L'avènement de la démocratie
Que s'est-il passé pour qu'advienne silencieusement, dans le sillage de la crise économique des années 1970, un monde nouveau dont nul n'avait anticipé les traits ? En quoi consiste au juste sa nouveauté, qui marque le triomphe du principe démocratique à une échelle jamais vue et rend sa mise en oeuvre si problématique ? Telles sont les questions soulevées par la dernière étape en date de l'"avènement de la démocratie". Nous vivons la phase ultime de la "sortie de la religion", laquelle ne se résume pas à la foi personnelle mais forme le principe organisateur des sociétés d'avant la nôtre. Nous sommes brutalement devenus "modernes", et cela change tout, des conditions de la coexistence planétaire à l'identité de chacun d'entre nous. L'effacement de l'appartenance sociale a fait apparaître une société des individus qui gravite autour des droits de l'homme. Le paradoxe est que cette formidable avancée de l'autonomie humaine donne, à l'arrivée, une société qui échappe à ses membres, des démocraties incapables de se gouverner. Une chose est de disposer des instruments qui permettent de maîtriser son destin, une autre est de savoir s'en servir. L'histoire de la libération est derrière nous ; l'histoire de la liberté commence.
Que s'est-il passé pour qu'advienne silencieusement, dans le sillage de la crise économique des années 1970, un monde nouveau dont nul n'avait anticipé les traits ? En quoi consiste au juste sa nouveauté, qui marque le triomphe du principe démocratique à une échelle jamais vue et rend sa mise en oeuvre si problématique ? Telles sont les questions soulevées par la dernière étape en date de l'"avènement de la démocratie". Nous vivons la phase ultime de la "sortie de la religion", laquelle ne se résume pas à la foi personnelle mais forme le principe organisateur des sociétés d'avant la nôtre. Nous sommes brutalement devenus "modernes", et cela change tout, des conditions de la coexistence planétaire à l'identité de chacun d'entre nous. L'effacement de l'appartenance sociale a fait apparaître une société des individus qui gravite autour des droits de l'homme. Le paradoxe est que cette formidable avancée de l'autonomie humaine donne, à l'arrivée, une société qui échappe à ses membres, des démocraties incapables de se gouverner. Une chose est de disposer des instruments qui permettent de maîtriser son destin, une autre est de savoir s'en servir. L'histoire de la libération est derrière nous ; l'histoire de la liberté commence.
Dans le sillage de la crise du libéralisme (1880-1914), ce troisième volume est consacré à la crise totalitaire sur laquelle débouche la Grande Guerre. Au-delà des circonstances, les totalitarismes ont partie liée avec des idéologies d'un genre nouveau, nées autour de 1900, à l'enseigne de la révolution et de la nation. Ces idéologies sont à comprendre comme des "religions séculières", c'est-à-dire des antireligions religieuses. Reconstituant les trois expériences qui méritent le nom de totalitarismes au sens strict : le bolchevisme, le fascisme et le nazisme, Marcel Gauchet porte l'accent sur la dynamique qui les anime. Les totalitarismes ne se contentent pas de combattre les démocraties "bourgeoises" comme si elles leur étaient étrangères, ils en procèdent. Ils leur lancent un défi qu'elles sont mises en demeure de relever et qui éclaire par contraste les transformations profondes qu'elles ont connues : les grandes réformes politiques et sociales d'après 1945 prennent tout leur sens en tant que réponses au défi totalitaire. Au vrai, le XXe siècle n'a pas été seulement le théâtre de tragédies sans exemple. Il a été également le siège d'une réussite de la "démocratie libérale" aussi méconnue que décisive qu'il n'est que temps de tirer de l'ombre.
Dans le sillage de la crise du libéralisme (1880-1914), ce troisième volume est consacré à la crise totalitaire sur laquelle débouche la Grande Guerre. Au-delà des circonstances, les totalitarismes ont partie liée avec des idéologies d'un genre nouveau, nées autour de 1900, à l'enseigne de la révolution et de la nation. Ces idéologies sont à comprendre comme des "religions séculières", c'est-à-dire des antireligions religieuses. Reconstituant les trois expériences qui méritent le nom de totalitarismes au sens strict : le bolchevisme, le fascisme et le nazisme, Marcel Gauchet porte l'accent sur la dynamique qui les anime. Les totalitarismes ne se contentent pas de combattre les démocraties "bourgeoises" comme si elles leur étaient étrangères, ils en procèdent. Ils leur lancent un défi qu'elles sont mises en demeure de relever et qui éclaire par contraste les transformations profondes qu'elles ont connues : les grandes réformes politiques et sociales d'après 1945 prennent tout leur sens en tant que réponses au défi totalitaire. Au vrai, le XXe siècle n'a pas été seulement le théâtre de tragédies sans exemple. Il a été également le siège d'une réussite de la "démocratie libérale" aussi méconnue que décisive qu'il n'est que temps de tirer de l'ombre.
