fonctions commerciales de plusieurs types de bâtiments, qui permet en même temps de préciser l'organisation concrète des ventes. Les actes de ce colloque, organisé à l'École française d'Athènes en 2009 en partenariat avec le GDRI du CNRS " Les marchés dans le monde antique" et la Société archéologique grecque d'Athènes, visent à rendre à l'étude archéologique et historique des espaces et bâtiments commerciaux la place qu'elle mérite dans l'analyse des économies antiques, tout en offrant un tableau concret de la diversité des pratiques de marché dans l'Antiquité.
Cet ouvrage, appuyé sur un catalogue prosopographique de 262 individus établi à partir de l'intégralité des sources disponibles, retrace l'histoire des protectores diuini lateris Augusti du début du iiie siècle à la fin du vie siècle. Même s'ils comptèrent parmi leurs membres des personnages célèbres comme l'historien Ammien Marcellin, ou les empereurs Constance Chlore, Constantin Ier, Jovien et Valens, le rôle et la nature de ces officiers, à mi-chemin entre soldats du rang et commandement supérieur, ont souvent été mal compris. En plaçant au centre de l'analyse la relation privilégiée entre ces soldats et les empereurs, ce travail propose de renouveler le regard porté sur un maillon essentiel de l'armée romaine tardive. Menée selon une approche à la fois chronologique et thématique, l'étude analyse les modalités d'apparition et d'évolution des protectores Augusti dans le courant du iiie siècle, participant des adaptations du commandement de l'armée autant que de la recomposition de la société politique romaine au profit des militaires. Clarifiant la position institutionnelle des protectores dans l'Empire du ive siècle à travers un rigoureux travail de définition, elle offre également une synthèse à jour sur les perspectives de carrière, les rythmes et les mécanismes de promotion, et la diversité des expériences de ces soldats. Enfin, le dossier ouvre une fenêtre privilégiée sur l'histoire sociale et culturelle de l'armée romaine tardive, et permet d'aborder dans le détail des questions complexes et parfois négligées, comme la distinction entre protectores et protectores domestici, l'histoire des comites domesticorum, ou les évolutions divergentes des protectores en Orient et Occident aux ve et vie siècles.
Les mutations majeures qui affectèrent l'empire romain du ive siècle sont au coeur des questionnements sur l'Antiquité tardive. En premier lieu, le passage du christianisme d'un statut de secte persécutée à celui de religion d'État, mais également la domination d'une armée de plus en plus barbarisée, contrôlant les empereurs bien plus qu'elle ne les sert. On peut aussi évoquer le développement d'une administration bureaucratique étouffante. Le souverain lui-même cesse d'être le Princeps, c'est-à-dire "Premier" des magistrats, pour devenir l'émanation de la sphère divine, censée procurer au monde romain des victoires perpétuelles. L'époque est aussi marquée par la pression croissante sur Rome des peuples barbares en mouvement et la confrontation récurrente avec le rival oriental : l'empire perse des Sassanides.Or, les monnaies nous parlent de tout cela. L'iconographie monétaire, élaborée avec soin par l'administration, a en charge de diffuser un discours idéologique qui légitime le pouvoir des souverains et de l'État. Ces images, souvent massivement reproduites, sont contemporaines des bouleversements qu'elles commentent. Elles constituent une source historique authentique et majeure, quoi que sous-exploitée, pour la compréhension des enjeux du Bas-Empire. Les études rassemblées dans cet ouvrage éclairent quelques-uns des aspects les plus saillants de l'imagerie numismatique entre l'avènement de Constantin (306) et la mort de Théodose (395). Elles révèlent en particulier la dynamique de deux symboles concurrrents, parfois complémentaires mais souvent incompatibles : le Phénix, fabuleux volatile solaire aux rennaissances multiples et le Chrisme, d'abord lumineux gage de victoire apparu à Constantin, puis emblème dynastique et signe chrétien. Défrichant des voies encore trop peu empruntées, ces études de cas se veulent une incitation à examiner plus largement une imagerie souvent jugée à tort terne et répétitive, pour réinsérer pleinement la numismatique de l'empire tardif au centre des recherches historiques.
