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L'analyse du livre scientifique, conduite dans le cadre du programme de recherche « Le livre scientifique: définition et émergence d'un genre - 1450-1850 », a fait émerger une interrogation sur la notion de vulgarisation, au cours de la longue période du Moyen Âge et de la Renaissance. L'idée de vulgarisation reste en effet, à ces époques, peu explorée ; quand elle l'est, c'est souvent de manière fragmentaire, en liaison avec un temps, une discipline ou un genre donnés. Or elle pose de nombreux problèmes ; on peut s'interroger sur la nature même de la vulgarisation, sur la pertinence du concept et du mot appliqués au Moyen Âge et à la Renaissance: est-elle la continuité naturelle de la science, son miroir, ou donne-t-elle naissance à un savoir différent, autonome ? Est-elle un genre, une forme, ou peut-elle prendre des formes variées ? Est-ce que des critères comme la simplification, le choix de la langue, l'illustration, le lectorat, sont pertinents ? Et le sont-ils toujours ? S'est également posée la question du vulgarisateur, ce troisième homme qui, sous l'aile des autorités, commence lui-même par lire, puis choisit, sélectionne, élimine, compile et, pour finir, modifie, réécrit. La vulgarisation entre-t-elle alors dans le champ de la création, comme une variation musicale sur la matière scientifique ? Deux journées d'étude, à Bordeaux en 2007 puis à Paris en 2008, ont permis à des chercheurs des deux périodes de se confronter à la diversité et la difficulté de ces questions: ce livre est le fruit de leurs travaux. Il se donne pour but de réfléchir à la notion, complexe car multiforme, de vulgarisation, à son statut, ses réalisations et ses applications du Moyen Âge à la Renaissance, sans l'attacher précisément ni à un genre donné, ni à une période limitée, ni à un type de savoir.
Trois bibliothèques nationales européennes (France, Royaume-Uni, Autriche) ont mené une révolution numérique entre 1990 et 2010. Durant cette période, elles ont aussi été confrontées aux défis lancés par l'entreprise commerciale Google. Ces bibliothèques, qui conservaient un patrimoine matériel, ont dû se transformer afin de produire et gérer un patrimoine numérique. Comment cette mue s'est-elle accomplie ? Quels ont été les processus qui ont permis la constitution de ces bibliothèques numériques ? Quel a été l'impact de l'émergence d'une concurrence privée pour la diffusion du patrimoine culturel ? Pour comprendre la transition des bibliothèques vers le numérique, cette étude associe recherche historique et démarche sociologique: la sociologie des organisations s'intéresse au changement et aux zones d'incertitude techniques ou économiques, et met en lumière ces individus qui ont contribué à la différenciation structurelle de leur organisation et à son adaptation au nouvel environnement. La construction sociale de la technique permet d'appréhender le processus de création de la bibliothèque numérique - une combinaison d'inventions conduisant à l'innovation grâce à l'action de multiples groupes sociaux qui constituent avec elle un réseau socio-technique spécifique. Enfin, la sociologie de l'innovation rappelle l'importance des controverses - nombreuses autour de la numérisation -, en tant que moments privilégiés où se dévoilent les positions des acteurs de l'innovation. Cette démarche théorique, ainsi que la réalisation d'entretiens approfondis avec les acteurs de ce changement et l'exploitation des archives disponibles, révèle comment ces trois bibliothèques nationales ont fait preuve de leur capacité à entrer de plain-pied dans le monde de l'information connectée. Loin d'être des institutions obsolètes, elles sont, avec Google, les opérateurs de la patrimonialisation numérique. Gaëlle Béquet est conservateur des bibliothèques. Docteur en sciences de l'information et de la communication, elle est chercheur au Centre Jean-Mabillon. Elle dirige le Centre international ISSN (UNESCO).
L'histoire du livre, située au carrefour de plusieurs autres disciplines, est fondée à s'intéresser à un champ de recherche qui préoccupe depuis longtemps l'histoire littéraire: celui de l'autorité et de l'auctorialité. Elle est donc conduite à s'interroger sur le statut et l'identité du scripteur, de l'auteur, des cercles qui l'entourent, et invitée à aborder les textes dans leur mouvance. Dans cet ouvrage, de nouvelles perspectives sont apportées, tant par la méthode suivie - l'analyse matérielle des textes, qu'ils soient manuscrits ou, en ces temps de révolution du livre, imprimés - que par le point de vue adopté à partir de la notion, centrale pour la Renaissance, de «référence». Des chercheurs spécialistes de disciplines différentes s'interrogent sur l'émergence de cette notion de «référence». Bien que de manière implicite, celle-ci régit le statut des textes, de leur édition intellectuelle et matérielle, de leurs auteurs et de leurs transmetteurs, à un moment crucial: celui où le discours médiéval fondé sur l'auctoritas fait place au dialogue humaniste, qui s'appuie sur une intense circulation des idées et des textes à travers correspondances, échanges de manuscrits, participation à des éditions collectives ou successives des sources du savoir. Avec le passage du manuscrit à l'imprimé et le développement de réseaux savants dans l'Europe de la Renaissance, l'érudition s'appuie désormais sur la notion de «référence», qui tend à supplanter celle d'«autorité». La révérence médiévale à l'égard des auctoritates légitimant le discours s'efface devant la «référence», notion emblématique de la culture humaniste.