FeniXX réédition numérique (Le Milieu du jour)
Paru en 1979, Tout est en ordre, sûrement rassemble des poèmes où Alain Breton explore l’équilibre fragile entre apparence et vérité.
Ana Novac, rescapée des camps nazis, signe avec Cap sur la lune : exercices lyriques un recueil de poèmes et d'aphorismes où l'humour noir le dispute à la dérision.
Montmartre, années 1980. Entre rêves de théâtre de rue, lectures du soir et la quête d’une bohème authentique, Chèque de pluie capture l’essence d’une vie d’artiste entre doutes et espoirs.
1943, dans un collège de province sous l'Occupation. Entre les murs d'une institution où chacun tente de survivre à la mesquinerie et aux fantasmes d'un temps suspendu, professeurs et élèves découvrent l'absurdité des saisons sans importance.
Entre Auxois et Bourgogne, un médecin raconte son parcours : des débuts ruraux aux défis de la médecine moderne, entre tradition et révolution chirurgicale.
Découvrez Garde tes réflexions, un recueil de maximes cinglantes et subversives où Jean-Marc Lunaud dépeint sans concession nos travers mentaux.
Et si la femme était un territoire infini, un espace où se déploient mouvement, musique et parole interdite ?
Un recueil d'humour mordant et de pensées cinglantes, où chaque page déploie un esprit vif et sans concession. Pensées dans un mouchoir prouve qu’un mouchoir peut cacher bien plus qu’un simple rhume !
Dans l’ombre d’un homme d’affaires tyrannique, deux femmes s’affrontent : une mère autoritaire et une servante au grand cœur. Concerto pour deux voix explore la cruauté des rapports de pouvoir et la révolte inattendue de l’esclave.
Dans Les Amants de la grande gorge, deux êtres en quête d’absolu choisissent la haute montagne pour sceller leur destin tragique.
Bangui, années 1960 : entre amour, trahison et déchirures culturelles, Mariage mixte à Bangui explore le destin croisé de Paul Marat, ingénieur agronome ambitieux, et d’Isabelle Renata, institutrice centrafricaine prête à tout pour lui.
Rive gauche, quartiers familiers, rencontres inattendues : Voisinages de Jacqueline Henry capture l’âme d’un Paris intime et poétique.
Siloë, visage : un homme écrit sous la dictée du réel, « d'après nature », tout en commentant, par l'essentiel, « la litanie des faits », les informations quotidiennes : les otages, les tremblements de terre, les coïncidences de l'Histoire. Où est la sagesse ? À quoi servons-nous ? Quelle unité dans tout cela ? Nuits : « Eaux, morts et nuits faces féminines du dieu ! ». Il s'agit bien de décrypter la nuit, ses pratiques, son avenir ; d'abord sous la forme de connotations libres, d'images de la culture et du Temple-ciel cher au poète (qui préfère « l'intuition cendrillon à la preuve froide ») ; ensuite, par une mise en rapport des notes issues de ces visions. Puissance illimitée du rêve. La mémoire, tuf d'origine, représente ici notre « commun onirique » et permet à notre imagination de remonter « aux jours carbonifères », c'est-à-dire « au coeur de l'obsidienne ». La nuit est aussi le domaine des amants. Mais l'amoureuse n'est pas succube, elle est lumière posée « au lieu de chasse sombre ». Pour le poète, croyant, la nuit est le premier creuset dont « le sens célé » englobe l'illumination de la foi, les sens pluriels et « l'axe des mots du jour ». Un beau recueil.