À la fin de l'âge du Fer, le nord-ouest de la Gaule est subdivisé en plusieurs cités indépendantes. Entre Manche et Atlantique, huit d'entre elles ont fait l'objet d'une attention particulière dans le cadre de cette enquête archéologique, qui vise à comprendre leur organisation et le rôle joué par les différents sites d'habitats. Contrairement à ce qui a longtemps été admis par les chercheurs, cette synthèse, issue d'une thèse de doctorat, met en exergue la pleine intégration de ces régions occidentales dans les processus sociaux qui marquent la fin de l'âge du Fer en Europe celtique et qui conduisent au développement de l'urbanisme et à la formation des territoires entre le IIIe et le Ier s. a.C. La démarche consiste en une analyse des formes et des fonctions des agglomérations, mais également en un examen des espaces à caractère religieux (sanctuaires), des sites fortifiés et des établissements aristocratiques. Ce dépouillement exhaustif permet aujourd'hui de raisonner sur les liens économiques, voire administratifs, existant entre ces divers types de sites, tout en réfléchissant à la structuration sociale des cités et à l'évolution de leurs organisations jusqu'au Haut-Empire romain.
À travers 19 contributions, ce volume collectif considère quelques aspects de la représentation et de la réélaboration du matériau antique dans la littérature pour la jeunesse, spécialement dans le roman, la bande dessinée, le manga. La mythologie reçoit une grande attention, mais l'histoire, surtout romaine, est aussi l'objet d'attention, à travers par exemple des séries comme Astérix, Alix ou Thermae Romae. Quatre directions sont privilégiées : la nature et l'ampleur des adaptations opérées, leurs modalités, l'intention dans lesquelles elles ont été menées, le contenu du message véhiculé. Il est ainsi montré comment l'Antiquité, sous diverses formes, est utilisable, dans les ouvrages et corpus étudiés, comme vecteur d'enseignement, d'éducation, de médiation culturelle ou de simple recréation, comment elle se prête à diverses formes de réappropriation personnelle par les lecteurs.
Ce livre donne un état des récentes découvertes de monnaies de fouille en Méditerranée orientale dont celles faites en Égypte lors des fouilles sous-marines dans le delta du Nil en Égypte ou en Grèce sur les sites royaux de Macédoine. Une grande partie de ce matériel est inédite. L'ambition des auteurs est d'abord méthodologique : les monnaies de fouille sont des monnaies principalement perdues, souvent de faible valeur ou hors d'usage (décri, monnaies modifiées, fausses monnaies). L'objectif classique de leur étude est de fournir des marqueurs chronologiques aux archéologues, d'enrichir les corpus monétaires ou d'étudier la circulation. En réalité, elles offrent bien d'autres possibilités à la recherche (étude des phases de circulation et de décri, des pratiques monétaires, histoire économique, histoire des pratiques sociales, etc.), qu'elles soient trouvées en groupe ou isolées, dès lors qu'elles sont remises en contexte archéologique, de concert avec les autres artefacts, notamment céramiques.
Une des conséquences les plus manifestes de la conquête des Gaules fut sans conteste le passage de la monnaie gauloise à la monnaie romaine. Jusqu'à présent, aucune étude détaillée n'y avait pourtant été consacrée. En confrontant les données numismatiques aux sources archéologiques, littéraires et épigraphiques, et en s'appuyant sur plus d'une centaine de cartes et de graphiques produits spécialement pour cette recherche, cet ouvrage propose une analyse croisée de la monétarisation et de la romanisation dans la Gaule du Nord et de l'Est. Replacée dans son contexte économique, politique et social, la monnaie éclaire l'ensemble des processus qui ont mené à l'intégration des Trois Gaules dans le monde romain, depuis l'apparition d'une économie monétaire avec les premières monnaies gauloises du IIIe s. a.C. et les traités d'alliance entre Rome et peuples gaulois au IIe s. a.C., jusqu'à la conquête césarienne et la municipalisation augustéenne qui signe l'arrêt des frappes indigènes et leur disparition complète dès le milieu du Ier s. p.C.
Fruit of a large international collaboration, the present volume collects 35 papers produced by experts. Its chief aim is to provide a contribution to the studies on the writing of history in Greco-Roman Antiquity from Herodotus to the Byzantine Empire. All these inquiries give rise to re-readings of each historian's historiographical project: if there is one idea pervading all the texts here collected - the diversity of approaches was thought from the start to be the one of the hallmarks of the volume - it is that each testimony should be addressed by reallocating it in the context of its own production, since these testimonies shed light both upon the moment when they were written and the one they describe.
