Jeu de Paume
À travers le portrait de la pianiste Margarita Fernández, Alejandro Cesarco. Apprendre la langue (présent continu I) explore les liens entre musique, film et récit.
Explorez avec Dicta comment le langage façonne notre pensée et notre rapport au pouvoir. À travers un collage vidéo audacieux, Damir Ocko interroge l’appauvrissement du discours public.
Dans son travail récent, Jumana Manna utilise la vidéo et la sculpture comme les supports d'une réorganisation de l'archive relative à l'histoire des pays du Proche-Orient et de l'Europe du Nord - qu'elle envisage comme des entités géographiques distinctes mais néanmoins liées. L'exploration porte ainsi sur la façon dont les formes de pouvoir - économiques, politiques, interpersonnelles - conditionnent aussi bien l'architecture que la vie humaine et végétale. Jumana Manna s'intéresse en particulier aux non-dits qui accompagnent les pratiques scientifiques actuelles de préservation ; son travail questionne ainsi les constructions binaires qui renvoient dos à dos un héritage pur et immuable et l'emprise de l'innovation. Dans Wild Relatives [Parentés sauvages], un film réalisé spécialement pour la programmation Satellite, Jumana Manna traque les rapports de hiérarchie et de pouvoir qui accompagnent une transaction de semences entre la ville de Longyearbyen, dans l'archipel arctique du Svalbard (Norvège) et la plaine libanaise de la Bekaa. Le film suit le voyage des semences, retrace le parcours de ces formes de vie à mesure qu'elles sont extraites du sol et transplantées ailleurs, passant du sol aride au permafrost et vice-versa. Accompagnant l'exposition de Jumana Manna à la Maison d'Art Bernard Anthonioz, dans le cadre de la programmation hors les murs du Jeu de Paume, et au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux, le présent livre comprend un essai de l'historienne Shela Sheikh et un texte de l'artiste déroulant les réflexions qui l'ont menée à son projet. Initiée en 2007, la programmation Satellite du Jeu de Paume est dédiée à la création contemporaine. Depuis 2015, le Jeu de Paume et le CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux organisent conjointement ce programme d'expositions, assuré dès sa création par des commissaires d'envergure internationale (Fabienne Fulchéri, María Inés Rodríguez, Elena Filipovic, Raimundas Malasauskas, Filipa Oliveira, Mathieu Copeland, Natasa Petresin-Bachelez, Erin Gleeson et Heidi Ballet). Intitulé « L'économie du vivant », la dixième édition confiée à Osei Bonsu a pour propos la constante mobilité, par-delà les frontières réelles ou imaginaires, des corps, des plantes, des animaux, des oeuvres d'art, ainsi que d'un certain nombre d'autres produits culturels. Ce projet en quatre temps procède de l'idée qu'une des façons de comprendre l'état du progrès humain de nos jours est de consigner visuellement l'expérience vécue. Dans un paysage géopolitique en constante expansion, nous pouvons voir comment les grands axes imposent conflit et agitation à la circulation des peuples, des marchandises et des processus. Se projetant au-delà de la simple idée d'une cartographie de l'histoire, les oeuvres d'Ali Cherri, d'Oscar Murillo, de Steffani Jemison et de Jumana Manna - toutes spécialement commanditées pour l'occasion - parcourent les espaces étrangers et familiers afin de rendre visible la secrète migration des choses vivantes. Chaque exposition est accompagnée d'une publication imaginée comme une carte blanche au commissaire et aux artistes. Conçue dans un dialogue étroit avec un studio graphique renouvelé à l'occasion de chaque édition, cette série d'ouvrages s'offre comme un espace de création autonome au sein de la programmation Satellite.