Le poète convoque l'amour, la mer et l'imaginaire ; il célèbre ce que nous donne le monde, dans la joie de vivre grâce à l'aimée, et offre le tout au Très-Haut. Le « vous » adressé à Ève, crée un rituel, mais si sa beauté se croque avec gourmandise, la femme reste en même temps « cathédrale ». L'écriture, elle aussi, brûle comme l'amour, comme la Foi. « Amour de l'amour, amour des mots d'amour ou seul amour des mots ? » interroge avec malice Yves Rajaud, comme pour brouiller les pistes. Il précisera, afin de vaincre l'inquiétude à l'avance : « Si les amours finissent, les mots ne meurent pas ». Pour lui, l'amour demeure cette « sentinelle du monde », là même où la Terre disparaît. Dans ces poèmes en prose détendus, adorants, riches d'images qui rejoignent souvent celles des livres sacrés, Éros reste très prégnant, comme la communion avec la Terre, la mer, l'art, les lieux symboliques. Une force est confiée par l'amour au poète, autant qu'au croyant (« je ne sais pas cesser d'aimer »). Mais, de Dieu, a-t-on des preuves ? Réponse superbe du poète :« Personne n'est jamais revenu du mystère. »
Ce recueil est divisé en cinq chapitres, cinq "Géographiques" qui sont comme des lieux ouverts, lieux du vécu et du rêvé : le langage, le temps, la géographie du poème, la géographie de la mémoire, les horizons. Nous allons des grands espaces de la Terre, de la mémoire et du discours, aux révélations du toucher du monde et à l'envers des apparences. Avec une sorte d'enthousiasme, dans un onirisme de grand écran se déploie l'épopée du verbe, les mots partant à la conquête de leur sens le plus sonore, frémissant, profond. Le poète chante l'élémentaire, le léger et l'immense, la musique des écarts, les journées de bruit ou de magie, le corps dans l'espace, l'extase. Faire un poème, c'est piocher, "défier la parole", "être anonyme dans sa parole d'identité". Il y a là une confiance dans le pouvoir sans merci de l'imaginaire. Si chaque pas nous est question, si "l'écrit symphonique" est un voyage dans la culture et dans le monde, si nous acceptons de nous plier au "rite du passage", alors le poème symbolise bien la quête du sacré "parmi la diaspora des visages".
Et si tu avais été renard ? Insolite et narquoise, l'interrogation qui s'impose à travers le titre est bien le thème essentiel de cette comédie douce amère, où certitude et inquiétude, fantaisie et réalité, s'affrontent autour des personnages, et plus encore en eux. Pour l'esprit positif du savant qu'est Raphaël, la réussite - assortie d'un bonheur où l'aventure et la poésie elle-même s'ancrent dans la réalité - semble devoir lui apporter le sentiment d'exister pleinement. Pourtant, sitôt conquis, le succès est remis en question, et, avec lui, tout ce qui entre dans une existence d'homme. Aux confins du réel et d'un rêve qui ouvre à Raphaël les sentiers secrets de la Psyché, les ombres intérieures repoussent la clarté trompeuse des certitudes. Le mystère, récusé à l'état de veille, est reconnu par le subconscient comme la seule voie qui permette l'approche de vérités essentielles. Tout en reflétant les préoccupations les plus actuelles, l'action entraîne insensiblement le lecteur dans une évasion pensante, où est traitée sans pose l'éternelle question de la difficulté d'être.
Histoire d'une jeune femme à l'esprit scientifique qui, fascinée par le problème du temps, invente une « machine à remonter la mémoire ». Elle expérimente elle-même sa machine et la fait essayer à son amie, qui voit des scènes se déroulant pendant la guerre de 14, et aussi à l'époque préhistorique. Là, surgit un nouveau mystère. Cet homme supérieur, va parmi les hommes des cavernes, serait un extraterrestre. De déduction en déduction, il apparaît que cette machine doit être aussi capable de voir le futur L'inventeur « branche » sa machine sur le futur, et, sous le coup de visions apparemment effrayants, tombée en syncope. Son amie, elle retrouve ses ancêtres et vérifie l'exactitude de ses visions Le tout est séduisant quant à l'idée de ce vieux mythe mais tourne un peu court... ou alors, il y aura peut-être une suite. Style alerte et enlevé. Il paraît que c'est basé sur une histoire vraie !
À la rencontre de la solitude, de la nuit des songes, de son identité, interrogeant son devenir comme sa mémoire, Yves Gasc cherche dans sa propre prison des raisons de vivre malgré la peur du temps qui court et entraîne vers la mort. Robert Sabatier
Voici les aventures oniriques de Dick, son voyage au pays des « êtres bizarres ». Grâce au lumignon offert par OEil-à-queue-de-comète, il s'envole, visite une antique demeure, est victime de « larcins » successifs, est plein de « dons » inattendus ; il suit une « voix », s'empare de la mémoire de Monsieur, tout en gardant secrètement des traces de la sienne, non sans perte des significations. Sous le signe de Michaux et de Tardieu, cette épopée est une traversée des miroirs. Monsieur est l'homme dans tous ses travers, ses oublis, ses faiblesses, son pouvoir d'agir aussi, son absence de rêve. Dick, quand il ne porte pas sa « livrée », est « la doublure », invisible à l'autre ; il est aussi l'homme corrigé par l'ironie et par la chance, doué d'imagination et accordé à la nature. Monsieur, l'homme au feutre, meule les heures, « ressasse », joue parfois avec Dick, rarement. Dick, en un sens, le commande en l'habitant, possède ses domaines et sa femme. Mais quelles sont les visées de Dick ? Veut-il affranchir Monsieur qu'il habite ? Lui dérober quel secret ? Ce périple fantastique est un jeu sur la connaissance de soi, non sans marge anthropophagique. Les thèmes en sont la possession de l'autre, les problèmes du temps, de l'immortalité. Du nom. Dick incarne la fantaisie contre les normes de la pesanteur, contre la mentalité d'ordinateur. Il est la poésie, la finesse. Il s'oppose au doute et au mépris. Ce jeu, ce guet perpétuel sont aussi une marche, une longue marche. Dans ce récit par séquences, on se trouve au milieu d'une ambiguïté d'ailleurs intéressante ; a-t-on pu vraiment se débarrasser de la « peur » ?