À Rome, l'idéal de la femme était celui de la perfectissima femina, "la plus parfaite des femmes", celle que décrit Sénèque à travers sa tante Helvia, qui fut l'épouse d'un seul homme, qui vécut toujours dans la discrétion de son foyer et qui risqua sa vie pour sauver la dépouille de son mari. Ce sont donc les vertus domestiques qui faisaient des matrones romaines des femmes d'excellence, tandis que les affaires publiques étaient réservées aux hommes qui géraient les cités et l'Empire. Or, la péninsule Ibérique offre à cette règle sociale une remarquable série d'exceptions. Là, malgré leur exclusion théorique de toute responsabilité politique, certaines dames, celles de l'élite au sens large, ont occupé la sphère publique pendant les deux premiers siècles et demi de notre ère. En dehors de toute revendication, elles ont joué un rôle de premier plan comme actrices d'une vie privée qui devait s'exposer au grand jour, parce que la famille était devenue l'un des piliers de la reconnaissance publique des hommes. Même si elles n'ont eu qu'un prestige par procuration, elles ont su par-là entrer dans l'Histoire, la leur, celle que raconte ce livre.
La justice médiévale et moderne fait depuis quelques années l'objet d'une lecture voire d'une relecture archéologique en Europe. Encore inédite en France, cette analyse ne se veut pas une démarche annexe de l'histoire de la justice par les textes et les images. Au contraire, elle souligne les apports des sciences archéologiques dans la façon d'évaluer et de penser la pratique judiciaire, la matérialité du droit de punir et de la contrainte pénale. Dans une réflexion liant perception de l'espace, signification et représentation sociale des vestiges, les articles que contient ce livre mettent en lumière l'architecture des lieux de jugement, d'exécution et d'emprisonnement, mais aussi les outils du bourreau et le sort des corps manipulés en justice à travers les inhumations qualifiées d'infamantes.
À la fin du Moyen Âge, nombre de communautés urbaines du Midi médiéval cherchent à affirmer leur autonomie à l'égard du pouvoir seigneurial en place. Par désir de reconnaissance d'une personnalité juridique et politique en tant qu'universitas, leurs gouvernements se sont dotés d'attributs matériels : maison commune, arca communis, écrits communaux, sceaux, clefs, bannières, cloches... Ces marqueurs des libertés municipales, qui forment un véritable bric-à-brac au sein de l'hôtel de ville, sont des outils d'exercice quotidien du pouvoir local, comme des moyens de représentation et de communication politiques ; à ce titre, ils constituent des pièces maîtresses de la « mise en signes » de l'autorité communale, véhiculant un message symbolique, pensé comme un manifeste de l'identité singulière de la ville. Abordés jusqu'alors en filigrane par l'historiographie, ces supports matériels du gouvernement urbain sont ici placés comme objet central d'une réflexion qui a fait le pari de leur historicité et a voulu privilégier une démarche systémique et comparative, entre catégories d'attributs comme entre villes du Midi de la France, de l'Aquitaine à la Provence, dans les derniers siècles du Moyen Âge. Produit de deux journées d'études, l'ouvrage, qui réunit douze communications, propose ainsi un premier bilan sur ces attributs qu'il remet en lumière en promouvant une histoire du sensible.
Bien éclairée par les cartulaires ecclésiastiques à partir des années 1070-1080, la société du Bordelais offre une organisation des pouvoirs particulière. Cette étude montre que la figure ducale, habituellement minorée par l'historiographie, peut être réévaluée. À la tête d'un domaine dont l'emprise territoriale est reconstituée, dominant un tissu seigneurial marqué par des seigneuries locales et des seigneuries châtelaines ne lui portant pas ombrage, le duc d'Aquitaine reste dans cette partie de la Gascogne, en dépit de ses absences, une figure majeure. La paysannerie libre y est importante. Le mariage d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II Plantagenêt change la donne (1152). Dans les décennies qui suivent, le roi d'Angleterre et son fils, Richard Coeur de Lion, engagés dans de fréquents conflits, imposent un renforcement de leur autorité par l'introduction de nouvelles coutumes féodales, le relèvement de la fiscalité et par le biais de la paix du roi. Les liens sont renforcés avec l'aristocratie, nettement militarisée, ainsi qu'avec les communautés, requises au service militaire ou associées à la perception des revenus publics. Les années 1180 marquent l'acmé de ce premier temps du roi-duc.