L'avènement de la démocratie propose, échelonnées sur quatre livres, à la fois une histoire philosophique du XXe siècle et une théorie de la démocratie. L'entreprise constitue la suite du Désenchantement du monde. Ce qui advient avec la sortie de la religion, c'est un monde où les hommes ambitionnent de se gouverner eux-mêmes. Mais c'est en fait le monde le plus difficile à maîtriser qui soit. Ce sont les péripéties de ce parcours tumultueux, traversé d'embardées et de crises, dont il est fait une analyse raisonnée. Le premier volume, La révolution moderne, est une sorte de prologue. Il campe l'arrière-fond, en retraçant sous une forme ramassée la révolution qui court entre 1500 et 1900, celle de l'autonomie. Surtout, il s'emploie à identifier les trois composantes spécifiques du monde désenchanté, du point de vue politique, juridique et historique. L'originalité de notre démocratie tient à la combinaison de ces trois éléments, qui est simultanément son problème permanent. Le deuxième volume, La crise du libéralisme, présente une analyse en profondeur des années 1880-1914, qui constituent la matrice du XXe siècle, de ses tragédies et de ses réussites. En même temps que sont jetées les bases de la démocratie libérale, à la faveur de l'association du régime représentatif et du suffrage universel, le nouvel univers qui se déploie fait exploser le cadre hérité de l'univers religieux qui avait soutenu l'édifice des libertés fraîchement acquises. Ce sera la source des folies totalitaires comme ce sera le ressort de l'approfondissement et de la stabilisation des démocraties libérales. C'est précisément cet épisode crucial qu'examinera le troisième volume, À l'épreuve des totalitarismes. Le quatrième et dernier volume, Le Nouveau Monde, sera consacré, dans la même perspective et avec les mêmes instruments de lecture, à la réorientation de la vie de nos sociétés depuis le milieu des années 1970 et à la nouvelle crise de croissance de la démocratie dans laquelle elle nous a plongés.
L'avènement de la démocratie propose, échelonnées sur quatre livres, à la fois une histoire philosophique du XXe siècle et une théorie de la démocratie. L'entreprise constitue la suite du Désenchantement du monde. Ce qui advient avec la sortie de la religion, c'est un monde où les hommes ambitionnent de se gouverner eux-mêmes. Mais c'est en fait le monde le plus difficile à maîtriser qui soit. Ce sont les péripéties de ce parcours tumultueux, traversé d'embardées et de crises, dont il est fait une analyse raisonnée. Le premier volume, La révolution moderne, est une sorte de prologue. Il campe l'arrière-fond, en retraçant sous une forme ramassée la révolution qui court entre 1500 et 1900, celle de l'autonomie. Surtout, il s'emploie à identifier les trois composantes spécifiques du monde désenchanté, du point de vue politique, juridique et historique. L'originalité de notre démocratie tient à la combinaison de ces trois éléments, qui est simultanément son problème permanent. Le deuxième volume, La crise du libéralisme, présente une analyse en profondeur des années 1880-1914, qui constituent la matrice du XXe siècle, de ses tragédies et de ses réussites. En même temps que sont jetées les bases de la démocratie libérale, à la faveur de l'association du régime représentatif et du suffrage universel, le nouvel univers qui se déploie fait exploser le cadre hérité de l'univers religieux qui avait soutenu l'édifice des libertés fraîchement acquises. Ce sera la source des folies totalitaires comme ce sera le ressort de l'approfondissement et de la stabilisation des démocraties libérales. C'est précisément cet épisode crucial qu'examinera le troisième volume, À l'épreuve des totalitarismes. Le quatrième et dernier volume, Le Nouveau Monde, sera consacré, dans la même perspective et avec les mêmes instruments de lecture, à la réorientation de la vie de nos sociétés depuis le milieu des années 1970 et à la nouvelle crise de croissance de la démocratie dans laquelle elle nous a plongés.