Avec La Symphonie des nouveaux monstres, Christian Langlois conduit, en chef d'orchestre subtil, un véritable jeu de massacre dont l'onirisme est le fer de lance. Nous sommes conviés à une grande fête noire (souvent), rose (parfois) que l'auteur nourrit d'un faisceau d'expressions, passant du conte fantastique (L'étrange Cité des chiens) à la satire - ce qui apparente certains de ses textes sur les médias à la flamboyante saga d'un Norman Spinrad - du pamphlet à la fable. Ces livrets nous donnent à déchiffrer les partitions d'un Christian Langlois dévastateur. Observateur lucide de notre société et de ses contorsions, qu'il pourrait comparer à celles de l'insecte sur la flamme, Langlois se révèle tour à tour un disciple d'Aloysius Bertrand (Vade retro), un moraliste teigneux, un élégiaque (Stabat mater), un atroce magicien, un beau-fils sanglant. L'auteur se gausse, au second degré, d'une certaine idée de l'art contemporain (le Bidule, ce nouveau monstre...). Il se défie d'être parmi ceux qui veulent supprimer Le jardin inutile, moque les mauvaises raisons des politiques et dévoile, par une métaphore sportive, les profondeurs inquiétantes de l'âme humaine. La palette de Christian Langlois est large, son appétit d'ogre (Osmose). Avec lui, nous apprenons à « vociférer » le monde, plus rarement à l'aimer. Son livre est une sommation sans frais qui inaugure notre collection « Nouvelles Féroces » où, grâce à l'éclairage de l'humour noir, des auteurs contemporains témoigneront sur toutes les facettes de notre monde, ouvrant ainsi ce qu'on pourrait appeler les « dossiers du chaos ».
Une mélancolie, parfois une souffrance vite tamisée, président aux métamorphoses des choses par le coeur et l'imagination. L'oeil bouge sans cesse, les éléments sont intégrés à la vie du jour et à la vie du rêve. L'esprit du poète, son corps même, vibrent devant la « tendresse cachée des Fleurs ». La caresse cosmique est reçue dans la croissance des plantes, dans l'atmosphère, le ballet des saisons. Le blanc et le noir, le feu et l'eau, le vent et la pluie, les oppositions font alliance. L'oiseau est symbole de liberté. Voici la mer « perdue dans la rumeur du sable », l'arbre qui rêve de trouver sur ses branches « un peu de lumière à chérir ». Il s'agit d'une interrogation, d'une quête du sens de la vie, d'une recherche de l'oubli des malaises et des soucis devant la beauté du monde. « Ce bonheur frileux », le poète le découvre dans la nature qui est signe de Dieu. La Vierge est priée. On s'adresse à la croix « lumière sur l'obscur ». La vie même est définie saintement, comme un « vitrail blessé ». Le Poète évoque un fils d'essence spirituelle. La vieillesse amène quelques tendres regrets, des sensations émues font retrouver l'enfance. Malgré quelques moments de spleen, l'espérance volontariste est la plus forte. Grâce à la foi, au rêve voyageur, à la douce ironie parfois des mots (l'oiseau volage), le poète est capable de parler même de sa propre mort avec sérénité (poème : « Je ne saurais vous dire »). Le ton est élégiaque, les couleurs foisonnent, la rime est présente ou absente, mais elle ne ligote pas le sens à venir Un peu partout éclatent de beaux vers comme ce « cri bleu des forêts » Un être qui a conquis sa paix intérieure et qui vit au plus près de la nature, comme une fleur ou une herbe, nous a donné à voir le monde comme une nouvelle fois, dans une barcarolle à six temps, dont la mélodie exprime toujours la sincérité dans l'effusion.
