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C'est dans sa ville natale, une « petite cite endormie » bordee d'une longue et belle plage, qu'Anees Salim situe ce roman inspire de l'histoire de sa propre famille. Un paysage en apparence serein, et pourtant : en quelques 300 pages, tandis que les tragedies s'abattent en cascade, le jeune Amar deroule ce qui s'apparente a une lettre de suicide. Tolstoi ecrivait : « Toutes les familles heureuses se ressemblent ; chaque famille malheureuse est malheureuse a sa maniere. » Et les raisons sont nombreuses au malheur d'Amar : la difficulte de grandir aupres de parents en guerre, l'impossibilite de se tourner vers l'atheisme dans une famille musulmane pratiquante, le lourd poids de l'heritage d'une bien etrange grand-mere, ou encore la crainte d'etre la reincarnation d'un oncle maternel decede le jour de sa naissance. A travers l'histoire d'Amar, c'est une incroyable saga qu'Anees Salim deploie de sa plume virtuose, bouleversante de bout en bout sans etre denuee d'ironie. La saga d'une famille musulmane de la classe moyenne-inferieure des annees 80 et 90, nourrie de sombres secrets, d'aspirations, de contradictions, de rapports difficiles avec les Hindous... Demontrant ici son incroyable talent a distiller l'humour dans un monde de chagrin et de melancolie, Anees Salim s'affirme definitivement comme l'un des plus grands auteurs indiens contemporains.
Célèbre pour son roman Pather Panchali (Le monde d'Apu), adapte au cinema par Satyajit Ray, et laureat de nombreux prix nationaux et internationaux, Bibhutibhushan Bandopadhyay est l'un des plus eminents representants de la litterature bengali moderne. Son inimitable prose n'a eu de cesse de decrire le Bengale rural dans toute sa beaute, mais aussi sa durete, sa pauvrete, ses reves et ses espoirs. Et dans Aranyak, c'est de la foret qu'il fait une magnifique heroine de roman, volant le statut de personnage principal a son narrateur, Satyacharan... Embauche comme gestionnaire de la succession d'un zamindar, Satyacharan est un jeune urbain dont la vie va etre bouleversee par sa rencontre avec la foret sur laquelle s'etend le domaine de son employeur. Le genie de Bibhutibhushan Bandopadhyay est de parvenir avec subtilite a nous faire ressentir la fascination que va progressivement exercer cette foret magique sur le jeune homme, jusqu'a lui rendre insupportable tout moment d'absence de cette derniere... et a nous faire, nous aussi, tomber amoureux d'elle. Bibhutibhushan Bandopadhyay a reussi quelque chose de grandiose dans ce roman empreint de naturalisme, de realisme et d'un profond romantisme, qui constitue sans doute le plus beau recit de voyage bengali jamais ecrit.
Comme une personne sur six en Inde, Sujatha Gidla est nee intouchable. Mais a la difference de la plupart d'entre eux, analphabetes, sa famille a ete eduquee par des missionnaires canadiens dans les annees 1930, permettant a ses parents de devenir professeurs d'universite et a Gidla de frequenter de grandes ecoles et de demenager en Amerique a l'age de vingt-six ans. C'est seulement a ce moment-la qu'elle realise a quel point l'histoire de sa famille est extraordinaire... Sa mere, Manjula, et ses oncles Satyam et Carey sont nes aux derniers jours de la domination coloniale britannique. Ils ont grandi dans un monde marque par la pauvrete et l'injustice, mais aussi plein d'espoirs nouveaux. Dans les bidonvilles ou ils vivaient, tout le monde avait le gout de la politique et les rassemblements, les agitations et les arrestations etaient monnaie courante. Le mouvement de l'independance a promis la liberte. Mais pour les intouchables et autres laisses pour compte, peu de choses ont change. Comment, alors, ne plus etre des fourmis parmi les elephants ? Comment ne plus se laisser ecraser ? Satyam, l'aine, s'engage au parti communiste et devient l'un des principaux fondateurs, au debut des annees 1970, d'un groupe de guerilla maoiste alors declare par les autorites comme « la plus grande menace a la securite de l'Inde ». Gilda raconte son incroyable transformation d'etudiant et syndicaliste en celebre revolutionnaire et poete acclame ! avec la meme puissance romanesque que lorsqu'elle decrit les batailles de Manjula contre l'oppression exercee sur les castes inferieures et sur les femmes. Page apres page, Gidla nous transporte, nous ait vibrer, nous bouleverse et nous transmet une incroyable energie a travers l'incroyable itineraire de cette famille complexe mais soudee, dont chaque membre, y compris elle, s'efforce desesperement de mener une vie decente et de construire une societe plus juste.
Un jeune homme est retrouvé mort, éventré et amputé d'un rein, dans les toilettes publiques d'une gare de la proche banlieue de Bombay où il était venu chercher des relations homosexuelles. Alors que d'autres corps sont retrouvés, un journaliste à la retraite, Peter Fernandes, vient en aide à l'inspecteur Shiva Jende pour retrouver le meurtrier... Avec Meurtres à Mahim, Jerry Pinto nous entraîne au coeur de « La Scène », milieu gay underground de Bombay dont même ses deux protagonistes ne soupçonnaient pas l'existence. Il creuse ainsi un thème rarement abordé dans la littérature indienne. Comme dans ses livres précédents, Pinto brille aussi à décrire une métropole qui ne ressemble décidément à aucune autre au monde, à dessiner - souvent avec humour - une galerie de personnages atypiques et attachants et, finalement, à nous parler d'amour. L'amour qui se cache et émerge des poches de crasse, de tristesse et de désespérance.