Né d'une pratique interdisciplinaire qui met l'accent sur la dimension discursive de la culture afro-américaine, le travail de Steffani Jemison force les limites du langage. Dans la vidéo qu'elle a réalisée à l'occasion de la programmation Satellite, intitulée Sensus Plenior - l'équivalent latin de notre « sens profond » -, elle exprime son intérêt pour le langage et le geste à travers le gospel mime. Depuis vingt-cinq ans, on a vu se développer, au sein de l'église afro-américaine, cette pratique consistant à recourir au mime pour interpréter des chants gospel. La vidéo s'ouvre sur la figure du pasteur Susan Webb, chef de file du Master Mime Ministry of Harlem, qui nous est montrée en pleine contemplation lors d'une séance de répétition. Privilégiant exclusivement le caractère silencieux de la performance, le film de Jemison témoigne de son intérêt pour ce qui ne passe pas par les mots, pour le silence qui forme le creuset de l'action, de l'affirmation de soi et de la résistance. Initiée en 2007, la programmation Satellite du Jeu de Paume est dédiée à la création contemporaine. Depuis 2015, le Jeu de Paume et le CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux organisent conjointement ce programme d'expositions, assuré dès sa création par des commissaires d'envergure internationale (Fabienne Fulchéri, María Inés Rodríguez, Elena Filipovic, Raimundas Malasauskas, Filipa Oliveira, Mathieu Copeland, Natasa Petresin-Bachelez, Erin Gleeson et Heidi Ballet). Intitulé « L'économie du vivant », la dixième édition confiée à Osei Bonsu a pour propos la constante mobilité, par-delà les frontières réelles ou imaginaires, des corps, des plantes, des animaux, des oeuvres d'art, ainsi que d'un certain nombre d'autres produits culturels. Ce projet en quatre temps procède de l'idée qu'une des façons de comprendre l'état du progrès humain de nos jours est de consigner visuellement l'expérience vécue. Dans un paysage géopolitique en constante expansion, nous pouvons voir comment les grands axes imposent conflit et agitation à la circulation des peuples, des marchandises et des processus. Se projetant au-delà de la simple idée d'une cartographie de l'histoire, les oeuvres d'Ali Cherri, d'Oscar Murillo, de Steffani Jemison et de Jumana Manna - toutes spécialement commanditées pour l'occasion - parcourent les espaces étrangers et familiers afin de rendre visible la secrète migration des choses vivantes. Chaque exposition est accompagnée d'une publication imaginée comme une carte blanche au commissaire et aux artistes. Conçue dans un dialogue étroit avec un studio graphique renouvelé à l'occasion de chaque édition, cette série d'ouvrages s'offre comme un espace de création autonome au sein de la programmation Satellite.
Utilisant son environnement immédiat, le travail d'Oscar Murillo (né à La Paila, Colombie, en 1986) puise au creuset que constituent les expériences et souvenirs personnels. Faisant interagir différents médiums - peinture, sculpture et vidéo -, l'artiste crée des installations qui invitent à l'immersion, procédant d'une pratique élargie qui englobe interventions et performances publiques ainsi que participations de la communauté. Les concepts y sont librement transférés, distribués et reconfigurés par le biais de divers processus, qu'ils soient d'échange, de collaboration ou - plus important - de production. Influencée par les pratiques non occidentales de consommation culturelle, l'oeuvre d'Oscar Murillo nous encourage à dénoncer les formes que revêt l'hégémonie tout en proposant d'autres façons d'être et de vivre ensemble. L'exposition « Estructuras resonantes » [Structures en résonance] combine une série d'oeuvres réalisées en collaboration avec des amis, des membres de sa famille ou d'autres personnes, créant ainsi un cadre poétique nourri de la perception à la fois familière et étrangère que nous avons de la vie des autres. Documentant une série de parcours à travers l'Asie, l'Europe, l'Amérique latine et l'Afrique du Nord, la proposition articule une réflexion sur la manière dont la production culturelle façonne notre sentiment du lieu et de la communauté. En écho à l'exposition, l'ouvrage Estructuras resonantes publie les témoignages des ouvriers d'une usine de confiseries colombienne située dans la ville natale de Murillo, lesquels furent, en 2014, invités par l'artiste à effectuer leur travail habituel dans une galerie new-yorkaise pendant deux mois. Leur intervention s'inscrivait dans le cadre du projet A Mercantile Novel [Un roman mercantile], mettant en évidence des similitudes entre la création de l'artiste et d'autres formes de production de masse qui, bien que partie intégrante de cultures nationales, sont moins volontiers associées à une identité sociale ou personnelle. Dans la publication figurent également des reproductions du livre d'artiste THEM, initié en 2015 par Murillo et constitué de photographies intimes retraçant le parcours de sa famille des années 1970 à 2000 - depuis le militantisme syndical de son père à La Cabaña, immense plantation de canne à sucre colombienne, jusqu'aux premières années de l'installation du foyer dans l'East London. Enfin, Estructuras resonantes comporte également une conversation d'Osei Bonsu avec Françoise Vergès sur les conditions contemporaines de la globalisation.