Les routiers et mercenaires de la guerre de Cent ans (1337-1453) ont longtemps été mal vus par les historiens à cause de leur rôle ambigu lors de cette guerre. Oscillant entre emploi par les pouvoirs princiers et une autonomie quasi-totale, leur place au sein du conflit franco-anglais pose toutefois de nombreuses questions que les actes de de colloque tentent de résoudre. Les contributions de ce volule écrites par des spécialistes de l'histoire de la guerre médiévale permettent de se faire une meilleure idée du complexe phénomène routier qui a eu sans doute une place plus importante que celle qui lui fut reconnu par l'historiographie jusqu'à une période récente.
Les études sur la Rome républicaine et les débuts de l'Empire ont mis en avant la notion de "culture politique", définie comme un mode de légitimation qui contient des images, des rituels et des actes. Les prises de décision dans les assemblées et au Sénat ont fait l'objet d'études qui dépassent le droit public. La question des qualifications pour exercer le pouvoir a donné lieu à des réflexions sur les compétences savantes comme le droit, mais aussi sur les compétences sociologiques, niveaux de fortune, clientèles, prestige. Une dimension échappait encore à l'analyse. Les acteurs de la politique étaient définis par leurs actes et leur statut, mais l'autorité, l'auctoritas, qui permettait de l'emporter dans la prise de décision, n'avait pas encore fait l'objet d'une étude satisfaisante. Cette qualité était incarnée par des individus, mais elle était aussi reconnue à des institutions (Sénat). Les propos et les normes qui s'appuyaient sur elle étaient d'une telle force qu'ils étaient aussitôt suivis d'effet. Les études rassemblées dans cette publication se recoupent pour faire de l'auctoritas un "surplus" et à conférer à l'individu ou au groupe détenteur d'une telle qualité une supériorité qui structurait les comportements.
Ce volume propose une approche renouvelée des dieux de Rome et du monde romain, en mettant l'accent sur les réseaux dans lesquels ils s'insèrent. Dans le sillage des études sur le polythéisme grec et des analyses de G. Dumézil, les dieux sont considérés selon une perspective anthropologique qui vise à éclairer leurs terrains et modes d'action, ainsi que les différentes facettes de leur identité et de leurs fonctions. Les dieux formant une "société divine", il s'agit de montrer qu'une telle approche gagne à recourir à l'outil heuristique du "réseau", en faisant porter l'analyse des dieux de Rome et du monde romain sur les systèmes de relations qui les unissent et les font interagir. L'enquête sur les réseaux divins est déclinée à partir de différents cas d'études. Une attention particulière a été portée au caractère dynamique et contextualisé des interactions divines qui peuvent varier dans le temps et dans l'espace. Le caractère exploratoire des investigations et de la démarche qui les sous-tend est mis en exergue dans les trois premières contributions qui, au-delà des études de cas analysés, proposent des pistes de réflexion pour penser les dieux romains et leurs réseaux. Les quatre articles suivants s'attachent à l'étude de réseaux divins en un contexte donné. Les quatre dernières contributions sont davantage centrées sur l'étude d'une divinité, dont sont explorés l'identité plurielle, les modes et champs d'action, la question des réseaux divins permettant d'enrichir significativement la réflexion sur les dieux envisagés.
Il n'est pas toujours facile, pour les chercheurs et chercheuses comme pour les étudiant.e.s en Histoire ou Littérature antique, d'avoir accès aux préambules à l'élaboration d'un texte. La frustration qui en résulte est d'autant plus grande dans le cas de l'historiographie, où nous savons qu'un vaste travail de collecte, sélection et réappropriation des sources a présidé à la rédaction des oeuvres qui nous sont parvenues. C'est à ces « coulisses » que cet ouvrage essaie d'accéder, par le moyen d'une comparaison originale et systématique de deux historiens romains contemporains, Tacite et Suétone. Abordées sur un pied d'égalité en ce qui concerne la démarche historiographique, leurs oeuvres permettent en effet de lever une partie du voile sur ce qui relève, dans leur contenu, de l'influence des auteurs précédents ou de choix personnels, mais aussi des attentes du public du IIe siècle lorsqu'il s'agissait d'écrire sur les premiers empereurs. Sont dès lors étudiés d'un point de vue historiographique des épisodes aussi fameux que le séjour de Tibère à Capri ou l'incendie de Rome en 64, et abordés des thèmes comme la présence visible des deux auteurs dans leur texte, celle de leurs sources, la question des motifs repris et développés ou encore le rapport à la tradition antérieure sur les Julio-Claudiens et les trois « empereurs éphémères » qui succédèrent à Néron. Une meilleure connaissance du rapport des Romains à l'écriture de l'histoire et au passé devient ainsi également possible.