Nue, sur son corps l'insecte dessine un soleil pétrifié... « Copyright Electre »
Paris mât visible est, en effet, un cantique à notre capitale, ses monuments, ses poètes, son « souffle », ses badauds, sa littérature, son peuple. Ces promenades sont surtout l'occasion pour l'auteur de piller sa mémoire et de nous faire profiter de ses souvenirs d'enfance autant que de ses talents de photographe et de philosophe. Notons l'art des souples jeux de mots. D'innombrables réussites d'écriture (« Poussière en transe »). Chansons narquoises, sonnets, poèmes en rime ou en dérime, poèmes en prose se succèdent tour à tour. La sensibilité et la culture du poète s'accordant finalement sur une transcendance.
Je n'ai préféré nulle joie à la célébration du culte de mon dieu. « Copyright Electre »
Mon coeur mutant alanguit mes chairs sans cesse vibrant d'univers danseurs. « Copyright Electre »
Rien ne nous appartient, ni la vie, ni l'amour, ni même la souffrance. « L'absence de vérité est la seule vérité possible ». Jean-Louis Maunoury lamente un monde sans prise et sans issue, où il assiste à l'émiettement de notre être, toujours « sans fin ni commencement ». Tantôt le poète remonte la chaîne des origines et des causalités pour récupérer quelque chose de son moi perdu ; tantôt il succombe sous un moi étouffant, qui « compte ses os » en proliférant, cherche, interroge et n'a réponse à rien. S'il parvient à saisir l'autre en lui, son double, l'imposteur (et l'image d'autrui peut-être aussi), il le dévore dans un cannibalisme de volupté onirique, non sans lassitude et désespoir. Seule la solitude fait feu dans le néant des présences, des bruits, des couleurs. La régression à l'enfance n'est plus possible. La roue à aubes tournera désormais à l'infini. J'admire cette oeuvre à l'écriture neutre, sans fioritures ni images, serrée comme un étau sur les avatars de l'identité et de l'apparence, médusée par la chute de nos pensées et de nos gestes dans l'à quoi bon ? Jean Breton
L'amour, la fraternité humaine et l'angoisse de vivre sont les principaux moteurs de cette poésie. L'environnement cosmique est aussi un interlocuteur « valable » : le poète le questionne, pour éclairer de biais au moins notre destin.
À côté de Noël, l'hiver, la nature et les êtres qui la peuplent, la tristesse, l'amour des siens, sont les principales thématiques de la poésie fluide et chaleureuse de Dominique Rolland.
« Oui, ton père. Je crois que c'est le seul qui ait compté dans ma vie. Je ne l'ai su qu'après. Il avait l'air trop parfait, comment te dire ? trop... normal. Avec lui tout était sans surprise. Quand il m'apportait du cabillaud le vendredi, c'était bien du cabillaud. Et il s'était mis en relation avec un boulanger qui lui faisait du pain blanc au feu de bois deux fois par semaine. Un jour il me mène à la Samaritaine et il me dit : « voilà, j'ai touché un rappel, tu vas pouvoir remonter ta garde-robe » et il me laisse à l'entrée avec cinq cents francs en petites coupures ; il pleuvait, j'ai acheté un parapluie. »
C'était une jeune Noire au chignon presque strict, des yeux, - au fait, quels yeux avait-elle ? - des lèvres libres, oui, c'était cela, leur épaisseur garantissait toutes les libertés. Elle était d'un noir que rien ne calmait, la lumière elle-même s'y brisait, c'était un noir comme devait être le jour de l'éden où aucune nuance n'existait pour le plus grand bonheur des hommes. Elle portait une mini bleue. Elle était petite. Sur le bouton d'or, couraient deux galets limpides.
Le voleur de bleu par sa sensibilité et ses qualités d'imagination n'est pas sans nous rappeler un autre prince, celui de Saint-Exupéry.
Ilie Constantin est hanté par le temps des origines et de leur rapport à notre conscience et à notre futur ; du « péché de la mémoire » à « l'archéologie de l'avenir ». Certes, le doute est lié à l'obstination de la quête spirituelle, l'homme se voit prisonnier dans des gratte-ciel, son corps n'étant qu'un « hasard d'argile ». Mais son rapport à la nature est la preuve d'un élan mystique ; son enracinement d'homme-arbre « perdu de joie et d'insignifiance » désigne la présence divine. La recherche du livre de repos de l'enfance est proche du désir/besoin d'immortalité. Le paysage est pétri en pleine pâte, vigoureusement. La vie intérieure, « le peuple du dedans », notre dualité, l'amour humain sont scrutés à la loupe incandescente de l'altruisme. Des pages de foi lyrique, d'attente authentique, un sens de l'image foudroyante, un savant découpage dans l'abstrait et le concret, une sensualité vive sont enfin à saluer. Rivage antérieur est une oeuvre marquante.