Plongez dans Somniculus d'Ali Cherri, une exploration visuelle et philosophique des musées, où objets archéologiques et ethnographiques révèlent leur mémoire silencieuse.
Plongez dans l'univers onirique et poétique de Satellite 9 - Basim Magdy, où l'océan devient le miroir de nos mystères intérieurs. Ce smartbook mêle film, récit et réflexion pour explorer les profondeurs de l'imaginaire collectif.
Oaxaca, 2016. Edgardo Aragón et Heidi Ballet révèlent, cartes à l’appui, comment un projet économique géant cache corruption et spoliation. Entre art engagé et enquête visuelle, ce livre déconstruit les mensonges du Projet Mésoamérique.
Voyagez au rythme des caprices de la météo et des transformations intérieures avec Satellite 9 - Guan Xiao.
Deux expériences d’immersion entre mémoire coloniale et dérive contemporaine : Satellite 9 explore, à travers l’art vidéo et le dialogue, les échos persistants de l’histoire maritime sur nos identités.
Dans le cadre du « Nouveau Sanctuaire », une série d'expositions proposée par Laura Herman sur la manière dont l'architecture se rapporte au corps et aux sens, la publication Une fausse pesanteur accompagne celle de Daisuke Kosugi, troisième et dernier épisode du cycle. L'architecture de la maison apparaît comme une toile de fond têtue, un présupposé immuable. Le corps dépend d'elle pour structurer ses activités quotidiennes, parfois au point d'étouffer dans la domesticité. Que se passe-t-il quand nos corps se disjoignent de leur environnement bâti ? Les propriétés architecturales représentent certaines idées et persistent à travers le temps, à la différence de nos corps, de nos habitudes et de nos routines. Le film A False Weight, présenté dans l'exposition, brosse un portrait expérimental de Tadashi, personnage fondé sur le père de l'artiste. Tadashi est un ancien architecte et bodybuilder japonais à qui l'on a diagnostiqué une maladie cérébrale rare et incurable qui affecte progressivement ses mouvements et ses habitudes. En nous entraînant dans un voyage architectural et domestique scandé par les trois phases de la maladie, le film révèle le conflit intérieur d'un homme déchiré entre son désir de force, d'efficacité et d'indépendance, d'une part, et, d'autre part, l'acceptation du déclin rapide de son corps grâce à la danse buto. À travers des séquences répétitives, le film introduit dans l'architecture du foyer un temps à dimension « humaine », répétitif plutôt que linéaire, émancipateur plutôt qu'oppressif. Comprenant une conversation entre Daisuke Kosugi et Laura Herman ainsi qu'un essai de Zuzana Kovar, théoricienne de l'architecture, cet ouvrage s'intéresse aux possibilités d'émancipation du corps handicapé vis-à-vis d'une architecture inadaptée et des idéaux d'efficacité, tout en traitant de la tromperie inhérente aux représentations contemporaines du corps idéal.