Depuis les premières fouilles de la nécropole tumulaire de Vergina dans les années 1950, nos connaissances sur les pratiques funéraires de l'âge du Fer en Grèce du Nord se sont profondément renouvelées. Si le tertre collectif demeure un trait caractéristique majeur, les nombreuses découvertes faites depuis une trentaine d'années témoignent en réalité d'une richesse et d'une grande diversité de pratiques et de types de tombes dans cette vaste région située entre les Balkans et l'Égée. À partir d'un catalogue de nécropoles datées entre le XIe et le VIIe siècle a.C., situées entre le versant oriental du Pinde et les Rhodopes sud-occidentaux, cet ouvrage propose un état de la question des modes funéraires tout en interrogeant cette diversité particulièrement remarquable. Ce travail permet d'établir une carte funéraire complexe qui sera comparée avec le mobilier abordé sous l'angle des thématiques et des idéologies funéraires dont la logique spatiale est différente.
Cette étude explore dans une perspective comparative la présentation historique et l'interprétation philosophique de la décadence de la res publica chez Salluste et Tite-Live. Dans la première partie, il est montré que Salluste et Tite-Live sont les premiers auteurs à avoir choisi comme thème central de leur récit le progrès et la décadence d'une cité. À travers un examen précis des étapes de la décadence chez les deux auteurs, il est remarqué que Tite-Live apporte constamment des corrections à la théorie de Salluste. Le schéma d'aucun des deux historiens ne se conforme à une vision cyclique ou linéaire du temps. La représentation biologique de la cité montre aussi que les hommes sont les seuls responsables pour la maladie de la décadence. Or, la reprise du progrès, selon une conception cyclique et la guérison du corps de l'État sont évoquées comme perspectives seulement par Tite-Live. La deuxième partie est consacrée aux causes de la maladie de la décadence, et la troisième à la guérison de la res publica. Trois facteurs sont examinés en détail : les facteurs « divins », le metus hostilis et la nature humaine. Tite-Live renverse l'analyse de plus en plus pessimiste de Salluste, et réintroduit l'homme en tant que facteur principal de l'histoire et comme responsable de la décadence. Dans la troisième partie, leur vision différente de l'avenir de Rome est mise en lumière, à travers l'étude de la position politique et de la fonction exemplaire de l'oeuvre des deux historiens. Il en ressort que Tite-Live adopte les catégories sallustéennes d'analyse, mais conçoit sa propre présentation et interprétation de la décadence en réponse à son devancier, dont il renverse les théories.
Cet ouvrage est consacré à la formation des systèmes politiques protohistoriques sur une période de 5000 ans. La première partie présente une cartographie sous SIG de 8 000 sites enregistrés dans la base de données Patriarche du Ministère de la Culture dans l'ensemble de la région Centre-Val de Loire. Du Néolithique ancien jusqu'à l'âge du Fer, elle permet de visualiser l'évolution du peuplement depuis le début de la sédentarisation jusqu'à la formation des trois civitates de l'âge du Fer : Turons, Carnutes et Bituriges. La seconde partie s'investit plus précisément dans l'analyse de trois complexes archéologiques emblématiques de la région Centre : les célèbres sites de Fort-Harrouard (Eure-et-Loir), Sublaines (Indre-et-Loire) et Levroux (Indre) sont réexaminés pour reconstituer la formation de trois territoires singuliers dans la longue durée. Fondée sur les problématiques de l'anthropologie politique, la dernière partie comprend une réflexion théorique sur la naissance de l'État à l'âge du Fer. Une approche originale combine les données archéologiques et les ressources textuelles, confrontées ensemble aux modèles anthropologiques. Du royaume mythique d'Ambigatus à la guerre des Gaules, les données archéologiques sont confrontées aux textes puis aux théories de l'anthropologie politique. De la résidence princière hallstattienne de Bourges aux oppida de La Tène finale du Berry, progressivement l'histoire politique des Celtes se dessine.
En référence à la question posée par Foucault ("Qu'est-ce qu'un auteur ?", 1969), la réflexion collective menée ici propose de revenir sur les fondements sémantiques de la notion et sur son lien originaire avec celle d' "autorité". Il s'agit d'explorer, au travers de ces 15 contributions, la riche polysémie du latin auctor, dans ses implications juridiques et politiques, philosophiques et théologiques, rhétoriques et littéraires, et dans son évolution vers le français `auteur'. Une première section présente les sens fondamentaux de auctor : étymologie et rapports avec le verbe augeo, examen de divers cas de synonymie. La deuxième est consacrée aux aspects institutionnels et historiques : signification de la formule patres auctores à propos du Sénat romain, autorité politique et auctoritas historiographique chez Tite-Live et chez Tacite, image au fil des siècles de Brutus, fondateur de la république romaine et artisan de liberté. La troisième envisage les usages philosophiques (auctor et auctoritas chez Cicéron, auctor et interpres chez Sénèque), les développements littéraires (passage au ier siècle du sens de "garant" à celui d' "auteur" comme modèle à suivre ou initiateur d'un genre, construction d'une persona auctoriale chez Jérôme), enfin l'idée d' "auteur divin" dans la pensée païenne puis chrétienne (auctor uniuersi et expressions similaires). La quatrième partie porte sur les prolongements et mutations du Moyen Âge et de la Renaissance : statut de l'auteur dans la réécriture des textes hagiographiques et dans l'écriture épistolaire, émergence aux xvie-xviie siècles de la figure moderne, qui s'affranchit de la tradition et affirme son originalité.
Qu'est-ce que la religion civique ? Quelle est la spécificité des cultes civiques ? S'il semble possible de le savoir dans l'Athènes classique, la réponse à cette question paraît hors d'atteinte dans les autres cités par défaut de documents. À l'époque hellénistique en revanche, les lois sacrées se multiplient dans l'ensemble du monde égéén et nous montrent que, contrairement à une idée reçue, les cultes civiques ne connaissent pas de désaffection. C'est même à l'époque hellénistique tardive (moment où les cités risquent de s'effacer dans l'Empire romain) que ces textes épigraphiques éclairent le mieux la question. Ils permettent de décrire la réalité matérielle des cultes civiques (rituels, implication de la cité dans leur organisation, intervention des évergètes, financement) et de comprendre les enjeux idéologiques des « restaurations ». En effet, à cette époque, non seulement l'Athènes redevenue prospère par la grâce de l'alliance romaine, mais de nombreuses cités égéennes tentent de réaffirmer leur identité et d'assurer leur cohésion en restaurant ou en « amplifiant » les « cultes traditionnels ». Même lorsqu'elles n'ont pas les moyens de cette ambition, elles privatisent le financement tout en gardant un contrôle étroit sur des cultes qu'elles considèrent comme leurs biens propres. Il apparaît donc qu'il n'y a pas plus, à l'époque hellénistique tardive, de déclin des cultes civiques que de déclin de la cité, mais au contraire, un été indien de la religion civique dans l'ensemble du monde égéen.
Cet ouvrage collectif, issu d'une table ronde organisée à Paris par l'UMR 8210 5AnHiMa), présente une douzaine de communications consacrées à la manière dont étaient payés les soldats de l'armée romaine. Ecrites en français ou en anglais par des historiens, des numismates et des papyrologues, elles abordent différents aspects des rémunérations, en espèce ou en nature, accordées au miles : l'administration et le montant de la solde, les prestations en nature, le numéraire utilisé, les gratifications exceptionnelles, la propagande impériale qui s'exprime à travers les émissions et les images monétaires, depuis les guerres civiles de la fin de la République jusqu'au début de l'Antiquité tardive. L'ouvrage fait en même temps le point des connaissances actuelles mais aussi des questions toujours débattues entre spécialistes. Le lecteur y trouvera au passage une riche bibliographie qui associe les réflexions sur les sources historiques, numismatiques et papyrologues. L'introduction de J. Andreau, et la conclusion, écrite par M. Christol, permettent de replacer cet ensemble de contributions dans l'évolution des recherches actuelles.
Cet ouvrage consacré aux agglomérations et aux communications sur le territoire de la Serbie contemporaine, entre le ier et vie s. p.C., a été rédigé dans l'intention de rassembler en un texte unique les informations historiques, littéraires, épigraphiques et archéologiques relatives à ce vaste espace stratégiquement important. Il s'adresse aussi bien aux spécialistes, historiens et archéologues, qu'au grand public. Il s'agit, en fait, d'un essai de caractérisation des étapes du développement des agglomérations et des communications dans cette partie de l'Empire, dont l'histoire est marquée par des changements historiques et sociaux majeurs.