Intitulée « Le Nouveau Sanctuaire » la douzième édition de la programmation Satellite, confiée à Laura Herman, présente les propositions de Julie Béna, Ben Thorp Brown et Daisuke Kosugi qui étudient, du point de vue de leurs pratiques individuelles, la capacité qu'a l'environnement aménagé d'accueillir le corps et les sens, d'en prendre soin et de les investir. Comment l'espace détermine-t-il la façon dont nous nous sentons ? Basée sur l'idée d'un environnement menaçant et hostile, l'une des définitions fondamentales de l'architecture est de fournir un abri et un certain confort au corps humain. L'idée répandue de l'habitation comme « peau de substitution » nous vient de l'architecte allemand du XIXe siècle Gottfried Semper qui décrivait l'enclos de l'animal, fait de peaux et de feuillages, comme l'origine de l'espace architectural « privé ». Aujourd'hui, cette conception de l'architecture comme spatialité enveloppante - le désir moderne d'offrir un lieu de refuge - n'est plus opérante. Si nous devons reconsidérer l'architecture comme le point de rencontre entre différentes références culturelles, différentes pratiques, différents rituels, désirs et besoins, comment imaginer un sanctuaire adapté au monde actuel ? The 12th Satellite Programme, titled The New Sanctuary and curated by Laura Herman, proposes newly commissioned works by Julie Béna, Ben Thorp Brown and Daisuke Kosugi who, through their individual practices, consider the capacity of the designed environment to host, care and engage with the body and the senses. How does space determine the way we feel? Predicated on a sense of a threatening and hostile environment, one of the basic definitions of architecture is the provision of shelter and comfort for the human body. The common idea of the dwelling as a "surrogate skin" is derived from the nineteenth-century German architect Gottfried Semper, who described the animal pen, made out of woven skins and leaves, as the origin of the architectural "private" space. Today, this understanding of architecture as an enveloping spatiality seems no longer to apply. If architecture is to be reconsidered as the meeting point between different cultural references, practices, rituals, desires and needs, how can we imagine a space of sanctuary for today's world? Laura Herman
Dans le cadre du « Nouveau Sanctuaire », la programmation Satellite 12 proposée par Laura Herman, la publication Anna & the Jester dans La Fenêtre d'Opportunité accompagne l'exposition de Julie Béna qui se présente sous la forme d'un conte architectural. Dans son film d'animation Anna & the Jester in Window of Opportunity (2019), Julie Béna relate la curieuse rencontre entre une série de personnages, à la fois existants et imaginés. Critiquant le concept de transparence utilisé en architecture ou dans la société, cette exposition est conçue comme une superposition de couches réelles et virtuelles, créant un espace d'opacité et d'indétermination. Cette publication développe les principes et réflexions qui sous-tendent ces dispositifs au travers d'une conversation entre Julie Béna et Laura Herman ainsi que d'un essai d'Irene Sunwoo, historienne de l'architecture et commissaire d'exposition.
Née en 1975 à Séoul (Corée du Sud), Daphné Le Sergent vit et travaille à Paris. Issue d'une double culture, elle mène ses recherches autour des notions de schize et de déterritorialisation. Activant différents systèmes de montage et de démontage, de cut-up ou d'effacement, son travail interroge la construction de l'identité en proposant une analyse du paysage frontalier comme phénomène de perception, assimilable à un écran. Ce travail l'a conduite à réfléchir sur la question de l'agencement et du dispositif dans la création artistique contemporaine. Fragments de texte, dessins partitionnés, diptyques photographiques et séquences vidéo interrogent les lignes de subjectivités qui traversent l'image et agrègent les éléments les uns aux autres. Invitée dans le cadre de la programmation Satellite 11, intitulée «NOVLANGUE_», Daphné Le Sergent présente le second mouvement du cycle, « Géopolitique de l'oubli », qui interroge la classe C du vocabulaire imaginé par George Orwell dans 1984, le langage technique, à l'heure du data déluge. À travers «Géopolitique de l'oubli», l'artiste s'intéresse à l'industrialisation et à l'externalisation de la mémoire à l'ère du post-digital, imaginant deux communautés rétrofuturistes fictives, les Sum et les May, où l'alphabet a été mis en place pour libérer la mémoire humaine de la complexité du code de l'écriture-image, fondée sur les glyphes, pictogrammes ou idéogrammes. L'artiste explore l'archivage numérique à partir de deux formes distinctes d'écriture: d'une part, l'écriture cunéiforme, apparue plus de 3 000 av. J.-C., inventée pour mémoriser la dette et exploiter les données relatives à cette transaction. C'est sur ce modèle que nous concevons aujourd'hui la mémoire, en préservant l'information dans nos data centers. D'autre part, l'écriture maya (VIe-IXe siècles) qui, quant à elle, consignait les mouvements des astres à destination des générations futures. L'écriture n'était ici pas pensée comme capitalisation d'une chose passée, mais pour sa capacité prédictoire. À l'heure d'une pratique neuve de l'écriture née de l'écran, d'interactions nouvelles entre l'oeil et la main, d'une communication par photographies, gifs ou emojis reposant sur l'image et sa stylisation, sur des modèles et samples d'animations, quels comportements sont générés par ce langage? Des gestes découlent de ce traitement de l'information, comme archiver, éditer, rassembler, copier, fusionner. [...]